Le nombre de sans-logis a augmenté depuis le 1er juillet
Photo : Jacques Nadeau
Quatre familles qui se partagent une classe, c’est autant de gens qui dorment à peine, comme le vivent Mario Picotte et Sylvie Guertin avec leurs enfants.
Le nombre de victimes de la crise du logement a augmenté depuis le 1er juillet. On compte maintenant 616 ménages sans logis au Québec, dont 493 à Montréal, et 1142 suppléments au loyer ont été attribués pour aider les gens à se loger.
Lundi, on parlait de 441 ménages montréalais sans logis et de 1064 suppléments au loyer distribués dans le cadre des mesures d'urgence mises en place par le gouvernement du Québec pour faire face à la crise. Des chiffres qui devaient demeurer stables au cours des prochains jours, assuraient alors le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et le ministre André Boisclair, duquel relève le dossier de l'habitation à titre de ministre d'État aux Affaires municipales.
Personne ne souligne donc cette augmentation. En fait, les politiciens préfèrent dire que les villes hébergent de moins en moins de gens. Mais même cette affirmation est sujette à interprétation. Hier matin, par exemple, des porte-parole de Montréal indiquaient que 107 ménages, soit 226 personnes, dont 78 enfants, avaient été hébergés au cours de la nuit précédente. De ce nombre, 80 personnes avaient dormi à la polyvalente Saint-Henri.
Le midi, le maire Tremblay affirmait pourtant qu'il ne restait que 45 ménages au total à héberger, soit une centaine de personnes. Où en était-on en fin de journée, alors que tout le monde était rassemblé à la polyvalente? Exactement à l'estimation du maire! Impossible d'avoir un chiffre plus précis, disaient les porte-parole. Mais qu'étaient donc devenus les 60 ménages soudainement volatilisés? Ils se sont trouvé un logement ou préfèrent «habiter temporairement chez des relations», selon un communiqué émis par la Ville.
Il est vrai que la cohabitation n'est pas facile à la polyvalente, comme en témoignait l'arrivée, hier après-midi, des derniers ménages jusque-là logés dans des motels. Le groupe de 40 personnes transporté par autobus n'était guère souriant de devoir maintenant passer leurs nuits dans un gymnase ou dans des classes que se partagent trois ou quatre familles.
La plupart des personnes qui avaient logé à la polyvalente jeudi soir avaient pour leur part bien mal dormi. «Il n'y a pas d'intimité, déplorait Mario Picotte. À 11h du soir, des enfants criaient encore.» Lui et sa conjointe Sylvie Guertin ont un garçonnet de trois ans et une grande fille de neuf ans qui n'avait pas pu s'empêcher d'éclater en sanglots la veille. Quand donc aurait-elle de nouveau sa chambre? Le couple, qui vit de l'aide sociale, est allé à Sorel, Chertsey et Sainte-Marie-de-Salomé pour se trouver un logement. En vain.
Outre les lits de camp et le manque d'intimité, il y a aussi bien des misères à la polyvalente. Dans l'avant-midi que Le Devoir y a passé, deux femmes ont eu des malaises, dont un nécessitant l'intervention des ambulanciers; une mère de famille monoparentale a sangloté dans un coin pendant plus d'une heure tant elle était découragée; plusieurs autres avaient l'air abattus. Tout est si difficile pour se trouver un logis, et voilà que même le café est rationné le matin!, commentait un autre.
Le Devoir a aussi retrouvé Sylvie Vautour et Sylvain Viau, rencontrés lundi, avec leur petite Emmy, alors qu'ils étaient hébergés à l'Université de Montréal. Privés de frigo, ils venaient de perdre une partie de la nourriture achetée pendant leur séjour en résidence étudiante, et ils se demandaient où trouver une buanderie.
Mais ils tenaient mordicus à garder le moral, soutenus par un mot d'encouragement envoyé par une dame qui les avait vus à la télévision. Et puis, ils ont peut-être un logement en vue. Ce qui n'a pas empêché Sylvie, enceinte, d'éclater en sanglots lorsqu'elle a rencontré le maire Tremblay, venu visiter les lieux. «Vous avez le droit d'avoir des émotions», lui a dit le maire alors qu'elle s'excusait de ses larmes.
L'administration municipale cherche d'ailleurs d'heure en heure à améliorer le confort de chacun, ajoutant là de la climatisation, ailleurs des rideaux de douche, ici des téléphones pour recevoir des appels, prévoyant aussi des moniteurs pour s'occuper des enfants. On distribue aussi des billets de métro pour aider les gens à chercher des logements, en plus des services offerts par l'Office municipal d'habitation qui, hier matin, avait trouvé des logis à un total de 338 ménages.
Le maire Tremblay a aussi réclamé plus de produits laitiers, de meilleurs matelas pour les femmes enceintes et des popsicles pour les enfants.
