Des parents modèles, les Québécois 

Les jeunes québécois sont dans la moyenne sur le plan des comportements déviants, entre les Américains, qui sont les plus délinquants, et les Mexicains, les plus obéissants aux règles.
Photo: iStock Les jeunes québécois sont dans la moyenne sur le plan des comportements déviants, entre les Américains, qui sont les plus délinquants, et les Mexicains, les plus obéissants aux règles.

Les parents québécois ont-ils la touche magique pour élever leurs adolescents ? Ils ont la réputation d’être « mous », mais ils sont simplement « modernes », conclut une étude menée dans cinq pays. Autoritaires, mais sans créer de conflits insurmontables avec leurs adolescents, les parents du Québec excellent dans l’art complexe d’élever leurs enfants de 12 à 15 ans.

 

En tout cas, les adolescents québécois disent être plus heureux que ceux de quatre autres pays, même s’ils consomment plus d’alcool et de marijuana, conclut une étude du professeur honoraire Michel Claes, du Département de psychologie de l’Université de Montréal.

 

L’étude révèle que les parents québécois agissent comme ceux des États-Unis : ils sont plus permissifs que ceux d’autres pays et ont tendance à négocier avec leurs adolescents en cas de non-respect des règles. Résultat : un climat familial plus propice au dialogue et des enfants heureux (ou moins déprimés qu’ailleurs).

 

« J’entends souvent dire que les parents québécois sont mous, qu’ils n’ont pas d’autorité. Ce n’est pas vrai qu’ils sont mous. Ils incarnent un modèle moderne du rôle de parents. On évolue. On s’en va de plus en plus vers quelque chose comme ça », affirme Michel Claes, joint au téléphone. Le professeur Éric Lacourse, du Département de sociologie de l’Université de Montréal, a également contribué à la recherche.

Le fait d’énoncer des règles de conduite n’est pas une source de conflit, c’est généralement le style parental qui cause des conflits



L’étude, présentée au dernier congrès de l’ACFAS, a été soumise à la revue International Journal of Youth and Adolescence. Les professeurs ont interrogé 1751 élèves du secondaire, âgés de 12 à 15 ans, de quatre pays en plus du Québec : États-Unis, Mexique, France et Italie (des universitaires de ces quatre pays ont collaboré à l’étude québécoise). Leurs parents ont aussi rempli le questionnaire : les chercheurs voulaient vérifier si parents et adolescents disent la même chose.
 

Une question d’équilibre

 

M. Claes a partagé avec Le Devoir des données inédites, qui feront l’objet d’une autre publication, et qui mesurent l’impact de l’attitude des parents envers leurs adolescents. Les jeunes québécois, qui ont les parents les plus cool (tout comme les Américains), sont ainsi les moins déprimés parmi les cinq pays étudiés. À l’autre bout du spectre, les Mexicains — dont le taux de conflits parents-adolescents est le plus élevé — « ont des indices de dépression significativement supérieurs aux autres pays ».

 

Tous les parents qui ont élevé des adolescents, dont le chercheur Michel Claes, peuvent en témoigner : le défi est de trouver un équilibre entre la discipline et l’harmonie familiale. Les jeunes ont besoin d’encadrement pour se sentir en sécurité — et pour éviter de faire des bêtises —, explique le professeur. En même temps, des conséquences trop draconiennes en cas de non-respect des règles entraînent des conflits. Et trop de conflits, cela peut nuire à la relation entre les parents et l’adolescent.

 

Ainsi, c’est au Mexique, où les règles de discipline sont les plus sévères, que les conflits sont les plus nombreux. C’est là aussi que les adolescents adoptent le moins de « comportements déviants » (vol, violence, taxage, vandalisme, etc.) On résume : les jeunes Mexicains obéissent à leurs parents, sinon ils savent qu’ils se feront réprimander ou même frapper. La contrepartie, c’est un taux de dépression des adolescents plus élevé qu’ailleurs.

Dans une famille, c’est sûr qu’il faut des règles, des limites. La question, c’est : qu’est-ce qui se passe quand les règles ne sont pas suivies ? Il faut trouver un juste milieu. Faire la discipline en gardant un bon climat familial.

 

Les jeunes Québécois, eux, sont dans la moyenne sur le plan des comportements déviants (avec les Français et les Italiens), entre les Américains, qui sont les plus délinquants, et les Mexicains, les plus obéissants aux règles.

 

La surprise de l’étude, c’est que la France a les mêmes réflexes conservateurs que le Mexique, selon Michel Claes. « J’ai trouvé peu de différences entre les Français et les Mexicains. Ce sont deux sociétés traditionalistes. Les parents sont coercitifs et n’hésitent pas à recourir à la gifle ou à la bousculade, même si ces pratiques sont relativement rares. Mais les châtiments corporels ne sont pas tolérés au Québec et aux États-Unis », dit le chercheur.

 

La mère, plus présente

 

Cette recherche se base sur les affirmations des adolescents et de leurs parents. Heures de sortie, couvre-feu, participation aux tâches domestiques, choix des vêtements ou des activités parascolaires, règles d’utilisation des ordinateurs et des téléphones intelligents, et ainsi de suite : les répondants ont été questionnés sur une série de détails du quotidien.

 

Michel Claes a découvert quelques règles universelles : les parents de tous les pays se sentent toujours plus proches de leurs enfants que les enfants le déclarent eux-mêmes. De plus, les parents affirment être plus exigeants (règles, autorisations, couvre-feu) que les enfants ne l’admettent. Et les parents déclarent se montrer plus sévères que leurs enfants le disent en cas de non-respect des règles.

