La famille Lawrence expulsée vers le Sri Lanka

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale

Triste dénouement pour ces Sri Lankais établis à Montréal depuis cinq ans. Faute d’avoir été admis en tant que réfugiés, et malgré l’appui du ministre québécois de l’Immigration, les huit membres de la famille Lawrence ont été expulsés dimanche soir.

Les Lawrence étaient déjà en direction du pays qu’ils disaient fuir au moment d’écrire ces lignes, a confirmé Stéphane Handfield. Avocat en immigration, il avait repris leur dossier la semaine dernière alors que leur expulsion était imminente.

Arrivés au Canada en 2012, ils ont vu leur demande d’asile déboutée, ainsi que l’appel subséquent. Jusqu’à dimanche, la famille espérait toutefois une intervention in extremis de la part du ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale.

Celui-ci aurait eu le pouvoir de suspendre leur ordre d’expulsion, un pouvoir discrétionnaire utilisé auparavant, insistait encore en soirée Me Handfield. Il s’est dit consterné par la décision du ministre Goodale de ne pas intervenir, une décision expressément signalée par lettre à la famille.

Une «gifle»

Le ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel, leur avait accordé vendredi des certificats de sélection du Québec pour des considérations humanitaires. Ces certificats représentent normalement une étape vers l’obtention de la résidence permanente.

« Le message que le ministre fédéral envoie présentement au ministère provincial de l’Immigration, c’est que peu importe son évaluation d’un cas, son analyse d’un parcours exemplaire, ça lui importe peu, dit Me Handfield. C’est une gifle qu’Ottawa envoie à Québec aujourd’hui. »

Joint en milieu d’après-midi dimanche, l’attaché de presse du ministre Goodale a refusé de formuler un commentaire sur un dossier particulier. Scott Bardsley a déclaré par courriel que « toute personne dont le renvoi du Canada a été ordonné bénéficie d’un traitement équitable devant la loi ».

Brillant avenir

Des milliers d’immigrants sont expulsés chaque année. Mais cette fois, en plus de passer outre l’avis de Québec, cette expulsion prend le visage d’une jeune femme à l’avenir prometteur.

Une des soeurs Lawrence a fait la manchette la semaine dernière dans le Journal de Montréal en raison de son brillant parcours académique. La présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, présente Leony Pavithra Lawrence comme une « élève exceptionnelle » récompensée par un prix pour sa persévérance. L’immigrante « parfaite » s’apprêtait à entrer au cégep et disait souhaiter devenir oncologue.

Son frère aîné, Léon, a eu un enfant en sol québécois il y a environ quatre mois. Il est également reparti avec sa femme et leur bébé.

Ces éléments démontrant l’enracinement et l’intégration au pays sont soupesés dans une demande de résidence pour des considérations humanitaires, au contraire d’une demande d’asile, qui évalue plutôt si les raisons de fuir le pays sont crédibles.

« Je ne demandais pas de donner automatiquement la résidence permanente pour des motifs humanitaires. Seulement de suspendre le renvoi pour avoir l’occasion d’examiner le dossier », expose Stéphane Handfield. Selon lui, le retour des Lawrence est improbable, « même si ce n’est pas impossible ».

Leur dernier cri du coeur, samedi, avait été entendu de plusieurs autres députés, ainsi que d’Amnistie internationale.

Depuis l’instauration d’un nouveau système de traitement des demandes d’asile en décembre 2012, ce sont plus de 70 % des demandes de Sri Lankais qui ont été acceptées jusqu’à aujourd’hui.

19 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 3 décembre 2017 18 h 23

    Honte! Honte aux libéraux!

    On avait la chance d’avoir des gens qui ont pris la peine d’apprendre le français, de travailler très fort à leur intégration, de s’instruire pour devenir médecin ou autre, de gagner des prix de mérite et on les expulse? Que vous fallait-il de plus M. Goodale?
    J’ai honte comme canadienne! Et je pense que finalement le Québec en déclarant son indépendance ferait beaucoup mieux avec ses immigrants. Il ne mettrait sûrement pas à la porte les plus méritants et les plus susceptibles de nous apporter leurs talents. Vous venez de faire une très grossière erreur qui je le souhaite vous éloignera du pouvoir au prochain scrutin. Car vos erreurs de parcours comme gouvernement commencent à remplir un gros livre. Et M. Trudeau est plus souvent à l’étranger que dans son pays à régler des problèmes, à nos frais bien entendu! Libéraux= Catastrophe! Le Québec est perdant sur toute la ligne sous votre gouverne. Libérons-nous de ce carcan qui nous empêche de nous épanouir!

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 décembre 2017 20 h 20

      Ça n'a aucun rapport avec la question du traitement d'une demande d'asile.

    • Anne-Louise Raymond - Abonnée 3 décembre 2017 22 h 01

      Absolument, cela a à voir. Si le gouvernement du Québec les a acceptés, leur dossier est sans tache. Les renvoyer - femmes enfants et monsieur défenseur des droits (travaillait comme rapporteur des cas de torture dans un pays qui torture et viole le droit des femmes... autorise le violeur à marier sa victime pour éviter les poursuites!!!! (2014 source : Wikipédia!!!!) - dans un pays violent et extrêmement dangereux pour les femmes et pour les défenseurs des droits de la personne comme le père... C'EST CRIMINEL. Toutes les instances qui les ont appuyés devaient certainement connaître le fond du dossier. ils étaient acceptés au Québec!!!!! Le gouvernement Trudeau s'est comporté dans cette affaire - pas que celle-là - comme un muffle... je n'ai rien dit des Paradise Papers et autres dossiers dangereux pour l'environnement. La cause de l'indépendance se déploiera sous Trudeau. Mais je ne veux pas détourner mon attention de cette tragédie pour sept personnes de bonne foi et parfaitement intégrées ici et parlant français et et et et... Je n'en reviens tout simplement pas que cela soit possible aux yeux et au vu de nous toutes nous tous au Québec. Qu'aucun mécanisme ne nous prémunisse contre ce type d'injustice. Cela a été dit tant et plus mais j'attends (sans attendre) les larmes de Trudeau le braillard ou l'empathique, c'est selon. Son empathie ici... n'a pas atteint son homme de main. Dérangeant?

