Québec veut baliser les relations entre profs et étudiants

Hélène David, ministre de l’Enseignement supérieur, a dévoilé lundi sa stratégie en matière de prévention des violences sexuelles dans les cégeps et les universités.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hélène David, ministre de l’Enseignement supérieur, a dévoilé lundi sa stratégie en matière de prévention des violences sexuelles dans les cégeps et les universités.

La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, veut baliser les relations entre professeurs et étudiants. C’est l’une des nombreuses « suggestions » qu’elle fait aux cégeps et aux universités dans le cadre de sa Stratégie d’intervention pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur, rendue publique mardi.

 

« Les établissements d’enseignement devraient se doter d’un code de conduite prévoyant les principes et balises devant guider, notamment, les relations intimes entre un membre du personnel qui se trouve en situation d’autorité et une étudiante ou un étudiant », peut-on lire dans le document ministériel, qui tient sur une trentaine de pages.

 

« Je ne suis pas née de la dernière pluie, j’ai fait ma carrière à l’université, je sais qu’il y a toutes sortes de choses qui sont susceptibles d’arriver. Il y a des étudiants qui restent très embêtés avec la situation, surtout quand ça finit mal. »

 

La ministre donne l’exemple d’un chargé de cours ou d’un directeur de maîtrise qui initierait une relation amoureuse avec une étudiante qu’il serait chargé d’évaluer. « On a entendu des témoignages à cet effet », ajoute la ministre.

 

Pas d’obligation

 

Dans sa stratégie ministérielle, la ministre « suggère très fortement » aux établissements postsecondaires de se doter d’une politique spécifique aux violences à caractère sexuel. Une enquête du Devoir avait d’ailleurs démontré, en mars dernier, que sur les 65 établissements postsecondaires du Québec, seulement 3 universités et 5 cégeps avaient une telle politique.

 

« Il y a des universités et des collèges qui ont une politique précise pour contrer les violences à caractère sexuel, il y en a qui n’en ont pas ; il y en a pour qui c’est mêlé à du harcèlement au travail ; d’autres pas, illustre la ministre. Il y a vraiment du travail à faire à ce niveau, et cette politique-là sera fortement suggérée, disons ça comme ça. »

 

Il faut tout de suite que les victimes sachent à qui s’adresser, c’est le nerf de la guerre.

Depuis des mois, dans le cadre des consultations régionales qui ont mené à cette stratégie, la ministre a soutenu qu’elle allait « obliger » les établissements à se doter d’une telle politique. Pourquoi parle-t-elle aujourd’hui de suggestions ? « Il n’y a pas de changement de cap, répond la ministre David. C’est parce qu’il y a deux phases. Dans une stratégie, on suggère fortement, et puis on verra dans la loi-cadre s’il y a un autre vocabulaire. »

 

Elle promet de déposer un projet de loi dans les prochaines semaines pour venir baliser les pratiques, « parce que les ministres passent, mais les lois restent ».

 

Guichet unique

 

Le ministre invite également les cégeps et les universités à se doter d’un guichet unique pour accueillir et accompagner les victimes de violences sexuelles afin d’éviter que celles-ci se perdent dans les dédales administratifs et répètent d’un endroit à l’autre l’événement qu’elles ont vécu, comme c’est encore trop souvent le cas. « Il faut tout de suite que les victimes sachent à qui s’adresser, c’est le nerf de la guerre », affirme la ministre.

 

Elle propose également aux directions de cégep et d’université d’exiger de leurs professeurs qu’ils mettent en référence dans leurs plans de cours la politique de l’établissement en matière de violences à caractère sexuel, comme cela se fait parfois pour le plagiat, par exemple.

 

La politique est clairement centrée sur les besoins des victimes et vise à leur offrir du soutien psychosocial et des accommodements scolaires afin de leur permettre de poursuivre leurs études sans être obligées de croiser leur agresseur dans un cours, par exemple. Les victimes doivent être entendues et aidées rapidement, répète la ministre, qui injecte 23 millions sur 5 ans pour aider les établissements à mettre tout cela en marche.

