Coup de théâtre à l’ancien couvent du mont Royal

L’ancien couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, qui avait été acquis en 2015 par un promoteur immobilier, est de nouveau à vendre.<br />
 
Photo: Jacques Grenier Le Devoir L’ancien couvent des Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, qui avait été acquis en 2015 par un promoteur immobilier, est de nouveau à vendre.
 

Une longue bataille pour la préservation d’un bâtiment historique situé sur le flanc du mont Royal reprend de plus belle : l’ancien couvent des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, qui avait été acquis en 2015 par un promoteur immobilier, est de nouveau à vendre.

 

Selon ce que Le Devoir a appris, l’entreprise du promoteur Olivier Leclerc, qui souhaitait aménager des condos dans ce bâtiment patrimonial, est en voie d’être liquidée à cause d’une dispute entre les actionnaires. La firme PricewaterhouseCoopers (PwC) a le mandat de liquider la société Gestion M O, qui a acheté l’ancien couvent pour la somme de 29,5 millions de dollars, il y a deux ans.

 

Plus de 80 investisseurs se sont montrés intéressés par cet édifice patrimonial situé au 1420, boulevard du Mont-Royal à Outremont, a confirmé au Devoir la firme PwC. Les promoteurs doivent déposer 2 millions de dollars lorsque le liquidateur accepte leur lettre d’offre, indique Christian Bourque, de PwC.

 

En exigeant cette somme considérable, le liquidateur s’assure d’attirer des investisseurs qui ont les reins solides. Des « groupes importants dans le développement immobilier », établis surtout au Québec et en Ontario, lorgnent le bâtiment historique, selon Christian Bourque.

 

Une bataille à refaire

 

Ce coup de théâtre relance la bataille pour préserver cet édifice qui a longtemps abrité les religieuses des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie. L’Université de Montréal avait acheté le bâtiment en 2003 dans le but de loger des salles de cours et d’autres services. La communauté religieuse avait cédé le bâtiment au prix d’ami de 15 millions de dollars pour soutenir la vocation éducative de l’endroit.

 

L’UdeM a décidé de vendre l’ancien couvent cinq ans après l’avoir acquis en invoquant l’ampleur des rénovations à effectuer. L’entrepreneur en construction Catania l’avait acheté pour 28 millions dans le but d’y aménager des condos, mais la transaction a été annulée en 2013 dans la foulée des scandales mis au jour par la commission Charbonneau.

 

Les plans du jeune promoteur Olivier Leclerc, qui visait à son tour à transformer le bâtiment en condos de luxe, ont été de courte durée : une dispute a éclaté entre lui et son associé Daniel Revah. Les actionnaires ont convenu de liquider l’entreprise pour dénouer l’impasse, révèle un document de la Cour supérieure daté du 3 mars 2017, que Le Devoir a obtenu.

 

Patrimoine mondial

 

Les appels à protéger la vocation éducative de l’ancien couvent se font déjà entendre. Jean-Claude Marsan, professeur retraité de la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal — qui fait partie d’un groupe de citoyens ayant tout tenté pour empêcher la transformation de l’édifice en condos —, estime que l’UdeM devrait racheter le bâtiment.

 

« La Ville de Montréal veut faire reconnaître le mont Royal comme un élément du patrimoine mondial de l’UNESCO, rappelle-t-il. Ça va être refusé dès le départ si les organismes censés protéger le mont Royal ne le font pas. »

 

La réponse de l’Université est arrivée sans tarder : « Le 1420, Mont-Royal a été vendu par l’UdeM parce qu’il ne répondait pas à nos besoins. Nous ne souhaitons pas le reprendre », indique Sophie Langlois, porte-parole de l’établissement.

 

L’entreprise Gestion M O, de son côté, reste solvable, même si elle est en voie de dissolution, souligne le liquidateur Christian Bourque. Joints par Le Devoir, les actionnaires de la firme ont décliné nos demandes d’entrevue.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 juin 2017 10 h 02

    Dommage!

    Un bâtiment élégant et harmonieux, juché sur promontoire qui le met en valeur. J'aime particulièrement ses deux ailes qui font un angle avec le corps central en une sorte de mouvement enveloppant. Nostalgie, j'ai passé là des milliers de fois, étudiant en marche vers ou en revenant de l'UdeM!

  • Jean Gadbois - Abonné 10 juin 2017 11 h 42

    Le Québec se liquide tranquillement mais sûrement.

    Cette annonce, pendant que des milliards sont dépensés à chaque tour de piste au Grand prix de formule 1 à Montréal, force la satyre et l'ironie; année de festivités du 375e anniversaire de la ville. Pendant ce temps, on dépense des centaines de milliers de dollards pour une chicane de crucifix dans un hôpital de Québec. On mobilise Premier ministre, ministres, sous-ministres, sous-ministres adjoints, médias, corps médical, conseils d'administration, médias, théologiens, historiens, universitaires, etc., pour UNE croix. Ce temple majestueux (vous devriez voir le plafond de marbre blanc de la chapelle sculpté par un artiste italien, unique au monde), a été poutant payé avec des cennes noires, des cinq cennes, puis des dix cennes, par nos pauvres ancêtres catholiques québécois de notre "priest ridden provence".

    28 millions pour des condos de luxe. Pendant ce temps, on parle Islamophobie et amalgame communautariste, racisme systémique et salafisme.

    Notre argent, notre patrimoine, nos racines et nos craintes religieuses continuent de se perdre dans un vide de sens à la mode de chez nous. Alouette, je te plumerai.

    • Jeannine Laporte - Abonnée 10 juin 2017 14 h 23

      Bravo, M. Gadbois, pour cette analyse et ce non-sens que vous soulevez.

      La Ville, et le gouvernement Couillard, préfèrent l'asphalte d'un grand prix pollueur et méprisant des valeurs des Québécois, à la protection de notre patrimoine.

      Vous avez raison, cet édifice est majestueux et il est indispensabe d'être protégé.

    • Yves Côté - Abonné 11 juin 2017 10 h 06

      Bravo Monsieur Gadbois de nous remettre si habilement les pieds sur Terre avec cette affaire !

  • Jean Gadbois - Abonné 10 juin 2017 21 h 09

    Merci Madame Laporte.

    Il fait bon de se sentir épaulé dans cette prise en considération d'une richesse inestimable de notre culture.

  • Murielle Tétreault - Abonnée 11 juin 2017 05 h 59

    Si on respectait nos enfants et nos ancêtres

    Des classes pour les élèves de Montreal au lieu de Condos
    Pourquoi ne réquisitionner ce bâtiment et loger des classes .Les médias nous informent du manque de place pour les enfants de Montreal et de Laval.Puisque Les religieuses l'on cédé à prix à prix réduit pour Que ce soit voué à l'éducation, qu'on dédommage le proprio sans permettre la spéculation.
    Les citoyens des décennies passées ,beaucoup plus pauvres que ceux du XXIième siècle ,ont construit de beaux édifices parce que l'éducation de la jeunesse était sacrée pour eux et nous laissons nos enfants vivrent dans des locaux délabrés et des écoles sans Bibliothèque,Sans local de musique.C'est honteux ! Nous ne sommes pas dignes de nos ancêtres

  • Josée Duplessis - Abonnée 11 juin 2017 07 h 28

    il faut protéger

    Il faut protéger ce qui a une valeur patrimonial.
    Nous nous définissons par la culture, la langue et nos institutions.
    Nous sommes en danger de représentation.