James Campbell Clouston, le Montréalais héros de Dunkerque

Le commandant James Campbell Clouston a inspiré le personnage du commandant Bolton (au centre), incarné par Kenneth Branagh dans le film «Dunkerque» de Christopher Nolan.
Photo: Warner Bros Le commandant James Campbell Clouston a inspiré le personnage du commandant Bolton (au centre), incarné par Kenneth Branagh dans le film «Dunkerque» de Christopher Nolan.

C’est le film de l’heure — de l’été, oserait-on dire. Mais peu de spectateurs qui sont allés voir Dunkerque, de Christopher Nolan, savent qu’un des héros de cet événement phare de la Deuxième Guerre mondiale, James Campbell Clouston, était un Montréalais.

 

Ce dixième long métrage du réalisateur de Inception et Interstellaire relate en trois temps l’évacuation spectaculaire de plus de 300 000 soldats de la ville de Dunkerque, située dans le nord de la France, alors complètement cernée par l’armée allemande. Cet événement, baptisé opération Dynamo, s’est déroulé du 26 mai au 4 juin 1940.

 

Le film fait un tabac au box-office depuis sa sortie en salles. Il a récolté de plus de 100 millions $US en à peine quelques jours. Et pour cause, les critiques sont dithyrambiques. Le Devoir lui a même accordé la rare cote de ★★★★1/2.

 

Un rôle majeur

 

Dunkerque omet toutefois de mentionner que le commandant Bolton, un des personnages principaux du film, est en fait inspiré par James Campbell Clouston, un Canadien qui a grandi à Westmount avant d’émigrer au Royaume-Uni en 1917 pour se joindre à la marine britannique.

 

« C’est dommage que le film ne parle pas de Clouston », laisse tomber au bout du fil le professeur d’histoire à l’Université d’Ottawa Serge Durflinger. Le commandant a en effet joué un rôle majeur dans l’évacuation des troupes britanniques rassemblées sur la plage et le long du quai de Dunkerque.

 

James Campbell Clouston a notamment accompli l’exploit de contrôler le trafic de centaines de milliers de militaires. « Il y avait une assez grande discipline, ce qui est surprenant », affirme l’historien militaire Serge Bernier.

 

Selon M. Durflinger, James Campbell Clouston était un des grands héros de l’opération Dynamo. « Tout le monde qui travaillait avec lui disait qu’il était entièrement dévoué », soutient-il.

 

Après avoir travaillé sans relâche à l’évacuation des troupes britanniques pendant cinq jours et six nuits, le commandant rentre en Angleterre le 1er juin pour une nuit. De sa propre initiative, il retourne à Dunkerque le lendemain dans le but d’assister les troupes françaises dans leur évacuation. Natif de Montréal, M. Clouston parlait la langue de Molière.

 

Ce sera son dernier voyage. Sur le chemin du retour, le commandant de 39 ans meurt après le bombardement de son embarcation par l’ennemi. Il laisse dans le deuil sa femme enceinte ainsi que son fils.

 

Le fils de Clouston en colère

 

Dane Clouston, un des fils du commandant, a d’ailleurs exprimé sa colère à l’équipe de Dunkerque. Le Britannique de 78 ans, qui n’a jamais connu son père, a écrit en janvier dernier à la production du film afin de réclamer que le nom de son géniteur se retrouve au moins au générique, à défaut d’être celui du personnage interprété par Kenneth Branagh.

 

« J’étais fâché, a confié M. Clouston au Daily Mail.Je comprends qu’il serait impossible d’utiliser les noms de tout le monde correctement dans un film, mais il était le responsable du quai. Personne d’autre n’avait cette tâche. »

 

La productrice Emma Thomas lui a répondu que tous les personnages du film étaient fictifs afin de respecter les « héros de la vraie vie ». Christopher Nolan a pour sa part déclaré dans une entrevue au USA Today que « Clouston a une histoire incroyable à laquelle [le film] ne pouvait pas rendre justice ».

 

Il est courant que les familles des individus dont sont inspirés des personnages soient « déçues, voire choquées », par ce genre de film, avance la professeure de littérature à l’UQAM spécialisée en représentations de la guerre, Johanne Villeneuve, qui a vu Dunkerque.

 

« Je pense que Nolan a été honnête et le demeure en invoquant la fiction, dit-elle. Il est manifeste qu’il n’a pas voulu “jouer” entre fiction et réalité, comme il aurait été possible de le faire. »

 

Plongé d’emblée au coeur de l’événement, le spectateur ne sait rien de la vie des personnages, ce qui fait la force de Dunkerque, selon Mme Villeneuve.

