Pont Champlain: dépôt d’une poursuite de 124 millions

Le nouveau pont doit être livré le 1er décembre 2018.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nouveau pont doit être livré le 1er décembre 2018.

Le Consortium Signature sur le Saint-Laurent (SSL), mené par le géant SNC-Lavalin, vient de déposer une poursuite en Cour supérieure contre Ottawa. Il réclame un montant de 124 millions pour un imprévu qui met en péril la livraison du pont dans les délais requis.

L’état lamentable du pont Champlain actuel empêche la livraison de centaines de pièces du futur pont par des camions en surcharge, a révélé Le Devoir au début du mois de mars. Le pont existant est tellement fragile qu’il ne peut plus supporter de charges supérieures à 30 tonnes. Il s’agit d’un problème crucial, parce que le pont actuel était la seule porte d’entrée vers le chantier pour 960 pièces hors-normes, fabriquées dans des usines du Québec, qui pèsent jusqu’à 80 tonnes.

Voyez le document déposé en Cour supérieure par le Consortium SSL.

 

Les pièces devaient arriver par la Rive-Sud et parvenir au chantier par le pont actuel, car il est impensable de traverser Montréal avec ces segments de béton ou d’acier, dont certains ont une longueur de plus de 35 mètres.

Devant l’impossibilité d’emprunter le pont Champlain, les gestionnaires du chantier ont dû changer en catastrophe toute leur stratégie pour acheminer ces morceaux du futur pont. Ils ont dû se tourner vers le train et vers le fleuve Saint-Laurent. Ils doivent aussi louer à gros prix des espaces pour entreposer ces pièces géantes.

Ce casse-tête logistique entraîne des coûts et des délais de construction. Une partie de bras de fer oppose le consortium et Ottawa pour le partage de la facture supplémentaire. Selon nos informations, le consortium SSL prépare une poursuite de 124 millions de dollars contre Infrastructure Canada.

Mécanisme de résolution

Le constructeur allègue que l’organisme fédéral avait été informé par le ministère des Transports du Québec dès le mois de mars 2015, en pleine période d’appel d’offres, que les camions ne pourraient transporter plus de 65 tonnes sur le réseau routier québécois (la limite est plus de deux fois moindre sur le pont Champlain, qui est sous juridiction fédérale).

Le consortium SSL affirme avoir obtenu le contrat de construction du pont sans avoir été informé de ce fait déterminant pour la gestion des travaux. Comme il s’agit d’un partenariat public-privé, Ottawa doit assumer sa part des coûts associés à cet imprévu, allègue le consortium.

L’ancien ministre de l’Infrastructure, Denis Lebel, avait déclaré à l’inauguration du chantier du nouveau pont Champlain, en juin 2015, que le groupe SSL devrait payer tout dépassement de coûts. Son successeur, Amarjeet Sohi, est moins catégorique. Il a souligné qu’un mécanisme du contrat prévoit la résolution de ce type de dispute.

Ce mécanisme a échoué, indiquent nos sources. Un comité indépendant formé d’un juriste, d’un ingénieur et d’un comptable a rendu une décision le 31 octobre 2016. Le consortium SSL estime que cet avis (qui n’a pas été rendu public) lui ouvre la porte à une compensation financière et à une période de temps supplémentaire pour livrer le pont.

Cinq mois plus tard, les parties ne s’entendent pas sur ces questions. Mais le temps presse: il ne reste que 20 mois pour compléter le pont, dont la livraison est prévue le 1er décembre 2018.

Le groupe SSL a affirmé au Devoir, au début du mois, qu’il est toujours possible de respecter l’échéancier pour la construction du nouveau pont malgré le «défi» associé à la livraison des pièces. De toute évidence, la pression augmente.

Rythme accéléré

Un autre imprévu, attribuable au consortium SSL, contribue au retard du chantier. La construction des 37 chevêtres du pont, sur lesquels s’appuiera la superstructure, progresse moins vite que prévu.

Ces pièces sont fabriquées en Espagne. Le consortium a fait appel à deux autres fournisseurs, de sorte qu’ils sont désormais trois — les firmes Megusa, Tecade et Dizmar. Un premier navire transportant ces structures en métal doit arriver au port de Montréal la semaine prochaine, le 4 ou le 5 avril.

Le rythme de construction doit s’accélérer au cours des prochains jours, avec le retour attendu du temps plus doux. Le gestionnaire du chantier prévoit ajouter un quart de travail et le nombre d’employés est appelé à presque doubler, de 550 à 1000.

11 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Abonné 28 mars 2017 07 h 32

    Canada? So what!

    Y peuvent bien charger ce qu'ils veulent, à "Canada", "who cares"..

    Anyway, comparé aux coulages de toutes sortes dans l'armée, la marine ou l'aviation, 124 millions, c'est des peanuts...

    Pis au MTQ, 1240k c'est même pas "la petite caisse", fait que tsé...

  • Bruno Beaudoin - Abonné 28 mars 2017 07 h 42

    C'est seulement le début des poursutes

    En effet, on connait la tactique. On fait une soumission trop basse en sachant, que de toute façon on ira chercher le reste en poursuites et pénalités de toute sorte. C'est connu. (Même si c'est dommage)
    Par ailleurs je suis étonné qu'un firme comme SCN-Lavalin ne savait pas, au début du chantier, que le pont actuel ne pouvait pas supporter de telles charges.
    Si le pont le pouvait, au début, et ne le peut plus maintenant ... la vitesse de dégradation du pont fait peur!

  • Lise Bélanger - Abonnée 28 mars 2017 07 h 58

    Lorqu'elle a pris le contrat, la firme n'a pas vérifié la fragilité du pont, elle aurait dû savoir que des pièces très lourdes devaient être transportées!

    Il me semble que cette situation était prévisible, À qui la faute?

  • Ben Batt - Abonné 28 mars 2017 08 h 16

    Vive les PPP

    Je suis curieux de voir si un jour SSL fait plus de profits il vont accorder un droit de passage moindre!

  • Pierre Jutras - Abonné 28 mars 2017 09 h 01

    Imprévu ? Quel imprévu

    Vraiment ? Averti d'avance il ne peut s'agir d'un imprévu.