Aide sociale: Québec donne d’une main et prend de l’autre

Le ministre québécois de l’Emploi, François Blais
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre québécois de l’Emploi, François Blais

Un projet de règlement rendu public mercredi élimine des contraintes du programme d’aide sociale tout en en ajoutant de nouvelles avec le programme Objectif Emploi.

 

Ainsi, les prestataires de l’aide sociale n’ont plus l’obligation de produire de déclarations mensuelles et pourront voir leurs dettes envers l’État diminuer dans certaines circonstances.

 

Les déclarations mensuelles, « c’était assez lourd pour le prestataire », a expliqué le ministre de l’Emploi, François Blais, en entrevue. « Il y avait quelquefois des erreurs qui étaient commises involontairement, des oublis ou encore des retards. »

73%
des bénéficiaires de l’aide sociale ont moins de 35 ans et 71% sont des personnes vivant seules.

L’ensemble des prestataires sans contraintes à l’emploi sont touchés par cette mesure (ceux avec contraintes en étaient déjà exemptés). « Ça va simplifier les choses pour eux et pour nous. »

 

Mais c’est le programme de réduction de dettes qui marque le plus gros changement aux yeux du ministre. Concrètement, les gens qui ont produit de fausses déclarations pourraient voir leur remboursement mensuel diminuer de moitié et n’auraient plus à payer d’intérêts.

 

« L’endettement peut devenir un empêchement à la sortie de l’aide sociale quand les gens sont trop endettés. […] C’est majeur », a insisté le ministre.

 

Sur le terrain, on salue cette avancée. « C’est très positif », a déclaré le directeur de Solidarité régionale d’aide et d’accompagnement pour la défense des droits en santé mentale Centre-du-Québec/Mauricie (SRAADD), Raymond Leclair.

 

Objectif Emploi prend forme

 

Or ces changements entrent en vigueur en même temps que le programme Objectif Emploi, qui s’est attiré beaucoup de critiques depuis deux ans. Ce qui fait dire à certains qu’« on fait des petits pas en avant et de grands reculs en même temps », a fait valoir Serge Petitclerc, de la Coalition Objectif Dignité.

 

Objectif Emploi vise à forcer les nouveaux prestataires de l’aide sociale à entreprendre des démarches pour en sortir.

 

Ceux qui collaborent peuvent obtenir une hausse de prestation allant jusqu’à 240 $ par mois, mais, dans le cas contraire, ceux qui refusent de s’engager dans la démarche peuvent voir leur chèque amputé de jusqu’à 224 $ par mois.

 

Mercredi, la Coalition a plaidé à nouveau que cela était contre-productif et que la plupart des nouveaux assistés sociaux quittaient l’aide sociale en moins d’un an. Objectif Emploi prévoit que les participants conviennent d’un « plan d’intégration en emploi » avec leur conseiller du Centre local d’emploi. Ils devront alors choisir entre la recherche active d’emploi, une formation scolaire ou une stratégie pour développer des habiletés professionnelles.

 

Ceux qui « respectent les engagements prévus » pourront recevoir jusqu’à 60 $ par semaine (90 $ pour les familles monoparentales).

 

Mais s’ils ne respectent pas les conditions, le gouvernement amputerait leur chèque d’un maximum de 224 $ (sur 630 $). Les sanctions seraient « graduelles », signale l’analyse du ministère. Ainsi, elles seraient de 56 $ pour un « premier manquement » et applicables au mois subséquent. Pour le deuxième manquement, la sanction double et ainsi de suite. On signale toutefois que l’agent pourra par ailleurs ajuster le plan des personnes qui « éprouvent des difficultés ». Or du côté de la Coalition Dignité on craint que cela ouvre la porte « à l’arbitraire ». La population a 60 jours pour se prononcer sur le projet de règlement qui doit entrer en vigueur en avril 2018.

9 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 13 juillet 2017 08 h 31

    Taux de chômage au plus bas

    Il semblerait donc qu'il y aurait du travail pour tout le monde, aucune raison pour la pauvreté. Les pauvres sont donc des inemployables, illetrés fonctionnels (dont pas mal d'autochtones), handicapés physiques ou mentaux, dépressifs, drogués. Les forcer au travail semble irréaliste.