 

Initiations

 

La ministre insiste sur la prévention et la sensibilisation afin d’amener « un changement de culture » dans les cégeps et les universités. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard, dit-elle, si elle présente sa stratégie au moment même où quelque 500 000 jeunes s’apprêtent à franchir les portes d’un des nombreux campus du Québec. Les associations étudiantes universitaires et collégiales, de même que les recteurs et dirigeants de cégep qui l’accompagnaient sur scène, ont promis d’être au rendez-vous.

 

« Pas plus tard que ce matin, on était une quinzaine d’associations étudiantes universitaires de partout à travers le Québec réunies à Montréal dans le cadre d’une formation sur les témoins actifs avec les gens de la campagne “Sans oui, c’est non”, et je peux vous garantir que les organisateurs des activités d’intégration sur le terrain sont très sensibles à la question des violences à caractère sexuel et sont prêts pour la rentrée », a soutenu Simon Telles, président de l’Union étudiante du Québec.

 

La ministre reste cependant assez floue sur les sanctions pour les agresseurs de même que sur la fameuse « reddition de compte » pour les établissements. Au-delà de quelques critiques, notamment sur le fait qu’on ne semble pas faire appel à l’expertise des organismes communautaires comme les centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS), la stratégie ministérielle a été chaudement applaudie par l’ensemble des recteurs, directeurs de cégep, associations étudiantes, chercheurs et victimes qui s’entassaient dans l’auditorium de l’Université de Montréal. « J’ai l’impression de réaliser un rêve aujourd’hui », confie, émue, Mélanie Lemay, cofondatrice de Québec contre les violences sexuelles qui a milité pendant des mois pour que Québec force les universités à agir. « À la jeune femme de 17 ans — c’est l’âge que j’avais quand ça m’est arrivé —, je suis heureuse de pouvoir offrir ce que, moi, je n’ai pas pu avoir. »

 

La stratégie

Voici les principales mesures de la Stratégie d’intervention pour prévenir et contrer les violences à caractère sexuel en enseignement supérieur :

Élaboration de projets et d’outils de sensibilisation

Soutien à la recherche, dont une grande enquête dans les cégeps

Guichet unique pour accueillir les victimes dans chaque établissement

Mesures d’accommodement scolaires pour les victimes

Accès aux services psychosociaux pour les victimes

Amélioration de la sécurité des lieux (éclairage, téléphones d’urgence, surveillance)

Adoption d’une déclaration d’engagement contre les violences à caractère sexuel

Adoption d’un code de conduite

Adoption d’une politique visant à contrer les violences à caractère sexuel

Formation pour le personnel
8 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 22 août 2017 07 h 19

    Beurk

    Difficile de prendre au sérieux toute politique ou déclaration d'une ministre qui mange ses crottes de nez en direct à la téléision. L'éducation supérieure mérite mieux que ce dégoûtant personnage.

    • Daniel Bérubé - Abonné 22 août 2017 11 h 39

      J'ai entendu parler d'un prof. qui avait abusé d'une de ses étudiante, une enquête fut faite, et... il ne mangeait pas ses crottes de nez, alors... pas problème, l'enquête fut arrêté là.

      Si c'est le seul élément qu'il vous faut pour juger de la pertinance d'une personne et/ou de son travail...

    • Paul Toutant - Abonné 22 août 2017 14 h 42

      Je sais que le problème des abus sexuels est très grave et mérite qu'on y réfléchisse collectivement. Je dis simplement que cette ministre n'a pas sa place en politique, que ses agissements publics l'ont disqualifiée.