Selon lui, la situation va se régler pour de bon au cours des prochains jours, en tout cas «bien avant le mois d'août». Il a donc récusé toute idée d'envoyer des gens à l'ancien hôpital de Lachine, comme le titrait hier un quotidien montréalais. Une hypothèse qui n'a été envisagée que s'il avait fallu passer à une nouvelle phase du plan d'urgence, ce qui n'a pas été nécessaire, expliquait-on du côté du bureau du ministre Boisclair. La polyvalente Saint-Henri, elle, a été réservée jusqu'au 1er août, à la veille de la reprise des cours pour sa section de formation professionnelle.
«Je vois sur le visage des personnes un sourire: elles réalisent qu'on fait un effort important», a également commenté le maire. Et c'est vrai qu'à la polyvalente, les gens hébergés étaient contents de sa visite. «C'est le premier qui a du pouvoir qui rentre dans la place», soulignait le jeune Marc Bilodeau, qui a perdu son emploi trop vite pour avoir droit à l'assurance-chômage et qui a de la difficulté à se reloger en vivant de l'aide sociale.
Mais Gérald Tremblay a aussi incité les gens à faire des compromis qui ne leur semblent pas faciles. Il faut que les familles acceptent d'aller vivre dans des quatre-et-demi, a-t-il dit en point de presse. La raison en est simple: il est actuellement impossible de trouver de plus grands logements sur le marché, précisaient des responsables de la Ville.
Mais c'est beaucoup trop petit, rétorquaient certaines familles, invoquant des exigences de la Direction de la protection de la jeunesse quant au nombre d'enfants par chambre, voire la visite d'enfants issus d'unions précédentes. Et le supplément au loyer (qui permet à un ménage de ne consacrer que 25 % de son revenu à se loger, le gouvernement comblant la différence) est prévu pour deux ans. Pourra-t-on déménager de nouveau si vraiment le logement accepté aujourd'hui ne convient plus dans les mois qui viennent?
L'agitation était donc grande hier à Saint-Henri. Mais dans un coin de la cafétéria, à l'écart de tous, un homme était penché sur un journal, crayon à la main, scrutant les petites annonces. Les yeux rougis de fatigue, il ne voulait ni donner son nom, ni parader devant la caméra, ni saluer le maire. Seulement trouver un logis, lui qui demeurait depuis vingt ans au même endroit et qui a été évincé parce que le propriétaire a repris le logement pour un de ses enfants. Un drame pour cet homme dans la cinquantaine qui vit de l'aide sociale.
Il loge à Saint-Henri depuis le 1er juillet. Il a bien passé deux nuits à Vaudreuil, chez de la famille, mais c'était si loin pour chercher un logement qu'il est revenu à la polyvalente. Il a mal dormi, ne visite que «des trous» et sait bien que son cas n'est pas aussi prioritaire qu'une famille. Son verdict? «Je suis trop fâché, je vais dire des bêtises», a-t-il répondu d'un ton doux et infiniment las avant de se replonger dans sa quête impossible.
Lundi, on parlait de 441 ménages montréalais sans logis et de 1064 suppléments au loyer distribués dans le cadre des mesures d'urgence mises en place par le gouvernement du Québec pour faire face à la crise. Des chiffres qui devaient demeurer stables au cours des prochains jours, assuraient alors le maire de Montréal, Gérald Tremblay, et le ministre André Boisclair, duquel relève le dossier de l'habitation à titre de ministre d'État aux Affaires municipales.
Personne ne souligne donc cette augmentation. En fait, les politiciens préfèrent dire que les villes hébergent de moins en moins de gens. Mais même cette affirmation est sujette à interprétation. Hier matin, par exemple, des porte-parole de Montréal indiquaient que 107 ménages, soit 226 personnes, dont 78 enfants, avaient été hébergés au cours de la nuit précédente. De ce nombre, 80 personnes avaient dormi à la polyvalente Saint-Henri.
Le midi, le maire Tremblay affirmait pourtant qu'il ne restait que 45 ménages au total à héberger, soit une centaine de personnes. Où en était-on en fin de journée, alors que tout le monde était rassemblé à la polyvalente? Exactement à l'estimation du maire! Impossible d'avoir un chiffre plus précis, disaient les porte-parole. Mais qu'étaient donc devenus les 60 ménages soudainement volatilisés? Ils se sont trouvé un logement ou préfèrent «habiter temporairement chez des relations», selon un communiqué émis par la Ville.
Il est vrai que la cohabitation n'est pas facile à la polyvalente, comme en témoignait l'arrivée, hier après-midi, des derniers ménages jusque-là logés dans des motels. Le groupe de 40 personnes transporté par autobus n'était guère souriant de devoir maintenant passer leurs nuits dans un gymnase ou dans des classes que se partagent trois ou quatre familles.
La plupart des personnes qui avaient logé à la polyvalente jeudi soir avaient pour leur part bien mal dormi. «Il n'y a pas d'intimité, déplorait Mario Picotte. À 11h du soir, des enfants criaient encore.» Lui et sa conjointe Sylvie Guertin ont un garçonnet de trois ans et une grande fille de neuf ans qui n'avait pas pu s'empêcher d'éclater en sanglots la veille. Quand donc aurait-elle de nouveau sa chambre? Le couple, qui vit de l'aide sociale, est allé à Sorel, Chertsey et Sainte-Marie-de-Salomé pour se trouver un logement. En vain.