  • Christian Montmarquette - Inscrit 13 juillet 2017 09 h 40

    Titre trompeur qui nourrit les préjugés

    « Aide sociale: Québec sera plus compréhensif avec les fraudeurs» titre ce matin Le Devoir.

    Il est consternant de voir un tel titre qui nourrit les préjugés envers les personnes les plus pauvres et les plus démunies du Québec, quand on sait qu'il y a à peine 3% de fraudes à l'aide sociale, la plupart étant des erreurs de bonne foi.

    3%, c'est moins que la moyenne nationale des fraudes en général au Québec dans tous les domaines confondus.

    - Pourquoi ne met-on jamais un titre comme :

    « 97% des prestataires sont honnêtes à l'aide sociale » ?

    Sans compter que c'est le gouvernement qui fraude les prestataires et qui s'attaque à leur santé en ne leur accordant que la moitié du minimum vital pour survivre.

    Tant et si bien que le maintien de la pauvreté coûte 17 milliards par année en frais de santé à l'État du Québec.

    Couper dans l'aide sociale et augmenter la pauvreté..

    Faut être cancre en économie et sans coeur politique pour faire ça!

    Christian Montmarquette

    Références :

    À peine 3% de «fraudes» à l’aide sociale - Le Devoir

    Des erreurs de bonne foi expliquent en majeure partie l’aide versée en trop"

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/417843/a-

    Fraude à l'aide sociale: une délation sur six est fondée - La Presse, 07 juillet 2016

    La pauvreté coûte environ 17 milliards de dollars par an au Québec - Gary Bloch Médecin de famille, expert-conseil à EvidenceNetwork.ca, Hufingtonpost Québec, 11/03/2014

    http://quebec.huffingtonpost.ca/gary-bloch/cout-pa

    .

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 juillet 2017 12 h 31

      « La pauvreté coûte environ 17 milliards de dollars par an au Québec » (Christian Marquette citant ou faisant allusion aux propos de Gary Bloch, Médecin)

      De cette citation, cette douceur :

      Pendant que la richesse, parfois, s’expose à des Commissions de tout genre (C Gomery, Charbonneau … .), on-dirait que la pauvreté fait rouler l’économie, le monde des emplois et de diplomation !

      De cette douceur, une question :

      Pourquoi cherche-t-on, comme avec acharnement, à vendre ou à dénigrer la pauvreté pour une paire de sandales (A) ?

      À quand le réveil socio-politique …

      … ?!? … - 13 juillet 2017 –

      A : Allusion à Amos 2,6 et 8,6.

    • Stéphane Laporte - Abonné 13 juillet 2017 15 h 24

      Merci Monmarquette j'allais écrire la même chose.

  • Jacques Morissette - Abonné 13 juillet 2017 10 h 13

    J'essaie de voir ce qu'il y a sous le tapis de cette décision?

    Le but premier n'est probablement pas pour alléger la tâche du prestataire, mais peut-être de permettre au gouvernement libéral de couper les employés du département qui ont à lire ces formulaires. C'est un peu méprisant, si c'est le cas.

  • François Aubry - Abonné 13 juillet 2017 10 h 17

    Feu l'inconditionnalité

    François Blais, dans son autre vie, celle d'intellectuel, de professeur et de chercheur avait fait de l'allocation universelle et INCONDITIONNELLE son projet chéri et était devenu un spécialiste international de cette question. Avec cette réforme de l'aide sociale que reste-t-il de sa crédibilité?

  • Benoît Landry - Abonné 13 juillet 2017 11 h 04

    Aveuglement volontaire

    « L’endettement peut devenir un empêchement à la sortie de l’aide sociale quand les gens sont trop endettés. […] C’est majeur », a insisté le ministre.


    Il a compris ça, Wow


    Il ne lui reste maintenant à déterminer c'est quoi le atx d'endettement qui permet aux gens trop endettés de s'en sortir quand ils reçoivent 400 et quelques dollars par mois sans pouvoir se payer un logement convenable, se nourrir, etc . Malgré ses grandes études, il lui faudrait peut-être vivre l'expérience de survivre avec moins que rien et s'en sortir