L’attente s’allonge dans les centres d'accueil pour réfugiés

Oriel Noel est arrivé à Montréal il y a trois jours après avoir traversé la frontière à la fin juillet.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Oriel Noel est arrivé à Montréal il y a trois jours après avoir traversé la frontière à la fin juillet.

L’engorgement dans le traitement des demandes d’asile à la suite de l’arrivée massive de migrants risque de transformer les sites d’hébergement temporaire en lieux d’hébergement permanent, préviennent des groupes d’aide aux réfugiés. Ces derniers exhortent Ottawa à augmenter son nombre d’employés pour accélérer l’analyse des demandes.

 

« On continue à chercher des locaux, parce qu’il y a un engorgement. Le traitement des dossiers est plus tardif qu’à l’habitude. On craint qu’un séjour dans un centre d’hébergement temporaire, qui normalement dure quelques jours ou semaines, ne s’échelonne sur quelques mois », explique Francine Dupuis, porte-parole du programme régional d’accueil et d’intégration des demandeurs d’asile (PRAIDA).

 

Réunies dimanche midi au Stade olympique pour manifester leur solidarité avec les demandeurs d’asile, quelques centaines de personnes ont aussi réclamé davantage de ressources de la part du gouvernement fédéral pour désengorger les centres d’accueil.

 

Après avoir augmenté la capacité au Stade olympique de 300 à 600 lits, puis finalement à 1050 places, un nouveau site dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville a ouvert ses portes dimanche pour accueillir temporairement quelque 300 autres personnes.

 
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des centaines de personnes se sont réunies dimanche devant le Stade olympique pour témoigner leur appui aux demandeurs d’asile qui y sont accueillis.
 

Les centres fournissent l’essentiel aux demandeurs en attendant que ceux-ci trouvent du logement et aient accès à tous les autres services. Les demandes d’asile jugées recevables sont examinées par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada (CISR), dans des délais atteignant normalement 60 jours, mais ils s’allongent de plus en plus.

 

« On contrôle toujours la situation, mais c’est certain qu’on commence à avoir des inquiétudes parce qu’en ce moment on est dans une gestion à court terme sans pouvoir réfléchir au moyen terme », confie Mme Dupuis.

 

Jusqu’à présent, le gouvernement du Québec a indiqué que 6505 demandes d’asile ont été déposées entre janvier et fin juin 2017, dont 3350 par des personnes interceptées à la frontière par la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

 

Depuis le début juillet jusqu’à jeudi dernier, 3200 personnes supplémentaires seraient arrivées, si l’on calcule sommairement à partir des moyennes avancées la semaine dernière par la ministre de l’Immigration Kathleen Weil.

 

La plupart sont des ressortissants haïtiens qui fuient les États-Unis depuis que le président américain, Donald Trump, a menacé de retirer leur statut de protection temporaire à 58 000 d’entre eux arrivés au pays depuis 2010.

 

Dimanche, lors d’une manifestation de soutien aux migrants, des militants ont aussi demandé au gouvernement d’investir plus de ressources aux douanes.

 

Le Syndicat des douanes et de l’immigration a affirmé la veille que ses travailleurs étaient « extrêmement fatigués » et « débordés » par l’afflux important de migrants.

 

L’Agence des services frontaliers a indiqué avoir augmenté le nombre d’agents aux douanes dans les derniers jours, mais n’a pas donné de chiffres pour des raisons de sécurité.

 

« Nous pouvons dire que l’Agence a ajouté des agents à Lacolle et a installé le traitement des demandes d’asile à l’emplacement actuel, sur le chemin Guay. L’Agence a également loué des locaux dans un site à proximité pour traiter les demandes de manière systématique », indique Judith Gadbois-St-Cyr, porte-parole de l’ASFC.

 

Solidarité

 

Arrivé à Montréal il y a trois jours, Oriel Noel n’en revenait pas de l’accueil que lui réservaient des centaines de Québécois réunis dimanche devant l’entrée du Stade olympique de Montréal, où sont hébergés des demandeurs d’asile. « Ça fait vraiment chaud au coeur », a confié M. Noel, les yeux brillants.

 

L’homme qui a traversé la frontière à la fin du mois de juillet est reconnaissant du traitement des Québécois. « Les gens sont très respectueux avec nous, on se sent bien ici. On mange trois fois par jour, le Stade olympique est très beau, je dors enfin bien et je suis vraiment heureux de voir que les gens veulent qu’on reste », a-t-il dit en jetant un coup d’oeil aux nombreuses pancartes brandies par les manifestants qui lui souhaitent la bienvenue.

 

Alanna Dowman faisait partie de ces manifestants. La Montréalaise qui a vécu aux États-Unis tenait à montrer aux migrants qu’ils ont leur place au Québec.

 

« Il y a beaucoup de ces gens qui viennent des États-Unis parce qu’ils ont senti qu’ils n’étaient pas les bienvenus, alors je crois que c’est important de leur montrer qu’ici, on sera là pour eux », a-t-elle expliqué.

 

Lily-Rose Hodgson assistait quant à elle à sa première manifestation. La jeune fille de six ans a aidé sa mère, Marie Lecourt, à confectionner une immense pancarte où elles demandaient aux gouvernements de prouver qu’ils sont sensibles à la cause des réfugiés.

 

« C’était important pour moi de lui montrer qu’il faut être présent pour eux, pour les accueillir, parce qu’elle est jeune et que, malgré le fait qu’elle soit une enfant, elle est parfois confrontée à des idées préconçues, alors je voulais qu’elle soit témoin de cette manifestation de notre ouverture aux autres », a souligné Mme Lecourt.