 

Autre constante : « Par rapport au père, la mère est toujours considérée comme plus proche sur le plan affectif. C’est également la mère qui est considérée comme plus exigeante que le père, et les conflits sont plus fréquents avec la mère. »

  • Patrick Daganaud - Abonné 16 janvier 2017 05 h 46

    Regard partiel sur une réalité complexe (1)

    Bonne nouvelle pour la parentalité québécoise, mais...

    Mais l'étude est réductionniste et, par-là, très loin de considérer l'ensemble des composantes, des conditions et des impacts de la saine parentalité.

    Un point de vue complémentaire non négligeable

    Insitut national de santé publique du Québec (2005) : LA CONCILIATION TRAVAIL-FAMILLE

    La difficulté de concilier travail-famille :
    ses impacts sur la santé physique et mentale des familles québécoises.
    Institut national de santé publique du Québec (2005)
    Résumé (p.25) :

    La conciliation travail-famille est un défi bien réel dans la société québécoise, comme dans d’autres pays industrialisés. L’ampleur du conflit révélé par les études confirme ce que l’observateur est en mesure de constater dans le quotidien : les familles et les individus
    éprouvent de plus en plus de difficultés à trouver et à maintenir un équilibre entre les demandes nombreuses et parfois contradictoires de la vie de travail et de la vie de famille.
    Les recherches nous rapportent que cette course contre la montre a des conséquences importantes au plan de la santé physique et mentale des individus et de leurs déterminants ainsi qu’au plan économique.
    Au plan de la santé physique et mentale et de leurs déterminants
    1. Selon l’Enquête sociale générale (ESG) de 1998, les parents et les mères monoparentales âgés de 25 à 44 ans, signalent le plus haut taux de stress relié au manque de temps.
    2. Il existe une corrélation élevée entre les situations de conflit travail-famille et la dépression (soulevée dans la méta-analyse de Allen et coll., 2000).
    3. Il existe un lien entre les situations de conflit travail-famille et les troubles d’anxiété et d’humeur chez les femmes en particulier (Frone, 2000).
    4. Il existe un lien entre les situations de conflit travail-famille et les coûts requis pour les consultations médicales des travailleurs (Duxburry et Higgins, 1999). »

  • Patrick Daganaud - Abonné 16 janvier 2017 05 h 51

    Regard partiel sur une réalité complexe (2)

    Les autres impacts :
    « 5. Il existe un lien entre le conflit travail-famille et l’incidence de maladies physiques comme l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie, les troubles gastro-intestinaux, les allergies et les migraines (Duxbury, Higgens Mills, 1991; Frone, Russe / Barnes, 1996; Thomas et Ganster, 1995).
    6. Les difficultés de la conciliation travail-famille ont des répercussions négatives sur les habitudes alimentaires et la pratique de l’activité physique (C. Dubé et coll., 2002,
    Hitayesu, 2003).
    7. Le conflit travail-famille est associé à une augmentation de la dépendance à l’alcool et de la consommation de drogues chez les hommes en particulier (Frone, 2000).
    8. Les parents qui se sentent débordés par leurs multiples tâches auraient une attitude moins chaleureuse avec leurs adolescents et seraient plus enclins à développer des interactions conflictuelles avec ces derniers (Galambos, Sears, Akmeida et Klokeric,
    1995).
    9. Le conflit travail-famille a été relié à l’insatisfaction face à la vie familiale et conjugale (St-Onge et coll., 2002).
    10. Les horaires de travail atypiques et le conflit travail-famille ont été associés au manque de temps pour partager les repas en famille. Pourtant, ces moments sont considérés comme des moments privilégiés de socialisation qui ont des répercussions émotionnelles positives sur les relations parent-enfant (US Council of Economic Advisors (2002).»

    C'est dire que « la qualité de la parentalité québécoise » est assortie d'un prix à payer et que ce prix, dans une réalité plus large que ne le révèle la recherche de Michel Claes, est au détriment de nombreuses composants de la santé des familles, à commencer par les femmes et les enfants.

  • Bernard Terreault - Abonné 16 janvier 2017 08 h 40

    Douteux

    Les ados mexicains les "moins déviants"? Difficile à croire quand on sait comme la criminalité et la violence y sont présentes. À moins que l'étude ait été conduite avec un échantillon biaisé de familles privilégiées des beaux quartiers.

  • Jean-Pierre Gagnon - Inscrit 16 janvier 2017 09 h 14

    Échantillonnage problématique...

    1751 jeunes interrogés pour 5 pays, ce qui donne un échantillonnage moyen de 350 jeunes interrogés par pays. Tirer des conclusions sociologiques à partir d'un si mince échantillonnage est
    risqué, je dirais même que, statistiquement, c'est sans valeur...

    Je m'étonne que des universitaires publient une telle étude dénuée de sérieuses balises statistiques...

  • Robert Laroche - Abonné 16 janvier 2017 09 h 33

    De l'importance de reconnaitre

    Félicitation à ces parents. Il est important de reconnaitre nos compétences sans que celles-ci nous montent à la tête et fassent déraper l'expérience.

    La reconnaissance dans une juste mesure de certaines composantes de nos traits culturelles est la base d'une estime de soi sociétale nécessaire à l'affirmation, au déploiement et à la pleine maturité de la société québécoise