Ensemble, c’est mieux

Photo: iStock

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Dans les quartiers, dans les villages ou au fin fond des rangs, à Montréal ou à Chibougamau, un peu partout dans la province, même si elles se font parfois malmener, les communautés se retroussent les manches et font preuve de résilience par leur engagement et leur force d’innovation.

« Nos communautés sont dynamiques, mais en difficulté », lance d’emblée Denis Bourque, professeur au Département de travail social à l’Université du Québec en Outaouais et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en organisation communautaire (CRCOC). Le développement des communautés au Québec, explique-t-il, traverse une certaine période de mutation, à l’heure où les politiques publiques se transforment, où le partenariat entre l’État et la société civile se redéfit. Un tel contexte ne va pas sans affecter la pluralité d’acteurs de l’action collective, leurs rôles et leurs pratiques, tout en suscitant l’émergence de modèles innovants d’organisation collective.

Cet état des lieux a incité Denis Bourque, en collaboration avec quelques partenaires, à organiser la Conférence internationale sur les pratiques et professions du développement des communautés et des territoires, qui aura lieu à Montréal les 14 et 15 septembre prochains. L’événement portera sur les pratiques d’action et d’intervention collectives visant le développement intégré des communautés territoriales. La conférence à laquelle prendra part une trentaine d’intervenants affiche complet, avec plus de 200 participants.

Les compressions budgétaires des dernières années ont mis à mal nos communautés, déplore M. Bourque. « Mais c’est un puissant moteur d’action que de ressentir des besoins, d’avoir des aspirations et d’être confronté à des enjeux. Ces difficultés sont réelles et les défis sont importants. Je suis encouragé, mais je reconnais qu’il y a des contraintes », ajoute-t-il.

Depuis 50 ans au Québec, le développement des communautés est une expertise collective qu’on a vue évoluer. Tout a commencé par des comités de citoyens. « Ils se sont organisés avec la volonté de mettre en oeuvre des actions collectives pour transformer des problèmes en solutions. Ces actions impliquent les personnes concernées, explique M. Bourque, et c’est par ces dernières qu’elles sont prises en main. » Au départ, on s’est effectivement rassemblé en groupes qui partageaient les mêmes intérêts. Puis, à partir des années 1980-1990, on a davantage travaillé sur la base des territoires, on a cherché à fédérer tous les groupes de manière transversale, que ce soit dans des quartiers, des villages ou des MRC.

Au Québec, les citoyens souhaitent pouvoir influencer leur environnement immédiat, décider de l’occupation de leur territoire, de l’espace qu’ils voient, par exemple leur milieu de vie. Cette mainmise citoyenne peut s’opérer de différentes façon, que ce soit de manière tout à fait spontanée, comme lorsque des voisins organisent des fêtes de quartiers et partagent des services dans les ruelles comme l’installation de frigos et de bibliothèques en libre-service. D’une façon un peu plus organisée, on assiste à la formation d’organismes communautaires de différents types. Et de façon encore plus organisée apparaît la concertation des acteurs et des citoyens qui, par exemple, s’organisent dans les 30 tables de quartier à Montréal, tables qui regroupent des partenaires de différents secteurs d’intervention et de divers réseaux. « C’est un lieu structuré d’échange, de mobilisation et de développement de projets », expose le professeur.

La volonté de s’organiser est présente, et un certain nombre de politiques publiques et philanthropiques soutiennent cette volonté : « Je pense à l’initiative montréalaise de soutien au développement social local. C’est un financement de quelques millions de dollars qui vient de la Ville de Montréal, de Centraide et de la Direction de santé publique. L’initiative vise l’amélioration de la qualité et des conditions de vie de la population montréalaise. Depuis 15 ans, c’est structurant. » C’est notamment grâce à cette politique publique locale, estime M. Bourque, que Montréal a moins souffert des compressions et des politiques de retrait de l’État québécois du développement des communautés territoriales au Québec.

Les nouvelles pratiques

Denis Bourque constate que les conséquences de l’austérité se font encore sentir. Des outils collectifs ont disparu et des politiques de financement qui soutenaient des programmes locaux n’existent plus : « Ça a amené les acteurs locaux à revoir leur stratégie et la portée de leurs actions et, d’une certaine manière à se rapprocher des élus locaux et des municipalités. » Toutefois, le désengagement du gouvernement peut mener à de l’iniquité entre communautés qui ne pourront plus désormais se développer que dans la mesure de leur capacité à mobiliser des ressources locales : « Si les élus locaux sont ouverts à démocratiser le développement de leur milieu, c’est formidable, mais si, au contraire, ils ne sont pas ouverts et s’il n’y a pas de régulation qui vient de politiques publiques, il y a un danger de dégression et de recul dans certains milieux. »

Denis Bourque affirme que la démocratie représentative et la démocratie participative peuvent très bien cohabiter : « Ce n’est pas une opposition, c’est un ajout qui permet d’optimiser les interventions publiques. C’est dans l’intérêt même des municipalités de procéder ainsi, et elles sont de plus en plus nombreuses à le faire. »

La nouvelle réalité

Si la participation citoyenne n’a jamais été aussi volontaire qu’aujourd’hui, le mouvement communautaire quant à lui est en perte de vitesse, entre autres par manque de ressources financières : « Aujourd’hui, les engagements des citoyens sont multiples et se font souvent sur de courtes échéances », explique le professeur, qui ajoute qu’il est plus rare qu’auparavant de devenir membre d’une organisation et de n’épouser qu’une seule cause. La participation possède en effet plusieurs dimensions. « Les institutions ou le communautaire ne possèdent pas toujours les mécanismes pour permettre à ces engagements de s’actualiser complètement. »

Denis Bourque le concède, le dossier du développement des communautés est complexe et emprunte de nombreuses avenues. C’est pourquoi « la conférence tient à favoriser une meilleure compréhension partagée de cette réalité à plusieurs composantes ». On y abordera toute la question de l’action collective, de l’action citoyenne et des pratiques innovantes. On passera en revue le dossier des politiques publiques et philanthropiques, puis celui du rôle des municipalités et enfin celui du rôle des professionnels de l’intervention collective. « Ils sont presque 2000 qui ont comme fonction d’accompagner, de soutenir et de favoriser l’action collective, note M. Bourque, et on veut mieux comprendre les défis qui les attendent, les compétences à développer et l’avenir de ce type de pratique professionnelle. »

Pour faire en sorte que les milieux de vie ressemblent de plus en plus aux gens qui les habitent, il est primordial que les élus prennent des engagements : « Les gouvernements ne bougeront pas si les citoyens ne bougent pas. »

1 commentaire
  • André Beaudet - Abonné 9 décembre 2017 11 h 20

    Depuis 50 ans au Québec,

    Il ne faudrait pas oublier le rôle actif et très important des services d'Éducation populaires des Services d'éducation des adultes des commissions scolaires (à l'époque, dites régionales) du Québec comme lieux de création des premiers comités de citoyens dans les municipalités, fin des années 60 et début des années 70.