Agressions sexuelles: six autres musiciennes dénoncent le chef Charles Dutoit

Mis en cause par six autres musiciennes, Charles Dutoit a nié les accusations.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir Mis en cause par six autres musiciennes, Charles Dutoit a nié les accusations.

Six autres femmes affirment avoir été agressées sexuellement, dont deux à Montréal, par le chef d’orchestre Charles Dutoit dans une enquête publiée jeudi par Associated Press (AP).

Ces nouvelles allégations s’ajoutent à celles révélées par l’agence de presse en décembre dernier.

Les nouveaux témoignages recueillis par les journalistes Jocelyn Gecker et Janie Har concernent des agressions sexuelles, dont un viol, perpétrées sur une période de quatre décennies, à partir de la fin des années 1970, au Canada, aux États-Unis et en France.

Deux des agressions auraient eu lieu à Montréal alors que M. Dutoit dirigeait l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM). Le Devoir n’a pas pu confirmer ces allégations de manière indépendante.

Par l’entremise de son avocat, Charles Dutoit a nié « catégoriquement et complètement » ces nouvelles accusations, et il s’est dit particulièrement horrifié que quelqu’un l’accuse de viol.

La direction de l’OSM, qui avait confirmé le 23 décembre dernier avoir reçu une plainte de harcèlement sexuel visant son ancien directeur artistique, s’est dite bouleversée par les nouvelles révélations. Elle a rappelé qu’une enquêteuse externe a été mandatée pour passer sous la loupe les années Dutoit, qui a été directeur artistique de l’OSM de 1977 à 2002. Il a démissionné au milieu d’un conflit avec les musiciens, qui l’accusaient ouvertement de harcèlement psychologique.

« L’enquêteuse rencontrera les personnes désirant porter à son attention des faits reliés au harcèlement sexuel dont elles ont été directement victimes, qu’elles fassent partie de l’orchestre, qu’elles soient contractuelles ou membres du personnel administratif », mentionne dans un courriel Pascale Ouimet, responsable des relations publiques de l’OSM.

Agressions à Montréal

Parmi les femmes qui ont accepté de raconter leur histoire à visage découvert, on retrouve la chanteuse et actrice Mary Lou Basaraba. Elle a confié à AP avoir été agressée par M. Dutoit alors qu’elle était journaliste et dans la vingtaine.

Photo: Associated Press La chanteuse et actrice Mary Lou Basaraba
 
L’incident se serait produit à l’hiver 1977-1978. L’OSM lui avait demandé de réaliser une entrevue avec M. Dutoit pour son magazine maison, soutient-elle. Mme Basaraba a raconté à AP qu’on lui a alors dit que M. Dutoit avait expressément demandé que ce soit cette jeune journaliste qui mène l’entrevue, chez lui.

Quelques minutes seulement après son arrivée, M. Dutoit se serait jeté sur elle en l’embrassant et en lui touchant les seins et l’entrejambe.

« C’était totalement non sollicité, tellement grossier », a dit Mme Basaraba, aujourd’hui chef de choeur pour la Philharmonique de Californie et pour l’Orchestre Golden State Pops.

En entrevue avec AP, elle a expliqué qu’elle a repoussé M. Dutoit et lui a rappelé qu’elle était là pour travailler. Le chef l’aurait ensuite escortée jusqu’à un taxi et lui aurait dit : « Je vous trouve très charmante. J’aimerais bien que vous deveniez la femme de ma vie pendant mes séjours à Montréal. »

L’ex-mari de Mme Basaraba, le chef d’orchestre Clyde Mitchell, jouait du cor français sous la direction de Charles Dutoit au sein de l’OSM. Il se souvient que Mary Lou Basaraba lui a déjà raconté que le chef d’orchestre « l’avait agressée sur le canapé de son appartement ».

Une amie, Nancy Newman, a aussi témoigné à AP que Mme Basaraba lui avait raconté, il y a des années, que Charles Dutoit « lui courait après dans la pièce » et « lui avait demandé de devenir sa maîtresse ».

Des années plus tard, en 1991, lorsque M. Dutoit dirigeait l’orchestre de l’Opéra de Los Angeles, il aurait appelé Mme Basaraba à deux reprises un jour de concert en lui demandant de venir le voir à sa chambre d’hôtel après le spectacle. Mme Basaraba n’y est jamais allée, a-t-elle assuré à AP.

Photo: Associated Press La soprano québécoise Pauline Vaillancourt
 
Une autre Québécoise, la soprano Pauline Vaillancourt, a affirmé à AP que M. Dutoit aurait tenté de se jeter sur elle en mars 1981 après l’avoir invitée à un repas pour « discuter de travail » à la suite d’une prestation comme soliste avec l’OSM.

Alors qu’il la ramenait chez elle, soutient-elle, il a garé la voiture dans un endroit sombre, aurait touché ses seins et ses cuisses et lui aurait demandé de l’accompagner dans sa chambre. Elle affirme à AP qu’elle l’a repoussé et a insisté pour qu’il la ramène chez elle.

