Collusion et financement illégal au menu du procès du Faubourg Contrecoeur

L’ex-p.-d.g. de Genius, Michel Lalonde, témoignant devant la commission Charbonneau en janvier 2013
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ex-p.-d.g. de Genius, Michel Lalonde, témoignant devant la commission Charbonneau en janvier 2013

Témoignant au procès du Faubourg Contrecoeur vendredi, l’ex-p.-d.g. de Genius, Michel Lalonde, a décrit comment son entreprise était parvenue à se faire une place dans le cercle des firmes collusionnaires à Montréal. La participation de la firme au système de ristourne de 3 % versée à Union Montréal l’a finalement amenée à décrocher une première série de mandats pour le vaste projet immobilier.

 

Comme il l’avait fait devant la commission Charbonneau, Michel Lalonde a expliqué les démarches entreprises par le Groupe Séguin (devenu Genius Conseil en 2010) pour se rapprocher de l’administration d’Union Montréal.

 

Le témoin a relaté qu’avant 2001, les contrats de génie-conseil étaient octroyés de gré à gré. La loi 106 a changé les règles du jeu, a-t-il dit. Désormais, les contrats devaient être accordés par appel d’offres selon des critères de qualité et de prix. À compter de 2003, Groupe Séguin a vu plusieurs contrats lui filer entre les doigts.

 

Michel Lalonde devait faire face à un autre problème. Groupe Séguin avait entretenu de bonnes relations avec plusieurs administrations. D’abord, celle de Jean Drapeau : « Si on était sollicités pour du financement politique, on était là pour les encourager », a-t-il dit. Puis, celles de Jean Doré et Pierre Bourque.

 

Pendant la campagne électorale de 2001, l’entreprise avait « aidé » Vision Montréal, que dirigeait Pierre Bourque. Mais c’est Gérald Tremblay et Union Montréal qui furent portés au pouvoir. « On devenait fragiles. Il fallait que je relance notre positionnement », a expliqué M. Lalonde, qualifiant cette période de « purgatoire ».

 

Des contributions substantielles

 

L’ingénieur a alors communiqué avec Sammy Forcillo, un ancien élu, qui l’a mis en contact avec Frank Zampino, président du comité exécutif de la Ville. Lors d’une rencontre entre M. Lalonde et M. Zampino, ce dernier lui a recommandé de continuer à soumissionner, disant qu’il y aurait plus tard de la place.

 

Michel Lalonde a indiqué avoir reçu, peu après, un appel de Bernard Trépanier, directeur du financement à Union Montréal, l’invitant à acheter quatre billets pour un cocktail de financement au coût de 2000 $. Il a accepté et fait signer des chèques par des résidents de Montréal. Il a participé au financement politique dans plusieurs arrondissements. À la demande de Bernard Trépanier, il a consenti une contribution de 10 000 $.

 

« Mais je n’avais pas assez de résidents de Montréal. J’ai payé une partie par chèques et le reste, comptant », a-t-il expliqué.

 

En prévision des élections de 2005, des contributions plus substantielles ont été demandées aux firmes de génie-conseil : 200 000 $ pour les grandes firmes, 100 000 $ et 50 000 $ pour les autres. Celle de Groupe Séguin était de 100 000 $, a-t-il indiqué. Il a même fait une contribution de 60 000 $ pour la campagne de Cosmo Maciocia.

 

Un système de partage des contrats entre les firmes de génie a alors été établi, Bernard Trépanier détenant une liste des projets en préparation à la Ville. Il est alors convenu que les firmes verseraient 3 % de la valeur des contrats obtenus.

 

Le Faubourg Contrecoeur

 

Au début de 2004, le projet immobilier du Faubourg Contrecoeur commençait à alimenter les conversations. Lors d’une conférence de presse, le maire Gérald Tremblay, qui avait promis en campagne électorale la construction de 5000 logements sociaux, a dévoilé les projets à venir. Le Faubourg Contrecoeur en faisait partie.


« J’étais aux aguets », a indiqué M. Lalonde, qui a alors appelé Bernard Trépanier pour s’informer des occasions susceptibles de se présenter.

 

Le collecteur de fonds lui a recommandé de parler au directeur de la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), Martial Fillion. Ce qu’il a fait. La SHDM a par la suite décidé que les contrats pour les études préliminaires ne seraient pas octroyés par appels d’offres, mais de gré à gré.

 

Pour contourner cette règle, le contrat a été divisé en huit mandats (par champ d’activités) pour s’assurer que chacun d’eux ne dépasse pas 25 000 $, soit la limite permise pour les contrats de gré à gré. Les huit contrats, tous octroyés à Groupe Séguin, totalisaient 180 000 $. La moitié ont été sous-traités à Dessau et à la firme Groupe Gauthier Biancamano Bolduc (GGBB).

 

Le témoignage de Michel Lalonde se poursuit lundi.

2 commentaires
  • Richard Olivier - Inscrit 8 avril 2017 09 h 06

    C`est pas terminé..

    Bombardier / Beaudoin, éoliennes, bas tarifs d`électricté aux amis, cônes orange à 0.75$ chacun par jour, des milliards aux médecins, PLUS $ aux garderies privées.

    Les pipelines toujours admissibles à l'aide du Fonds vert
    La pétrolière Énergie Valero serait toujours admissible à recevoir de l'argent du Fonds vert pour construire un pipeline, a révélé jeudi la sous-ministre des Transports Dominique Savoie.

    L'empire Power | Focus
    Les Desmarais à l'honneur
    http://www.journaldemontreal.com/2011/11/12/les-de

    Commission Charbonneau : le Parti libéral, parti le plus touché par la corruption,

    Le conseil exécutif du gouvernement Charest impliqué dans le scandale de la SIQ

    Franco Fava le financement du Parti Libéral du Québec et la corruption..

    Es ce l`on va s`en sortir un jour???

  • Richard Olivier - Inscrit 8 avril 2017 09 h 09

    Les CHUM en premier

    Étude sur Énergie Est: un contrat de gré à gré dénoncé
    L'étude du projet de pipeline Énergie Est a été accordée de gré à gré à une entreprise administrée par un proche du directeur de cabinet du ministre Carlos Leitao.

    La firme Aviseo Conseil a obtenu un contrat sans appel d'offres de 95 000$ pour évaluer les retombées économiques du controversé projet d'oléoduc de TransCanada.

    Pauvres de nous...
    Le Journal révélait en février que Valero avait obtenu une subvention de 6 millions $ provenant du Fonds vert, en 2011, pour construire un oléoduc entre Montréal et Lévis.
    Le Fonds vert sert à financer la lutte aux changements climatiques.
    Les automobilistes en paient une bonne partie chaque fois qu'ils font le plein de carburant.
    0.04 cents sur chaque litre d` essence….