 

« Le film ne dit à peu près rien sur chacun de ces individus, minimalisant ainsi l’identification psychologique du spectateur aux personnages, lesquels finissent par n’appartenir qu’à la grande trame collective que cherche à commémorer le film. »

 

Intervention canadienne

 

Mis à part James Campbell Clouston, une poignée de Canadiens qui servaient pour l’armée britannique ont participé à l’opération Dynamo. L’aide du pays s’est essentiellement déployée par la formation d’un escadron aérien, qui a aidé à protéger les troupes au sol qui attendaient d’être évacuées.

 

« Il y a eu quelques morts, peut-être cinq ou six, des blessés et quelques avions de perdus », relate l’historien Serge Bernier. L’armée canadienne a également envoyé sept destroyers pour aider à l’effort d’évacuation. Quatre d’entre eux sont arrivés à temps, précise le chargé de cours à l’UQAM.

 

Le rôle du Canada était donc mineur, mais ce n’est pas faute de ne pas avoir été sollicité pour intervenir, bien au contraire, explique Serge Durflinger. « Le maréchal responsable des troupes britanniques, lord Gort, insistait pour avoir des troupes fraîches — des troupes canadiennes — pour entreprendre la défense du périmètre », affirme-t-il.

 

Après avoir constaté l’état désespéré de la situation à Dunkerque, le général canadien Andrew McNaughton a refusé d’y mener ses troupes. « Il n’y avait pas grand-chose à faire. On aurait envoyé 3000 ou 5000 hommes qui auraient dû être évacués par la suite », explique le professeur à l’Université d’Ottawa.

 

Pour la petite histoire, Winston Churchill a vanté l’armée canadienne dans ses mémoires, peu après l’opération Dynamo. À son avis, il s’agissait de « la seule armée qui avait encore son équipement lourd et qui était en mesure de combattre de manière efficace », rapporte le professeur d’histoire au collège Dawson Frédéric Bastien.

L’autre Dunkerque

Très peu de Canadiens connaissent l’histoire de James Campbell Clouston, étant donné que le Canada a joué un rôle minime dans l’opération Dynamo. L’armée canadienne a toutefois été impliquée à Dunkerque en 1944, lors du siège de la ville. Les unités de la deuxième division d’infanterie canadienne ont encerclé la place forte de Dunkerque et son port afin de protéger la ville des troupes hitlériennes. Le siège de Dunkerque a duré huit mois, soit de septembre 1944 à la capitulation allemande, en mai 1945.

4 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 29 juillet 2017 01 h 27

    À voir!

    C'est plus qu'un bon film. Je l'ai déjà visionné deux fois et ce n'est pas terminé! À voir!

  • Diane Germain - Abonné 29 juillet 2017 13 h 46

    Dunkerque 1940

    Pour ceux qui souhaitent approfondir cette bataille, il y a le livre du journaliste français Jacques Duquesne: Dunkerque, 1940, une tragédie française (Flammarion). Il avait alors 10 ans.

  • Alain Lavallée - Abonné 29 juillet 2017 19 h 52

    Oubli des 40 000 Français qui ont donné leur vie aussi

    il faut aussi lire ce que LE Monde écrit sur Dunkerque. Il souligne que le scénario est orienté... , il n'y a pas que ce Montréalais qui a été oublié. Le scénarion ne colle pas à l'histoire réelle, car il fait aussi silence sur les 40 000 soldats français qui ont donné leur vie pour cette victoire "présentée comme britannique". En fin de compte , malgré le brio cinémato de ce film, il y a un petit côté "' Story of US canadian" de la CBC, c'est à dire "construction du NOUS britannique.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 30 juillet 2017 09 h 21

    Le personnage du pilote d’avion joué par Tom Hardy prend une décision étonnante

    Il se rend aux Allemands. Considérant le nombre d’heures nécessaires pour former un pilote d’avion, ces soldats étaient les plus importants dans les forces alliées. Ce n’est pas pour rien que les résistants français ont créé des filières pour évacuer ceux qui tombaient vers l’Angleterre. Alors, 1. Pourquoi n’a-t-il pas pris la décision de retourner en Angleterre, quand c’était temps? ou, 2. Pourquoi n’a-t-il pas amerri (la mer était calme) près d’un bateau allié pour retourner en Angleterre? En se rendant bêtement aux Allemands, il rendait un très mauvais service à son pays.