« Lorsque j’ai ouvert la portière de la voiture pour retourner chez moi, il m’a dit : “J’ai besoin de cela après un concert. J’ai besoin qu’une femme revienne à la maison avec moi.” Il l’a dit comme s’il était furieux que je lui aie refusé quelque chose dont il avait besoin », souligne-t-elle.

Le frère de Mme Vaillancourt affirme que sa soeur lui a parlé de l’incident le jour suivant. M. Dutoit lui avait « touché les seins et avait signifié clairement que si elle voulait poursuivre sa carrière, cela l’aiderait d’être plus coopérative avec lui, ce qu’elle a décliné », a dit à AP Jean-Eudes Vaillancourt, pianiste, chef d’orchestre et professeur de musique classique à l’Université de Montréal.

À la lumière de la multiplication des allégations contre M. Dutoit, AP rapporte que Pauline Vaillancourt, aujourd’hui âgée de 72 ans, s’est demandé : « Est-ce que cela veut dire qu’il a fait cela à quelqu’un après chaque concert ? »

 

Outrées par la réfutation

Les nouvelles présumées victimes disent avoir été outrées lorsque M. Dutoit a nié les allégations de trois chanteuses d’opéra et d’une musicienne, qui soutiennent qu’il les a agressées sexuellement, de 1985 à 2010, dans un article publié par AP en décembre.

M. Dutoit avait rejeté en bloc les allégations. Les six femmes disent vouloir montrer l’étendue du comportement inapproprié du chef d’orchestre tout au long de sa carrière internationale.

La soprano française Anne-Sophie Schmidt, la pianiste Jenny Q. Chai et Fiona Allan, directrice du Birmingham Hippodrome Theatre, en Angleterre, sont les trois autres femmes ayant affirmé avoir été agressées sexuellement par M. Dutoit.

La femme qui accuse le chef d’orchestre de l’avoir violée affirme que les gestes ont été commis au moment où elle travaillait avec M. Dutoit dans un orchestre sur la côte est des États-Unis. La musicienne n’a pas voulu être nommée, selon AP. Trois de ses collègues au sein du même orchestre ont affirmé à AP que la femme s’était confiée à eux à la suite de l’agression présumée.

Rappelons que huit orchestres d’envergure ont rompu leurs liens avec lui et qu’au moins deux ont lancé leur propre enquête depuis les allégations de décembre.

6 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 12 janvier 2018 05 h 13

    Très bonne photographie

    Très bonne photographie. Il a l'air piteux l'ex-matou en rut... et ex-grand copain du Père Fouettard.

    Par contre, il faut faire attention à certaines histoires de "confidences" auprès de collègues de travail qui surviennent 10 ou 20 ans après un fait allégué:"trois de ses collègues au sein du même orchestre ont affirmé à AP que la femme s’était confiée à eux à la suite de l’agression présumée". Cela devient un peu comme l'histoire de "l'homme qui a vu un ours"... Pour illustrer: ainsi l'homme raconte son histoire d'ours le lendemain matin à un collègue... 5 ou 10 ans après l'homme raconte son histoire d'ours à un nouveau collègue... Ce nouveau collègue parle de l'histoire de l'ours avec l'ancien collègue. Réponse de l'ancien collègue: "ben oui, voici 5/10 ans cette histoire m'a été contée"... Le tout en présence du premier conteur de l'histoire. Devant les tribubaux cela se nomme du oui-dire.

    Personnellement, je ne doute pas, en gros, des faits rapportés par la musicienne... Mais, les affirmations des collègues de travail (sauf peut-être pour le premier) ne consitue en rien une preuve de quoi qu'il soit. Surtout qu'il y a un grand espace temps entre une confidence faite entre les uns et les autres.

  • Marie Nobert - Abonnée 12 janvier 2018 06 h 02

    Brava! Bravi! Bravo(s)! (!)

    Sans commentaire.

    JHS Baril

  • Lise Bélanger - Abonnée 12 janvier 2018 08 h 52

    Et que dire de James Levine!

  • Claire Faubert - Abonnée 12 janvier 2018 14 h 44

    Rhinocéros en rut!

    S'il avait tant besoin d'une femme après un concert, pourquoi ne pas avoir eu recours à une belle escorte consentante? Le maestro était-il aussi pingre qu'il voulait tout Gratuitement...Eh non, il voulait montrer qu'il pouvait dominer toutes ces musiciennes, chanteuses, etc...qu'il menait déjà à la baguette...Pourquoi pas à la braguette?
    Dutoit était un rigoureux chef d'orchestre. L'eut-il été aussi dans sa morale...

  • Serge Lamarche - Abonné 12 janvier 2018 14 h 47

    Dure vie... sexuelle

    C'est dur la vie sexuelle quand on vit dans un autre pays et qu'on travaille trop. Les histoires d'attouchements et de poursuites sont crédibles mais sont-elles des assaults sexuels en bonne et dûe forme? Y a-t-il des témoignages de femmes qui ont subi ces ardeurs et qui ne s'en plaignent pas, par exemple? Est-ce une méthode approuvée dans certains endroits pour se trouver une partenaire?
    La société évolue, pas à tous les endroits en même temps. Même dans le porno, les femmes initient de plus en plus. Le rêve! hahaha!