Une centaine de Françaises s’attaquent au mouvement #MoiAussi

Dans leur lettre ouverte, une centaine de femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, défendent ouvertement « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».
Photo: Gregor Fischer Agence France-presse Dans leur lettre ouverte, une centaine de femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, défendent ouvertement « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».

La « liberté d’importuner » les femmes revendiquée par une centaine de Françaises, qui s’attaquent au mouvement #MoiAussi, témoigne de la difficulté de détecter les violences sexuelles, croient des expertes.

« Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste », a écrit mardi un collectif regroupant des écrivaines, des actrices et des journalistes françaises.

Dans leur lettre ouverte, publiée dans le quotidien Le Monde, ces femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve, défendent ouvertement « une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».

Les signataires dénoncent ce qu’elles qualifient de « dérive » du mouvement #MoiAussi, lancé en octobre dernier à la suite de l’affaire Harvey Weinstein. Selon le collectif féminin, la vague de dénonciations plonge les femmes dans un « statut d’éternelles victimes ».

À contre-courant du mouvement #MoiAussi, elles se rangent du côté des hommes, dont plusieurs ont été, selon elles, « sanctionnés dans l’exercice de leur métier, contraints à la démission, alors qu’ils n’ont eu pour seul tort que d’avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses “intimes” lors d’un dîner professionnel, ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque ».

Au Québec, la chroniqueuse et animatrice Sophie Durocher a salué l’initiative du collectif. « Jamais une telle lettre ne serait publiée ici, au Québec. Mais si elle l’était, je la signerais », écrit Mme Durocher dans un blogue publié mardi sur le site du Journal de Montréal.

Elle estime elle aussi que le désir masculin est démonisé. « Le jeu de la séduction est un tango : tu t’avances, tu t’essayes, tu fais une approche, parfois subtile, parfois moins, parfois ça marche, parfois pas. »

« Faut-il clouer au pilori tous les gars qui ont embrassé une fille, mis leur bras autour de leur épaule, frôlé une cuisse, pour se rendre compte après que le sentiment, que l’attraction n’était pas réciproque ? Si oui, je devrais poursuivre pas mal de gars en justice », ajoute-t-elle.

 

Dangereuse banalisation

Pour la sociologue Sandrine Ricci, les propos tenus par le collectif sont non seulement consternants, ils sont aussi dangereux.

« En normalisant les comportements dits de “drague” ou de tentative de “voler un baiser” et en ignorant les rapports de pouvoir à l’oeuvre […], ces propos nous placent en mauvaise posture pour détecter la violence sexuelle. »

Le collectif distingue et oppose les différentes formes de violence, ce qui a pour effet de banaliser les agressions verbales par rapport à celles qui sont physiques, note pour sa part Suzanne Zaccour, auteure féministe et étudiante à la maîtrise en droit à l’Université de Cambridge.

« Ce que ces femmes nous disent, c’est qu’il faudrait dénoncer seulement les pires violences. Il faudrait donc tolérer un certain niveau de violence jugé moins grave. Leur discours alimente le vieux stéréotype qui dit que, pour que ce soit un viol, il faut qu’un gars te saute dessus avec un fusil pointé sur toi », souligne Mme Zaccour.

La chroniqueuse féministe Francine Pelletier constate que le collectif voit plusieurs comportements inappropriés comme des gestes isolés.

« Au nom de la séduction, on ne peut pas se permettre de tolérer une main sur le genou qui n’est pas désirée. Ça peut paraître anodin, mais quand on met ce geste dans le grand casse-tête, on se rend compte qu’il n’est peut-être pas aussi isolé qu’il en avait l’air », indique-t-elle.

L’ancienne ministre responsable de la Condition féminine Liza Frulla estime qu’au Québec, la perception du mouvement #MoiAussi est plus saine et plus positive qu’en France.

« Nous vivons dans une société qui est, à mon avis, moins machiste que la société française. Jusqu’à maintenant, les dénonciations qu’on a entendues se sont faites avec des faits et je n’ai pas l’impression qu’il y a eu des dérives », souligne-t-elle.

Mme Frulla croit qu’il ne faut toutefois pas perdre de vue la notion de présomption d’innocence. « Elle existe et elle doit continuer d’exister », souligne-t-elle.

Mme Zaccour considère pour sa part que le concept de présomption d’innocence est parfois mal utilisé.