Outre les lits de camp et le manque d'intimité, il y a aussi bien des misères à la polyvalente. Dans l'avant-midi que Le Devoir y a passé, deux femmes ont eu des malaises, dont un nécessitant l'intervention des ambulanciers; une mère de famille monoparentale a sangloté dans un coin pendant plus d'une heure tant elle était découragée; plusieurs autres avaient l'air abattus. Tout est si difficile pour se trouver un logis, et voilà que même le café est rationné le matin!, commentait un autre.
Le Devoir a aussi retrouvé Sylvie Vautour et Sylvain Viau, rencontrés lundi, avec leur petite Emmy, alors qu'ils étaient hébergés à l'Université de Montréal. Privés de frigo, ils venaient de perdre une partie de la nourriture achetée pendant leur séjour en résidence étudiante, et ils se demandaient où trouver une buanderie.
Mais ils tenaient mordicus à garder le moral, soutenus par un mot d'encouragement envoyé par une dame qui les avait vus à la télévision. Et puis, ils ont peut-être un logement en vue. Ce qui n'a pas empêché Sylvie, enceinte, d'éclater en sanglots lorsqu'elle a rencontré le maire Tremblay, venu visiter les lieux. «Vous avez le droit d'avoir des émotions», lui a dit le maire alors qu'elle s'excusait de ses larmes.
L'administration municipale cherche d'ailleurs d'heure en heure à améliorer le confort de chacun, ajoutant là de la climatisation, ailleurs des rideaux de douche, ici des téléphones pour recevoir des appels, prévoyant aussi des moniteurs pour s'occuper des enfants. On distribue aussi des billets de métro pour aider les gens à chercher des logements, en plus des services offerts par l'Office municipal d'habitation qui, hier matin, avait trouvé des logis à un total de 338 ménages.
Le maire Tremblay a aussi réclamé plus de produits laitiers, de meilleurs matelas pour les femmes enceintes et des popsicles pour les enfants.
Selon lui, la situation va se régler pour de bon au cours des prochains jours, en tout cas «bien avant le mois d'août». Il a donc récusé toute idée d'envoyer des gens à l'ancien hôpital de Lachine, comme le titrait hier un quotidien montréalais. Une hypothèse qui n'a été envisagée que s'il avait fallu passer à une nouvelle phase du plan d'urgence, ce qui n'a pas été nécessaire, expliquait-on du côté du bureau du ministre Boisclair. La polyvalente Saint-Henri, elle, a été réservée jusqu'au 1er août, à la veille de la reprise des cours pour sa section de formation professionnelle.
«Je vois sur le visage des personnes un sourire: elles réalisent qu'on fait un effort important», a également commenté le maire. Et c'est vrai qu'à la polyvalente, les gens hébergés étaient contents de sa visite. «C'est le premier qui a du pouvoir qui rentre dans la place», soulignait le jeune Marc Bilodeau, qui a perdu son emploi trop vite pour avoir droit à l'assurance-chômage et qui a de la difficulté à se reloger en vivant de l'aide sociale.
Mais Gérald Tremblay a aussi incité les gens à faire des compromis qui ne leur semblent pas faciles. Il faut que les familles acceptent d'aller vivre dans des quatre-et-demi, a-t-il dit en point de presse. La raison en est simple: il est actuellement impossible de trouver de plus grands logements sur le marché, précisaient des responsables de la Ville.
Mais c'est beaucoup trop petit, rétorquaient certaines familles, invoquant des exigences de la Direction de la protection de la jeunesse quant au nombre d'enfants par chambre, voire la visite d'enfants issus d'unions précédentes. Et le supplément au loyer (qui permet à un ménage de ne consacrer que 25 % de son revenu à se loger, le gouvernement comblant la différence) est prévu pour deux ans. Pourra-t-on déménager de nouveau si vraiment le logement accepté aujourd'hui ne convient plus dans les mois qui viennent?
L'agitation était donc grande hier à Saint-Henri. Mais dans un coin de la cafétéria, à l'écart de tous, un homme était penché sur un journal, crayon à la main, scrutant les petites annonces. Les yeux rougis de fatigue, il ne voulait ni donner son nom, ni parader devant la caméra, ni saluer le maire. Seulement trouver un logis, lui qui demeurait depuis vingt ans au même endroit et qui a été évincé parce que le propriétaire a repris le logement pour un de ses enfants. Un drame pour cet homme dans la cinquantaine qui vit de l'aide sociale.
Il loge à Saint-Henri depuis le 1er juillet. Il a bien passé deux nuits à Vaudreuil, chez de la famille, mais c'était si loin pour chercher un logement qu'il est revenu à la polyvalente. Il a mal dormi, ne visite que «des trous» et sait bien que son cas n'est pas aussi prioritaire qu'une famille. Son verdict? «Je suis trop fâché, je vais dire des bêtises», a-t-il répondu d'un ton doux et infiniment las avant de se replonger dans sa quête impossible.
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