Andrew Potter n’aurait pas eu d’autre choix que de démissionner

Les contrecoups ont été tels au sein de la communauté universitaire que Andrew Potter n’avait d’autre choix que de démissionner, avance le magazine «Maclean’s».
Photo: Bell Eapen Flickr Les contrecoups ont été tels au sein de la communauté universitaire que Andrew Potter n’avait d’autre choix que de démissionner, avance le magazine «Maclean’s».

Le « lieu de débats et de controverses » qu’est censé être l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill n’aura pas toléré d’être soudainement projeté sous les feux de la rampe. L’organisme universitaire a accepté jeudi la démission de son directeur, le journaliste Andrew Potter, trois jours après la publication dans le magazine Maclean’s d’un texte sur le « malaise » québécois.

 

L’ex-rédacteur en chef de l’Ottawa Citizen avait déjà fait son mea culpa, la veille. Mais cela n’a pas suffi. Citant la « réaction négative qui perdure, au sein de la communauté universitaire et au sein du grand public »,M. Potter a rendu son tablier dans une lettre acheminée mercredi soir au conseil d’administration de l’Institut, un peu moins de huit mois après son entrée en poste. Il demeurera toutefois professeur agrégé de l’Université McGill.

 

Les contrecoups ont été tels au sein de la communauté universitaire que M. Potter n’avait d’autre choix que de démissionner, avance le magazine Maclean’s, citant des sources au fait du dossier. Un refus d’obtempérer aurait mené à son renvoi pur et simple. Le principal intéressé a refusé les demandes d’entrevue du Devoir. « Je ne dirai rien d’autre que ce que j’ai déjà déclaré publiquement », a-t-il répondu par courriel.

 

La mission de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill est de promouvoir « une meilleure compréhension du Canada par l’étude de notre héritage », a souligné dans une lettre à la communauté universitaire Suzanne Fortier, la rectrice de McGill. « Le professeur Potter a reconnu qu’il a failli à cette mission et que sa “démission était préférable pour conserver la crédibilité de l’Institut” », a-t-elle ajouté, citant M. Potter.

 

Déjà la veille, la réaction de la maison d’enseignement avait été cinglante : dans un message publié sur Twitter, elle avait affirmé n’appuyer « d’aucune façon les propos tenus par Andrew Potter », une prise de position plutôt étonnante de la part d’une université, lieu où la « liberté intellectuelle »est censée être complète, du moins en théorie.

 

Et la liberté intellectuelle ?

 

L’énoncé sur la liberté universitaire de McGill prévoit d’ailleurs la liberté de mener des travaux de recherche, d’en communiquer les résultats et de créer des oeuvres artistiques « sans être soumis aux contraintes de la rectitude politique ou assujettis à des mesures disciplinaires ou punitives ».

 

« Si c’est bel et bien vrai que l’administration de McGill a cédé aux pressions extérieures et obligé le professeur Potter à démissionner, il s’agirait d’un des cas les plus flagrants et sérieux de violation de la liberté intellectuelle des plus récentes années », a estimé le directeur général de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université, David Robinson. L’ACPPU demande à l’administration de McGill de clarifier les circonstances entourant les événements ayant mené à la démission du professeur Potter.

17 commentaires
  • Michel Dion - Abonné 24 mars 2017 00 h 41

    Quelle liberté?

    Est-il courant dans les milieux universitaires anglophones de confondre liberté intellectuelle et liberté d'humeur?

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 24 mars 2017 07 h 11

    Liberté ou licence intellectuelle ?

    Au sein du milieu universitaire, on peut y dire n’importe quoi tant que cet avis s’appuie sur une démarche scientifique rigoureuse.

    Toutefois, publier non pas le résultat de recherches scientifiques, mais un texte controversé basé sur des préjugés personnels porte atteinte à la réputation d’excellence de sa maison d’enseignement.

    Or rien n’est plus précieux que cette réputation.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 24 mars 2017 16 h 57

      Des préjugés personnels Socrate savait quoi en faire en demandant à un élève qui voulait lui rapporter un oui-dire à propos de quelqu'un; le philosophe lui demandait s'il était pour dire la vérité, l'utilité et la nécessité de son propos.

      Andrew Potter devrait se rappeler de Socrate la prochaine fois qu'il sentira le besoin d'exprimer ses états d'âme, sans réfléchir.

    • Pierre Fortin - Abonné 24 mars 2017 18 h 00

      La faute est aggravée par le fait que ce monsieur dirigeait l’Institut d’études canadiennes de l'Université McGill. L'Institut doit retrouver sa crédibilité en se prononçant publiquement sur son rôle dans cette affaire. Il faut être à la hauteur de sa réputation.

      Andrew Potter aura fort à faire pour décrotter sa réputation d'universitaire. Il devrait commencer par nous expliquer en clair les études sur lesquelles il a fondé son jugement. Ce serait un début de réhabilitation. A-t-il appris quelque chose de cette expérience ?

      Ça devrait en faire un de moins à manger du Québécois. C'est déjà ça.

  • André Chevalier - Abonné 24 mars 2017 08 h 13

    Violation de la liberté intellectuelle?

    La liberté intellectuelle, quand on occupe un poste de prestige dans une université, n'implique-t-elle pas de la rigueur intellectuelle en évitant de déblatérer à tort et à travers?

  • Robert Bernier - Abonné 24 mars 2017 08 h 16

    Pas une question de liberté d'expression ...

    Mais d'incompétence. Le poste académique occupé par M. Potter demande, j'imagine, une certaine hauteur de vue et, très certainement, une rigueur intellectuelle. Or, dans ce papier qui a pu être qualifié de torchon, M. Potter a fait preuve de son indigence dans ces deux domaines.

    Accepterait-on du directeur d'une faculté de mathématiques, sous prétexte de liberté d'expression, qu'il ne sache pas faire des additions?

    Robert Bernier
    Mirabel

  • Serge Picard - Abonné 24 mars 2017 08 h 19

    l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill

    l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill devrait faire une étude sérieuse sur la Québécophobie du Canada envers le Québec depuis le début de la confédération.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 24 mars 2017 12 h 50

      Oui, cette recherche sur la québécophobie et la francophobie au Canada est urgente pour dessiller les yeux aussi bien des Canadiens-Anglais que ceux des Québécois.

    • Pierre Pinsonnault - Abonné 24 mars 2017 20 h 07

      L'idée d'une telle recherche est raisonnable mais un bémol : non, ce ne serait pas à cet Institut de faire cette étude sur la québécophobie et la francophobie au Canada. Le devoir de précaution nous commande de s'en méfier compte tenu de ce que son directeur Potter a publié et de ce qui s'en suivit. L'idée vient à l'esprit que l'Institut serait en quelque sorte juge et partie. Le danger serait en effet trop grand qu'on prétendre prouver, indirectement à tout le moins, que Potter n'avait pas tort au final.

    • Marc Therrien - Abonné 24 mars 2017 20 h 56

      Et quelle pourrait être la question ou l'hypothèse de recherche?

      Thèse: Le ROC a raison d'avoir peur du Québec qui, comme victime d'oppression désireuse de se libérer, pourrait en revenir à la tentation de la révolution et du terrorisme comme en 1970, car on sait que l'histoire se répète.

      Ou

      Antithèse: Le ROC n'a plus raison de craindre le Québec, car comme vaincu s'étant résigné à son sort, suivant le syndrome de Stockolm, il en est venu à éprouver de l'empathie et un attachement pour son oppresseur.

      Marc Therrien