« Nous ne sommes pas devant un tribunal qui doit être convaincu hors de tout doute. C’est un concept qui est souvent mal utilisé puisqu’à part au criminel, la présomption d’innocence n’existe pas, par exemple si une femme décide de poursuivre son agresseur au civil. »

Chantal Maillé, professeure en études des femmes à l’Institut Simone de Beauvoir de l’Université Concordia, rappelle de son côté que #MoiAussi n’a pas été créé dans le but de punir un agresseur, mais plutôt pour permettre aux victimes de briser le silence.

« Il a fallu un mouvement pour que beaucoup d’autres femmes se disent “Je peux parler, je me sens autorisée à parler parce que ce mouvement me donne la crédibilité que le système judiciaire ne m’a pas donnée”. »

D’ailleurs, le fait que le mouvement ait pris autant d’ampleur sur la place publique a aussi été perçu comme une critique du système de justice actuel.

« Lorsqu’on voit des femmes de pouvoir au Québec, par exemple Julie Snyder, qui n’ont pas été capables de prendre la voie légale au moment de l’agression, ça en dit long sur les difficultés du système judiciaire », ajoute-t-elle.


Rozon conteste une demande d’action collective contre lui

Gilbert Rozon conteste la demande d’action collective de 10 millions de dollars en dommages déposée par un regroupement de présumées victimes qui soutiennent avoir été agressées et harcelées par l’ancien producteur. Le fondateur de Juste pour rire a fait parvenir à la cour un document dans lequel il répond brièvement aux allégations qui pèsent sur lui. « [M. Rozon] entend contester la demande pour autorisation d’exercer une action collective », peut-on lire dans la réponse déposée par ses trois avocats. D’ailleurs, M. Rozon est même prêt à contester la compétence de la Cour supérieure du Québec dans le dossier.

Rappelons qu’en novembre 2017, le groupe Les Courageuses a déposé sa requête devant la Cour supérieure du Québec. Le regroupement a été créé à la suite des révélations du Devoir et du 98,5 FM à propos d’allégations d’inconduite sexuelle de la part de M. Rozon sur neuf femmes. Le regroupement réclame 10 millions de dollars en dommages punitifs, en plus d’un dédommagement pour chaque victime dont le montant sera fixé individuellement. La comédienne Patricia Tulasne, qui agit à titre de représentante du groupe, réclame pour sa part 400 000 $.
34 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 10 janvier 2018 01 h 43

    Très bientôt, à Davos..

    Madame Deneuve, que je vous présente un être exquis, fortuné, puissant, tripoteur et peloteur comme nul autre... un Américain avec lequel vous devriez vous entendre à merveille...

    • Johanne St-Amour - Abonnée 10 janvier 2018 11 h 12

      Comme le dit si bien Inna Shevchenko, Femen: «Non mesdames, la liberté sexuelle ce n'est pas se résigner à recevoir des mains aux fesses»

      Elle mentionne, dans un article sur le Huffpost:

      «Nous voulons en libérant notre parole faire que les rapports entre les deux sexes ne reposent pas sur la méfiance ou la crainte.

      Déjà, cette parole clamée haut et fort a fait prendre conscience à certains hommes des conséquences de comportements qu'ils jugeaient jusque là anodins, c'est un pas vers une meilleure communication entre hommes et femmes. En aucun cas nous ne voulons de revanche, dommage que ces dames figées dans une époque que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, ne veuillent pas saisir cette nuance. Il n'y a pas pire misogynie que celle exprimée de femmes envers d'autres femmes.

      En cette période de célébration du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir, ses paroles résonnent avec une force non démentie: on naît pas femme on le devient.

      La liberté sexuelle est belle! Elle commence là où il y a traitement d'égal à égal et consentement mutuel, peu importent les pratiques sexuelles. La liberté sexuelle n'est en rien se résigner à recevoir des mains aux fesses ou des baisers non désirés!»

      http://www.huffingtonpost.fr/inna-schevchenko/non-

    • Johanne St-Amour - Abonnée 10 janvier 2018 19 h 52

      J'aime bien aussi ce commentaire de Mme Réjane Sénac, chargée de recherche au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences po–CEVIPOF:

      «La société promue par cette tribune est celle du dressage à la soumission, au contrôle du corps des femmes par les hommes. La fin n’est pas la liberté, qu’elle soit d’expression, de création, ou d’action, mais la perpétuation d’un ordre où le désir et le plaisir n’ont de sens que dans le petit cadre binaire où les hommes séduisent les femmes qui n’ont d’autres choix que de consentir ou de décliner avec grâce, humilité et légèreté, même si la « proposition sexuelle » les importune.

