Terminus: Côte-Vertu, café, joints et thé à la cannelle

L’arrondissement Saint-Laurent est jeune : selon le recensement de 2011, 19 % de sa population a moins de 15 ans, en comparaison de 15 % pour le reste de l’Île. À quelques pas, il y a le collège Vanier et le cégep Saint-Laurent.
Photo: Olivier Sylvestre Le Devoir L’arrondissement Saint-Laurent est jeune : selon le recensement de 2011, 19 % de sa population a moins de 15 ans, en comparaison de 15 % pour le reste de l’Île. À quelques pas, il y a le collège Vanier et le cégep Saint-Laurent.

Entre le départ et l’arrivée, ici ou là-bas, Le Devoir a eu envie de vous écrire des cartes postales qui fleurent bon le bitume. Une invitation au voyage vers des destinations inattendues, au coin de la rue. Aujourd’hui: le terminus Côte-Vertu. 

Dans l’arrondissement Saint-Laurent, la station Côte-Vertu marque la fin de la ligne orange, mais elle ouvre surtout une porte sur les langues et les pays du monde.

Inaugurée en 1986, elle dessert l’ouest de la ville et une partie de Laval. À l’intérieur de l’édicule en brique orange, on trouve notamment une oeuvre d’Éric Lamontagne, Homo Urbanus, installation où 180 personnages se « fondent dans l’anonymat de la foule ».

Quelques pas plus loin, au terminus d’autobus, on peut plus facilement entamer la conversation avec un voyageur.
 

Du thé à la cannelle

Photo: Olivier Sylvestre Le Devoir Au terminus d’autobus, on peut plus facilement entamer la conversation avec un voyageur.

Il y a cet homme de Jakarta, assis sur un banc à l’ombre de quelques arbustes. Il dit avoir plus de 70 ans, on lui en donnerait pourtant 50. Sa main droite est incomplète ; souvenir douloureux de son enfance à travailler dans une fabrique de textile. Une machine a avalé ses doigts.

Des membres de sa famille, immigrés au Canada, l’ont parrainé il y a plus de 20 ans.

Il n’est pas le seul immigrant ici : en 2011, une personne sur dix était en attente de recevoir le statut de citoyenneté canadienne dans l’arrondissement. Plus de la moitié de la population de Saint-Laurent déclare faire partie d’une minorité visible.

Aujourd’hui, il attend un chauffeur d’autobus qu’il a appris à connaître au fil des voyages. Il l’attend patiemment depuis quelques heures. Sous sa casquette, à sa droite, il cachait un trésor : une boîte de thé à la cannelle du Sri Lanka. Il avait promis au chauffeur, il y a plusieurs semaines, qu’il lui en apporterait.

Seul problème, il ne connaît que la ligne où celui-ci travaille et il n’est pas certain qu’il travaille le jeudi.

Alors en attendant, il discute de son arrivée au Canada, de ses enfants, du reste de sa famille. Malgré cette intimité éphémère, il refuse à plusieurs reprises de donner son nom. « La prochaine fois que l’on va se voir, je te le dirai », dit-il.

Deux heures plus tard, l’autobus et le chauffeur passent sans s’arrêter. Il se met à courir, bras en l’air, essayant d’attirer l’attention du chauffeur. Peine perdue. Il rentre chez lui avec sa boîte de thé sous le bras, promettant de réessayer la semaine prochaine.

On y rencontre aussi Usamah, 22 ans, étudiant à l’Université McGill au baccalauréat en sciences infirmières. Grand, l’air confiant, Usamah se veut pourtant réservé quant à sa vie privée. Si on l’encourage un peu, il nous raconte qu’il est né à Montréal, mais qu’il a grandi au Pakistan. Ses parents et lui sont revenus au Québec pour ses 11 ans.

En ce moment, il se prépare à l’examen de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. « L’examen coûte 650 $ et c’est deux fois par année », dit le jeune homme. Mieux vaut ne pas rater son coup. Bientôt, il veut travailler à l’urgence du CUSM. « Pour l’instant, je travaille dans un restaurant. »

Pas étonnant de le croiser ici. L’arrondissement est jeune : selon le recensement de 2011, 19 % de la population de l’arrondissement a moins de 15 ans, en comparaison de 15 % pour le reste de l’Île. À quelques pas, il y a le collège Vanier et le cégep Saint-Laurent.

Passer le temps

Photo: Olivier Sylvestre Le Devoir À l’intérieur de l’édicule en brique orange, on trouve une œuvre d’Éric Lamontagne, «Homo Urbanus», installation où 180 personnages se « fondent dans l’anonymat de la foule ».

John Shea aussi semble attendre quelque chose d’incertain. Ce retraité anglophone de 66 ans passe sa matinée au terminus à boire son café, à regarder les gens passer et à fumer deux petits joints.

« Chaque station de métro à Montréal a ses vieillards qui y passent leur temps. » Pour M. Shea, le terminus est un café à ciel ouvert.

Sous ses yeux passent Gina, qui assure des soins à domicile, Fabiola Barthélemy qui va passer une entrevue d’embauche ou encore Maya Sari Tohardja, une missionnaire chrétienne qui va donner de son temps dans une cuisine populaire.

John raconte à quel point le quartier a changé au fil du temps, comment il est devenu beaucoup plus mixte. Selon le recensement de 2011, 81 % des citoyens de l’arrondissement Saint-Laurent sont en effet nés à l’étranger ou ont au moins un de leurs parents né à l’extérieur du Canada.

Lui a passé sa vie à assembler des appareils électroniques faits de pièces importées dans une usine tout près.

Il parle encore un peu, de Trump, de sa vie. Et puis il quitte le quai pour aller nourrir les oiseaux au parc avec des morceaux de pain tranché. Là aussi, pour passer le temps.

1 commentaire
  • Eric Vallée - Inscrit 21 août 2017 01 h 44

    Remplacement de population

    "81 % des citoyens de l’arrondissement Saint-Laurent sont en effet nés à l’étranger ou ont au moins un de leurs parents né à l’extérieur du Canada [...] L’arrondissement est jeune : selon le recensement de 2011, 19 % de la population de l’arrondissement a moins de 15 ans" En d'autres mots, remplacement de population par une immigration massive.