La Femen Neda Topaloski acquittée

Neda Topaloski a été acquittée des trois chefs d’accusation qui pesaient contre elle.
Photo: Hamza Abouelouafaa Neda Topaloski a été acquittée des trois chefs d’accusation qui pesaient contre elle.

Le premier procès d’une Femen au Canada vient de se terminer en faveur de l’accusée, militante active du groupe. La juge Guylaine Lavigne, de la Cour municipale de Montréal, acquitte Neda Topaloski de ses trois chefs d’accusation, un pour tapage et deux pour vandalisme.

 

« C’est une grande victoire aujourd’hui et nous écrivons un peu l’histoire. C’était un test pour la démocratie et la liberté d’expression au Canada. Le test est passé haut la main », commente Mme Topaloski, interviewée par téléphone alors qu’elle s’apprêtait à célébrer sa victoire mardi midi dans un restaurant de Montréal. « C’est une excellente nouvelle pour tous les activistes, et particulièrement pour nous, notre groupe féministe. »

 

Son avocate, Véronique Robert, encense aussi le jugement. « Je suis très satisfaite, dit-elle. C’est une très belle décision, très étoffée, qui considère les arguments des deux parties de manière très rigoureuse. Cette décision est importante pour le droit de manifester et pour les revendications féministes. La juge reconnaît que l’intention de ma cliente n’était pas de faire du tapage, de déranger une fête, mais bien de faire passer un message politique et féministe contre l’exploitation des femmes. »

 

La cause remonte au 4 juin 2015, au moment de la présentation du Grand Prix du Canada à Montréal. Neda Topaloski et une collègue Femen — Rocio Valencia, toujours en attente de son procès — étaient intervenues rue Crescent pour dénoncer l’exploitation sexuelle des femmes pendant le week-end de la course.

 

Les deux militantes criaient leur slogan (« Montréal n’est pas un bordel ! ») quand elles ont été arrêtées avec force par des agents de sécurité. Un miroir d’un des bolides en démonstration a alors été brisé, d’où les accusations de vandalisme.

 

« La juge n’a pas oublié de souligner que, si la rue est un espace de festivités pour le Grand Prix, c’est aussi un espace où les gens ont le droit de s’exprimer librement et politiquement, explique Mme Topaloski. Elle dit qu’une manifestation ne constitue pas du tapage. Elle dit aussi que la liberté d’expression représente un enjeu fondamental pour la démocratie et que l’expression politique de certaines idées n’est pas pour autant un crime. »

 

La juge ajoute que les preuves sont insuffisantes pour départager les responsabilités par rapport au bris matériel. Elle évoque un « doute raisonnable ».

 

Me Robert avait demandé l’arrêt des procédures sous prétexte d’une arrestation illégale par les agents de sécurité. Cette proposition n’a pas été retenue et l’avocate s’y attendait un peu, de son propre aveu.

 

La Femen arrêtée manu militari annonce que son groupe va reprendre le combat pendant la course automobile ou ailleurs. « On reste un groupe activiste qui va manifester à toutes les occasions. Si le Grand Prix a le droit de promouvoir l’objectivation des femmes pendant un tournoi sportif, pourquoi nous, citoyennes de Montréal, féministes, n’aurions-nous pas le droit durant le même tournoi sportif de promouvoir les droits des femmes ? Nous n’avons aucune raison de nous arrêter maintenant, au contraire. »

 

Un jugement rendu à Paris en février va dans le sens contraire. La journaliste et ex-Femen Éloïse Bouton a été condamnée en appel pour « exhibition sexuelle ». Elle avait simulé l’avortement de Jésus sur l’autel de l’église de la Madeleine à Paris le 20 décembre 2013. Elle avait aussi uriné sur l’autel.

 

Le jugement la condamne à 2000 euros d’amende et à un mois de prison avec sursis. Le tribunal fait d’elle la première femme condamnée en France pour exhibition sexuelle depuis des années.

 

Le curé de la Madeleine a salué la reconnaissance du lieu sacré. L’avocate de la Femen a dénoncé le retour du « délit de blasphème ». « Dans tous les pays où nous agissons, nous avons été obligées de nous battre pour faire reconnaître notre droit de manifester, dit Mme Topaloski, sans faire référence précisément au cas français. Le propre de la démocratie, c’est de reconnaître la liberté d’expression. »

 

Au moment d’écrire ces lignes, la transcription du jugement n’était pas encore disponible.

5 commentaires
  • Michel Bouchard - Abonné 21 mars 2017 14 h 44

    On s'y attendait un peu....

    Continuez votre combat, les Femens. Dans la légalité, par contre.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 21 mars 2017 15 h 47

    L'objectivation des femmes est généralisée,

    j'approuve les campagnes des femen dans la défense de la liberté d'expression et des femmes exploitées.

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 21 mars 2017 16 h 47

    Un jugement intelligent

    La juge plus intelligente que les fiers-à-bras engagés par le Grand Prix sert ici un jugement où les droit d'exprimer son refus de la bêtise est reconnu et protégé.

    Bravo et félicitations à Mme Topaloski.

  • Yves Gingras - Abonné 22 mars 2017 11 h 12

    Confusion juridique

    Il faut d'abord se féliciter du jugement de Montréal car l'action s'est passée dans la rue qui est ouverte à tous et pas seulement aux promoteurs d'autos. Par contre le cas français est tout à fait différent car il se passe dans une église pas sur la place publique. Il ne faut pas tout confondre avec la "liberté d'expression". Un minimum de rigueur est nécessaire pour ne pas tout mettre sur le même plan. Donc il est erroné d'écrire que "un jugement rendu à Paris en février va dans le sens contraire", car ce sont deux situations très différentes.

  • René Pigeon - Abonné 22 mars 2017 11 h 57

    Est-ce que le critère du tapage a été traité dans toutes ses formes ?

    Le Grand Prix a accusé une manifestante de faire du « tapage » (de nature visuelle, je suppose) alors qu’une des conséquences et attraits de la course automobile sont de faire du tapage. Je me demande si la juge a rappelé ce fait et ce critère.