      Nous connaissons cette société car c’est celle où nous vivons et dans laquelle tous les ans des conjoints ou ex-conjoints tuent plus de 100 femmes, font subir des violences physiques et sexuelles à 225 000 femmes. Cette société est celle des conditions d’impossibilité de la liberté dans la mesure où les individus sont enfermés dans des rôles caricaturaux et sclérosés dans des couples dominant/dominée, actif/passive, sujet/objet.»
      https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/conversations/ne-nous-lib%C3%A9rez-pas-l%C3%A9galit%C3%A9-va-sen-charger

  • Christiane Gervais - Abonnée 10 janvier 2018 07 h 57

    Potiches!

    Quelles potiches! confondre flirt, charme et séduction avec le harcèlement, l'agression, le viol dont elles sont victimes et que dénoncent des milliers de femmes et aussi quelques hommes.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 10 janvier 2018 09 h 41

      Je suis parfaitement d'accord avec vous Mme Gervais, ces femmes confondent harcèlement, agressions et charme et puritanisme. Lors des accusations contre Dominique Strauss-Khan n'y avait-il pas eu aussi des femmes en France pour le défendre, pour souligner que les femmes voulaient être séduites? C'est à se demander si ces femmes n'auraient pas peur de ne pas plaire.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 10 janvier 2018 12 h 06

      J'aime bien cette analyse de Geneviève Fraisse également qui dit:
      «Leur position est de ne pas être féministes. Elles en ont le droit, il faut qu’il y ait du désaccord entre les femmes. Mais cette tribune livre une position partielle de la société : le viol comme fait divers d’un côté et la séduction de l’autre. Elles se refusent à voir que ce qui est en cause depuis trois mois, c’est un système qui consiste à dire que le corps des femmes est à la disposition des hommes.

      Elles ne s’interrogent que sur les conséquences de la prise de parole qui vont selon elles tuer l’amour, le désir et ce qu’elles mettent au centre, c’est une position de critique morale. Or ce sont elles qui font de la morale. Elles disent qu’elles vont être censurées mais elles considèrent que la parole dite « libérée » va trop loin. Elles crient au danger alors que ce qui est énoncé, c’est une réalité globale de la violence. C’est comme si on ne se laissait pas aller à la curiosité de l’événement alors même qu’il est en cours.»

      Elle dit également: «L’autre question à se poser est : Que protège-t-on en disant ce qu’elles disent ? Qu’est-ce qui est protégé quand on a peur ? Et de quoi a-t-on peur ? Elles parlent de « haine des hommes et de la sexualité ». Mais quand un homme abuse d’une femme sous une forme ou sous une autre, ce n’est pas de la haine du sexe, cela ?»
      http://www.20minutes.fr/societe/2198867-20180109-t

    • Marie Nobert - Abonnée 10 janvier 2018 23 h 55

      «Potiche»!? «Ze film»?! Je vois. Il est vrai que le mélange des genres embrouille les gens. Bref. La fin du «fin'amor». Une drague, une béguine... Misère. Décidément le XXIe siècle est crétin. On passe à un autre appel.

      JHS Baril

  • Madeleine Leblanc - Abonné 10 janvier 2018 08 h 07

    Très troublant cette action française. C'est comme si on admettait que les hommes ne peuvent faire autrement que d'importuner les femmes pour entrer en relation avec elles. Et comme si on gifflait toutes celles qui ont enfin osé parler des agressions subies. C'est insultant pour les hommes, et irrespectueux envers les femmes. Je ne croyais pas Catherine Deneuve si peu fière d'elle-même.
    Il est vrai que la culture française est très machiste et oui, peut-être que les Américains ont une tendance puritaine. Pourtant, le mouvement actuel permet de faire émerger une conscience qui n'a rien de puritain, ni d'anti-hommes. On s'attaque principalement aux abus de pouvoir. Et on cherche à augmenter la crédibilité des femmes et des hommes qui osent en parler.

    • Alain Boisvert - Abonné 10 janvier 2018 15 h 55

      Faut savor qu'en France, les féministes n'ont pas repris le slogan nord-américain #MoiAussi. Elles ont préféré le plus subtil #BalanceTonPorc, comme si chacune en avait un (pas très loin, on doit penser...). Qu'il y ait ressac, c'est juste normal, et c'est le dialogue de sourds (sourd.e.s?) qui continue.

  • Éric Alvarez - Abonné 10 janvier 2018 09 h 15

    Nivellement par le bas

    «Faire la cour» à une femme mériterait d'être plus valorisé. En acceptant les «techniques» les plus grossières, ces femmes adoubent un nivellement par le bas des relations hommes-femmes.

  • Hugo Tremblay - Abonné 10 janvier 2018 09 h 31

    Son cerveau ressemble à son lifting

    Il est en ruine!