 

Le rassemblement avait été organisé par Solidarité sans frontières et le Comité d’action des personnes sans statut pour contrer un rassemblement anti-réfugiés, qui a finalement été annulé. « Des groupes racistes ont tenté d’organiser un événement avec un message négatif, alors nous nous sommes mobilisés pour contrer ce mouvement, si bien que les anti-réfugiés ont décidé, finalement, d’annuler leur rassemblement », souligne Jaggi Singh, de Solidarité sans frontières.

 

M. Singh a qualifié de « victoire » le rassemblement puisqu’il permet de briser les préjugés. « On montre qu’il ne faut pas avoir peur de ces gens-là, qui utilisent l’intimidation pour alimenter le racisme », a-t-il fait valoir.

11 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 7 août 2017 04 h 03

    Oui à l'accueil. mais,,,

    Le flot de réfugiés ne peut que grossir.Comme tout se sait partout et en même temps, nous risquons de faire face à une invasion à l'allemande.Cette réalité nous impose le partage et non seulement l'aumone. Sommes-nous prêts?

    • André Joyal - Abonné 7 août 2017 20 h 54

      Sommes-nous prêts? Bien sûr que non. Et les candidats se comptent par millions.

  • Lise Ranger - Abonnée 7 août 2017 07 h 58

    L'enfance existe-t-elle encore?

    Rien à redire sur le contenu de l'article. Cependant, à six ans, quelle enfant peut prétendre au statut de "jeune fille"? Pourquoi ne peut-on proprement qualifier la petite qui accompagne sa mère? L'enfance aurait-elle quelque chose d'inacceptable? Il est très courant chez les journalistes d'utiliser l'expression "jeune fille" pour qualifier des enfants de sexe féminin qui n'ont même pas atteint l'âge de cinq ou six ans. Pourquoi?

  • Nicole Delisle - Abonné 7 août 2017 09 h 36

    Dangereuse incohérence!

    Par la couverture médiatique et l'accueil politique et citoyenne que nous faisons aux migrants, nous oublions trop facilement que ce sont des migrants "illégaux" qui ont traversé la frontière de façon plus ou moins clandestine.

    Quel message envoyons-nous au reste du monde? Que le Québec et le Canada ouvrent ses portes facilement même si vous ne passez pas par les voies légales? Que notre pays est maintenant une vraie passoire et que quiconque veut y entrer peut le faire comme un jeu d'enfant sans être refoulé? Un réfugié ou demandeur d'asile ne peut se déclarer persécuté dans son pays quand il arrive des États-Unis qu'il habite déjà depuis plusieurs années! Il peut invoquer la peur à cause d'une menace prononcée par le gouvernement Trump, mais elle est à venir. Se concrétisera-a-t-elle vraiment?

    Personne ne le sait, tellement Trump annonce des nouvelles qui finalement ne se réalisent pas! Nous assistons à un jeu dangereux par notre ouverture très ouverte et combien accueillante.

    Comprenons-nous bien! Je ne suis pas contre d'en accueillir, mais tout cela doit se faire dans les règles et en s'imposant une certaine limite. Là, le message que nous envoyons c'est presqu'inviter tous les immigrants, en particulier américains, qui ne sont pas heureux chez eux, de venir chez nous, même si c'est par des moyens illégaux. Il y a un coût financier, politique et d'acceptation sociale qui sont en jeu.

    À trop vouloir aider, on peut aussi s'y perdre et en payer le prix! Nos politiciens devraient y penser sérieusement et agir avec loyauté et discernement. Ce n'est pas une situation pour s'attirer du capital politique en vue d'une réélection. Si nous ne pouvons pas assurer les conditions de base à ceux qui seront acceptés, c'est-à-dire un logement adéquat, un emploi suffisamment rémunéré, des mesures de francisation, des mesures de santé etc, alors nous les mettons sur la voie d'une misère ou d'une pauvreté non souhaitable qui leur fera regretter d'être arrivé chez nous!

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 7 août 2017 16 h 24

      Quel message envoyons-nous au reste du monde?

      Que nous respectons notre engagement envers les plus vulnérables et que nous traiterons leur demande d'asile. C'est tout.

    • Pierre Samuel - Abonné 8 août 2017 10 h 23

      Mme Delisle,

      Votre analyse est tout à fait réaliste. En effet, s'il s'agit uniquement de se présenter à nos frontières pour être accueilli sans préalable clairement établi, la situation ne peut que conduire à une impasse irréversible autant pour eux que pour nous.

  • Sylvain Auclair - Abonné 7 août 2017 09 h 41

    Et Longue-Pointe?

    N'avait-on pas préparé la base militaire à accueillir les réfugiés?

  • André Mainguy - Abonné 7 août 2017 11 h 10

    Ottawa/Washington

    Dans le dossier des réfugiés haïtiens et autres, on peut se demander, est-ce qu'Ottawa et Washington se parlent encore.

    Les USA ne sont pas la prison, jusqu'à preuve du contraire. Si Justin Trudeau, adoré des Américains demandait au Président Trump de sursoir à ses pressions sur les haïtiens réfugiés aux States, cela ferait la différence.

    Lorsqu'un réfugié venu d'Afrique du Sud dit avoir trouvé sur internet, le moyen de se rendre à la frontière canadienne, il a pris l'avion et il s'est rendu illégalement à la frontière. Cet homme a un emploi professionnel dans son pays libéré du racisme des Afrikaneers.

    Une imigration dans le désordre ne peut qu'apporter des dangers de désordres, dont certains groupes s'alimentent.