Poursuite de 300 000$ contre Amir Khadir

Le député de Québec solidaire Amir Khadir 
Photo: Ameli Pineda Le Devoir Le député de Québec solidaire Amir Khadir 

Le député de Québec solidaire Amir Khadir se défendra ce jeudi devant la Cour supérieure dans une poursuite intentée par un ancien associé de Tony Accurso, qui l’accuse d’avoir tenu des propos diffamatoires à son égard lors d’émissions de radio en 2013.

M. Khadir aurait ciblé à deux reprises Marcel Melançon, qui a été collecteur de fonds pour le Parti québécois (PQ) et qui a également été associé avec l’entrepreneur en construction Tony Accurso.

M. Melançon poursuit le député de Québec solidaire pour une somme de 300 000 $ en dommages pour les propos diffamatoires qu’il aurait tenus lors de deux émissions de Dutrizac diffusées sur les ondes du 98,5, en septembre et décembre 2013.

M. Khadir aurait laissé entendre une première fois que M. Melançon organisait des cocktails de financement pour le PQ et qu’il donnait des « cours 101 » de financement illégal. Il se basait alors sur un témoignage de Jean Brault, un des principaux acteurs du scandale des commandites lors d’audiences de la commission Moisan, mais ces propos n’ont jamais été retenus comme étant véridiques.

M. Khadir aurait également insisté sur le lien entre M. Melançon et l’homme d’affaires Tony Accurso.

Après cette sortie, le député solidaire se serait rétracté. Dans une lettre d’excuses envoyée le 21 novembre 2013 à M. Melançon, M. Khadir aurait avoué avoir tenu « des propos trop imprécis et confus ».

« Quand j’ai reçu la lettre, j’ai cru que ça réglait le problème. Un homme a le droit de faire une erreur, mais quelques semaines plus tard il récidivait », a expliqué M. Melançon lors de son témoignage mercredi.

Récidive

L’homme a raconté avoir reçu « une claque en arrière de la tête » deux semaines plus tard lorsqu’il a entendu M. Khadir répéter, à la même émission, qu’il était le principal argentier du PQ à la fin des années 1990.

« Il est même allé plus loin en me qualifiant de “bag man”. Dans mon livre à moi, il n’y en a qu’une définition à ce terme-là, et c’est là que je me suis dit qu’il fallait que ça cesse […] On peut faire de la politique par croyance, parce qu’on est convaincu de ce qu’on dit, mais on ne doit pas le faire dans le but de détruire une réputation », a-t-il fait valoir.

Il a insisté durant son témoignage sur le fait qu’il a collecté des dons pour le PQ seulement une fois, en 1995, lors du référendum. Après la défaite, il ne s’est plus impliqué dans le financement de la formation politique, a-t-il assuré.

M. Melançon, qui a terminé son témoignage mercredi, dit poursuivre M. Khadir pour qu’il prenne conscience de l’impact que peuvent avoir des propos diffamatoires. Il dit prendre notamment des médicaments puisqu’il souffre depuis d’insomnie.

Il a souligné que ce n’est pas la première fois que le député solidaire tient des propos jugés diffamatoires. Il a même qualifié de « tactique » les façons de faire de M. Khadir.

« Il s’excuse et, quelques semaines plus tard, il recommence », a-t-il dit.

S’il gagne sa cause, M. Melançon n’entend pas garder l’argent pour lui, il souhaite plutôt le remettre à une fondation.

« M. Khadir, c’est un homme écouté, un homme qui se donne. Avant de parler, mon père nous disait qu’il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche. Je pense que M. Khadir doit faire attention à ne pas attaquer des réputations inutilement et de façon opportuniste », a-t-il indiqué.

Présent au palais de justice mercredi, il a déclaré qu’à ses yeux M. Melançon interprète mal ses propos. « Il y a une incompréhension de sa part de ce que je dis […] Je pense que c’est injustifié de poursuivre un politicien, quelqu’un qui est impliqué dans le débat public pour le bâillonner », a-t-il fait valoir.

Le député de Mercier est attendu jeudi matin pour livrer son témoignage.

6 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 avril 2017 03 h 50

    Bref !

    De cette citation, douceur + une :

    A Que cet ancien collecteur de fonds pour le PQ l’ait, ou selon, pas compris, il demeure qu’aucune personne, incluant le monde des députés, n’est au-dessus des lois, notamment lorsqu’il s’agit de « réputation » à préserver, et ;

    B Injustifiée ou pas, l’action intentée contre le député de Mercier vise moins à bâillonner qu’à clarifier et mettre un terme à des propos plus ou moins fondés-hasardeux en démocratie.

    De cette douceur double, que retenir ?

    Dans un système-esprit dit totalitaire, se faire poursuivre en justice semble constituer une aberration irrecevable, surtout si la personne visée possède un statut social possiblement inattaquable ou irréprochable !

    Mais, dans un système où l’on valorise la libre expression, en contexte de citoyenneté et de démocratie, il faut s’attendre à des surprises !

    Bref ! - 20 avril 2017 -

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 avril 2017 12 h 15

      Citation (nos excuses) :

      « Il y a une incompréhension de sa part de ce que je dis […] Je pense que c’est injustifié de poursuivre un politicien, quelqu’un qui est impliqué dans le débat public pour le bâillonner » (Amir Khadir, Député, QS)

  • Gilles Théberge - Abonné 20 avril 2017 11 h 06

    Comme quoi Khadir a encore des chose à apprendre.

    Accessoirement je me demande bien qu'est-ce que le PQ a à faire en s'obstinant à une convergence qui est de plus en plus insensée!

    Sans compter que leur nouvelle vedette GND vient de se mettre un pied dans la bouche avec la soi-disant association de femmes musulmanes.

    Ça commence à brasser à QS... Khadir devant les tribunaux, GND devant (ou avec) les femmes musulmanes...

    Ça va pas fort QS!

    • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 20 avril 2017 21 h 15

      « Sans compter que leur nouvelle vedette GND vient de se mettre un pied dans la bouche avec la soi-disant association de femmes musulmanes. » (Gilles Théberge)

      Possible, mais compte tenu du programme « souterrain » de QS, GND y apparaît de solidarité « complaisante » d’avec ce genre d’association !

      Cependant, il est bien de se rappeler que le militantisme de QS étonne de combativité pendant que celui d’autres formations politiques, présentes à l’ANQ, s’émerveille …

      … d’inaction conséquente ! 20 avril 2017 -

  • Gilles Bonin - Abonné 20 avril 2017 14 h 37

    Il y a immunité et honnêteté.

    Ce n'est pas parce que l'on est député que l'on a droit de dire n'importe quoi, ce qui est le cas de M. Khadir. Ses coups de gueule sont trop fréquents.

    Le candidat dans Gouin lui aussi devra apprendre que l'on ne peut insulter les gens comme il l'a fait en traitant les femmes et les hommes politiques des 30 dernières années comme étant des traitres.

    QS s'est comforter le PLQ qui ne cesse dire que tous les Québécoises et Québécois sont d'affreux racistes, xénophobes.

  • Michel Bernier - Inscrit 20 avril 2017 16 h 03

    Tireur de chaussures

    M. Khadir à la gâchette facile, on bon tireur de chaussures, Il a du visou comme on dit, et dire à M. Mélançon "qu'il y a une incompréhension" dans ses propos ça ne fonctionne pas.