    • Gilles Racette - Abonné 4 décembre 2017 06 h 22

      Difficile a suivre en effet, il n'y a de ça pas si longtemps,on a décidé de garder au pays la famille Villanoeva qui elle, n'avait pas du tout,mais pas du tout, le même parcours.

    • Sylvain Auclair - Abonné 4 décembre 2017 12 h 30

      Les faits que vous rapportez, madame Raymond, sont tout à fait pertinents, mais la question de l'intégration ou non a peu à voir avec une demande d'asile, qui a été faite AVANT toute cette intégration. On aurait sans doute dû garder cette famille, mais il devait manquer des faits dans leur dossier.

      Quant à épouser son violeur, je crois me souvenir que ça existe encore dans certains États des États-Unis...

  • Réjean Boucher - Abonné 3 décembre 2017 21 h 04

    Que voulez-vous...comme dirait l'autre...

    Ils ne se sont pas adressés au bons interlocuteurs. Ils auraient dû en discuter avec Brian Mulroney et avancer beaucoup de dollars, ainsi ils auraient pu obtenir un beau passeport canadien comme Wafic Saïd, l'ami de Brian.

    Que voulez-vous dans notre beau Canada, il y a deux poids, deux mesures, les passes-droits pour les riches et bien branchés et zéro pour ceux qui ne sont ont ni un, ni l'autre.

    • Serge Pelletier - Abonné 4 décembre 2017 04 h 02

      En plein cela Monsieur Boucher.

  • Serge Pelletier - Abonné 4 décembre 2017 03 h 58

    La chimère sort de son trou

    1) Contrairement à ce que beaucoup de bien-pensants croyaient, en se flattant la bedaine, que le GV-Q avait quelques choses à voir, et était décisionnel dans l'acceptation des immigrants, le fédéral (OTTAWA) conservait son plein pouvoir du oui et du non - Constitution oblige.
    2) Le GV-Q (toutes couleurs confondues) avait 5 ans pour intervenir - c'est-à-dire faire ce qu'il a fait à la dernière minute, intervention hypocrite qui a été poussée par le grand battage journalistique sur ce cas sidérant.
    3) L'intervention tardive et fortement médiatisée du GV-Q n'a fait qu'attiser le courroux du GV-C... "C'est nous autres les boss, toé ferme là!"
    4) Ces gens ordinaires (la famille) n’ont pas d’organisme de lobbying (du style de l’association des musulmans du Canada) pour crier haut et fort qu’il s’agit de discrimination « racisée » ou religeuse… Conséquemment, aucune crainte de répercussion lors des élections – bien au contraire « voyez, on fait respecter la LOI », ce que bien des « Red-Necks » vont apprécier.
    5) Nous nous trouvons ici devant l’irresponsabilité des « décideurs bureaucratiques » qui lié aux gens de robes (les avocats) ne fait qu’envenimer ce type de situation… Pour les uns les perpétuelles revendications de plus de fonctionnaires, plus de salaires, plus de tout, et pour les autres des appointements en n’en plus finir…

    Probablement, que s’il arrive quelque chose de malheureux aux membres de cette famille, notre pleureur national va sortir un mouchoir, essuyer une larme de crocodile, et se morfonde en excuses… « je m’excuse au nom du peuple canadien, si je l’avais sût je serais intervenu… Malheureusement, je n’étais pas là, j’étais en avion pour la Chine.

  • Serge Pelletier - Abonné 4 décembre 2017 04 h 07

    La citoyenneté canadienne

    J'espère que le père de l'enfant qui est né ici a été informé du "droit du sol", et qu'il conservera très très précieusement l'acte de naissance de l'enfant. À 18 ans, ce dernier pourra revendiquer sa citoyenneté canadienne.

  • Jacques Morissette - Abonné 4 décembre 2017 06 h 16

    Les contradictions du gouvernement de Justin Trudeau.

    Les membres d'une famille qui semblent avoir des aptitudes à l'effort réalisateur, mais qui ont vu un ministre de l'immigration les débouté passivement, semble-t-il, en se cachant derrière le mur de sa loi. En contrepartie, le PM Justin Trudeau qui lance des appels aux immigrants, pour leur dire qu'ils sont les bienvenus au Canada. À moins que ce ne soit que pour la parade?

    • Serge Pelletier - Abonné 4 décembre 2017 14 h 54

      Le Justintin d'Otawa a été élu sur les principes chers aux jeunes générations: "yé beau", "yé jeune", "yé comme nous autres", "pis y dit ce que l'on veut entendre". Fac, tassez-vous les mo'oncles, et les m'tantes...

      En fait, ces générations ont regardé le contenant, et aucunement le contenu. Pire, elles sont "partie prenante" de celles qui refusent tout conseil, y compris de ne pas mettre la main sur un rond chauffé au rouge...

      Ces jeunes générations vont en payer un coup, et pas uniquement pour les déficits du Justintin...