  • Micheline Dionne - Inscrite 22 août 2017 08 h 33

    Le pénal et les Droits de la personne

    Le harcèlement sexuel venant d'un professeur serait couvert par la Commission des Droits de la Personne, et les voies de fait, et autres agressions, sexuelles ou pas relèvent du Criminel. Nous avons déjà des Lois. Nous ne mettrons pas fin aux flirts et autres relations entres personnes qui entrent en contact dans le milieu des études supérieures et pour l'heure nous semblons ignorer le harcèlement quand il vient des étudiants et étudiantes et dont le professeur peut faire l'objet. S'il faut tout réglementer quand les système législatif est déjà suffisant, on va continuer dans la plus grande rectitude .... Bon j'arrête et vous souhaite une excellente journée.

  • Pierre Fortin - Abonné 22 août 2017 10 h 26

    Primo non nocere


    La ministre David nous présente une stratégie bien timide et incomplète ne formulant aucune mesure explicite permettant de l'articuler. Elle nous dit « Les établissements d’enseignement devraient se doter d’un code de conduite prévoyant ... », s'évitant ainsi d'imposer une ligne de conduite stricte : Primo non nocere, d'abord ne pas nuire.

    Pourquoi n'exige-t-elle pas des institutions d'enseignement qu'elles se dotent d'un code d'éthique déontologique qui rappelle aux enseignants, au risque de la déchéance de leur charge, leurs devoirs envers les étudiants au service desquels ils sont engagés, et qui leur interdit de profiter de l'ascendant inhérent à leur position pour prendre avantage sur leurs protégés.

    Plutôt que de présenter une stratégie équivalant à des vœux pieux sans aucune obligation, la ministre peut exercer son pouvoir pour exiger de toutes les institutions d'enseignement, du primaire à l'université, l'élaboration d'un code d'éthique déontologique concret et contraignant pour tous ceux qui ont autorité sur les élèves et les étudiants.

    Nos institutions vouées à l'éducation doivent pouvoir définir clairement les limites de leurs propres prérogatives et de le faire publiquement.

  • Robert Beauchamp - Abonné 22 août 2017 10 h 28

    Marketing politique

    Les sommes anoncées ont toujours l'air gigantesques mais c'est toujours sur 3, 5, ou 10 ans, et que souvent la 1ère année, les sommes engagées sont minimales â cause des délais liés au démarrage qui s'éternisent. On annonce gros pour les besoins du marketing politique et on commence toujours au branle-bas avec des pinottes.

  • Madelaine Drolet-Savoie - Abonnée 22 août 2017 11 h 12

    Utile ?

    Tous les profs savent qu'en ayant un comportement sexuel (la définition légale d'abus sexuel est très large) envers un(e) élève mineur(e), ou étudiant(e) adulte dans un contexte où ils sont en relation d'autorité, ils sont passibles de poursuites judiciaires qui seront publicisées et pourront avoir des conséquences graves sur leur emploi et employabilité, leur famille et leur capital d'estime sociale, sans parler de sanction d'emprisonnement s'ils sont trouvés coupables. Si nécessaire, un simple rappel des art. de loi aux profs en début d'année par l'institution suffirait.

    Pourquoi un tel battage publicitaire, une telle pollution médiatique, surtout avec une tête aussi peu engageante, sinon lugubre? Y en a marre de ces égo-portraits.

    À qui ou à quoi cette "suggestion" ministérielle sert-elle ? À dorer l'image politique de son auteure? et de son PM? N'a-t-elle pas des sujets plus criants dans ses cartons?

    EX: le financement de ces institutions, dont les frais de scolarité directs et indirects des étudiants et autres sources? un meilleur équilibre entre les salaires des recteur/cadres supérieurs et ceux des profs ? la qualité de l'enseignement, directement reliée aux autres conditions travail des profs dont les budgets de recherche, l'adéquacité des locaux et des équipements, qui ont été coupés et sont nécessaires à leur travail et celui des étudiants ? etc. etc.

    M.D. Savoie, abonnée