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Faut-il éliminer les graffitis ou réhabiliter les graffiteurs?

Antoine Robitaille   2 mars 2004  Société
Le graffiti prend parfois l’allure d’un dessin, parfois d’un message écrit. Dans les deux cas, il faut de la peinture en aérosol.
Photo : Agence Reuters
Le graffiti prend parfois l’allure d’un dessin, parfois d’un message écrit. Dans les deux cas, il faut de la peinture en aérosol.
Des conseillers municipaux du Plateau considèrent que Montréal fait trop de sensibilisation et pas assez de répression pour contrer le phénomène des graffitis à Montréal.

Christine Poulin et Nicolas Tétreault, tous deux élus de Vision Montréal dans le Plateau, en ont en particulier contre le Projet graffiti (PG), un programme de sensibilisation et de prévention lancé l'automne dernier au coût de quelque 238 000 $. L'argent provient en grande partie du Fonds Jeunesse Québec. L'arrondissement y a consacré 15 000 $. Mme Poulin illustre sa critique entre autres par le fait que le responsable du PG passe selon elle le plus clair de son temps ces jours-ci à organiser un voyage de sensibilisation au Mexique pour huit graffiteurs. «Ces gens-là ont reçu de l'argent pour faire de la prévention et de la sensibilisation, et ils travaillent à un projet touristique. Ça me fâche, ça me frustre.»

Vérifications faites auprès de l'arrondissement et de Steve Salvail, responsable du Projet Graffiti, un voyage est effectivement en train d'être organisé, mais en marge du PG. Il coûtera quelque 20 000 $, qui seront fournis en partie par l'Office Québec-Amériques pour la jeunesse (5500 $), par le Fonds Jeunesse (2255 $), par la contribution volontaire des jeunes (5500 $) et par de l'auto-financement (7000 $). M Salvail souligne que les «graffiteurs» qui participeront au voyage sont expérimentés et qu'ils ont commencé à organiser des soirées de financement.

Malgré ces précisions, Mme Poulin ne décolère pas: «Cet argent, même s'il ne vient pas de l'arrondissement ni de la Ville, vient en grande partie de l'argent public. Je ne vois pas en quoi ça va être bénéfique que ces jeunes fassent un voyage dans le sud. Je m'en paye un, moi, un voyage, de 2500 piastres, et je ne demande pas de subvention. Si [les gens du PG] veulent faire de la prévention et de la sensibilisation, qu'ils en fassent de façon concrète, ici, sur place.» Mme Poulin, sur un ton presque rageur, propose qu'on fasse «laver par les graffiteurs les dessins qu'ils ont faits sur les murs». Ainsi, dit-elle, «ils comprendraient peut-être le coût social qu'ils occasionnent.» Elle affirme que Montréal devrait prendre exemple sur l'ancienne ville d'Outremont, «qui était beaucoup plus sévère». La ville «poursuivait, le parent se trouvait impliqué, et il devait payer. Nous, on est complètement laxistes. Et c'est pour ça qu'on se retrouve avec des quartiers complètement décimés, gribouillés d'un bord à l'autre». Nicolas Tétreault abonde dans ce sens et estime que les sommes investies dans le PG auraient dû servir à acheter des outils pour enlever les graffitis. «J'ai un restaurant moi, et dès qu'il y avait un graffiti sur mon mur, je l'enlevais. Les graffiteurs se sont tannés et ne reviennent plus.»

Rapport

Mme Poulin prévoyait déposer hier soir au Conseil d'arrondissement du Plateau-Mont-Royal un rapport de 87 pages sur les différentes façons de lutter contre le phénomène des graffitis dans 18 villes du monde, dont 14 villes nord-américaines. Dans le rapport dont elle a envoyé une copie au Devoir, la conseillère propose plusieurs recommandations, dont elle n'a toutefois pas évalué les coûts: l'instauration d'une ligne 311-Graffiti qui permettrait aux citoyens de téléphoner pour signaler un graffiti et demander qu'on l'efface; l'intégration dans les écoles de projets anti-graffitis; faire des demandes auprès d'entreprises comme Bétonel, Sico, etc. pour obtenir des «programmes de recouvrement de graffitis commandités».

Helen Fotopulos, mairesse de l'arrondissement, ne partage pas la vision répressive de Mme Poulin. Elle estime au reste que rien ne prouve qu'il y ait eu augmentation du nombre de graffitis sur le Plateau. «Les plaintes en cette matière étaient de 66 en 2002 et de 67 en 2003.» Selon elle, il n'y a pas de solution simple à ce problème et Montréal a choisi la bonne approche en permettant aux jeunes d'exprimer leur révolte, de la canaliser, mais dans des espaces autorisés. Quant à Steve Salvail, du Projet Graffiti, il insiste pour dire que son projet ne fait nullement la promotion du graffiti illégal. Il est constitué notamment d'ateliers de dessin fondé sur l'idée que le graffiti est une forme d'art qui fait partie de la culture Hip Hop. «Au fond, on sensibilise les jeunes de 12 à 25 ans au fait que le graffiti illégal n'est pas correct et qu'il comporte des conséquences tout en les encourageant à s'exprimer par cette forme d'art.»






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