De Zeus à MétéoMédia, dame Nature continue de fasciner

Les aléas de la météo pèsent plus de deux fois plus lourd dans la couverture médiatique du Québec que dans celle du reste du monde.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les aléas de la météo pèsent plus de deux fois plus lourd dans la couverture médiatique du Québec que dans celle du reste du monde.

Marronnier des temps morts de l’actualité, bavardage inoffensif par excellence, le temps qu’il fait préoccupe les Québécois davantage qu’ailleurs. Dans son bilan 2016, Influence Communication a estimé que la météo se trouve au 16e rang des grands thèmes traités par les médias au Québec. Ce palmarès fait de la météo un sujet plus traité que l’éducation, la pauvreté et les autochtones. Ses aléas pèsent plus de deux fois plus lourd dans la couverture médiatique provinciale que dans celle du reste du monde.

Il ne fait ni la pluie ni le beau temps. Mais Éric Chatigny les prédit mieux qu’Environnement Canada.

Après un bref récapitulatif des précipitations à Sainte-Agathe-des-Monts, il avoue d’emblée être un mordu de météorologie. Depuis près d’une quinzaine d’années, il alimente durant une heure chaque matin le site meteolaurentides.com, auquel se fient plusieurs milliers de visiteurs. « Quand j’étais jeune, je regardais les deux sources principales [Environnement Canada et MétéoMédia], je m’apercevais déjà des différences. J’en étais passionné dès l’âge de cinq ans », expose-t-il.

Les modèles utilisés pour prévoir le temps, il les connaît par coeur, même s’il n’est qu’un amateur. « À l’intérieur de 48 heures, les modèles sont presque tous égaux, mais ils ont des variantes importantes pour les prévisions à long terme », note M. Chatigny, admettant une préférence pour les modèles européens. Surtout, ce qui fait la différence selon lui est l’interprétation humaine, plutôt qu’automatisée.

C’est par exemple presque toujours le même ratio qui est appliqué pour les accumulations de neige, alors qu’elles dépendent de la grosseur des flocons, qui, elle, dépend de la température extérieure.

Il est loin d’être le seul météorologue amateur très actif. Des pages Facebook dédiées aux vidéos YouTube d’inconnus vues près de 200 000 fois, la météo infuse aussi la culture numérique. Au point où Environnement Canada les encourage à faire partie de son programme d’observateurs volontaires. Ils sont ainsi plusieurs centaines à signaler au ministère les phénomènes météo, surtout les plus violents, comme des rafales destructrices ou des pluies torrentielles.

S’en remettre à la puissance des éléments

Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La glace avait disparu des trottoirs au cours de la journée de mardi.

Ce sont d’ailleurs les extrêmes qui passionnent le plus M. Chatigny. Des tempêtes de neige de sa jeunesse sur l’île d’Orléans aux orages violents, « la force de la nature qui se déchaîne est ce qu’il y a de plus beau ».

Pour Benoît Castelnérac, notre obsession collective — et individuelle — pour la météo tient du « sublime », un concept au-delà du « beau » en esthétique. « Le beau est à la mesure humaine, un tableau par exemple, le sublime dépasse l’imagination. La météo est parfois d’une violence inimaginable, notre cerveau n’arrive pas en fait à imaginer autant de force, une puissance qui dépasse toute autre sur la terre », explique ce professeur au Département de philosophie et d’éthique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Ce sentiment devant ce qui dépasse l’entendement, le sublime, fonctionne aussi avec le « relâchement de la crainte ». De plus en plus mise en scène par les photos sur les réseaux sociaux et les alertes rouges sur nos cellulaires, la météo-spectacle joue sur « le délice d’une frayeur apaisée », dit M. Castelnérac, quand on se sent bien à l’abri au fond de son salon devant la catastrophe.

Fascinés eux aussi par toutes les irrégularités aperçues dans le ciel, par « cette force surhumaine des éléments », dit le professeur, les Grecs anciens croyaient que les dieux communiquaient par ces phénomènes météorologiques. De Zeus à MétéoMédia, la météo est finalement « l’une des rares choses qui continuent à nous échapper », conclut-il.

Retour à la normale

La pluie verglaçante qui a recouvert surtout l’ouest de la province lundi a causé d’importantes pannes de courant. De 17 000 clients privés d’électricité au plus fort des pannes, Hydro-Québec n’en dénombrait plus que quelques centaines au moment d’écrire ces lignes, surtout dans les Laurentides et en Outaouais. De grésil à verglas, puis à pluie, les précipitations ont été tenues responsables de ces coupures d’électricité, comme de la centaine de sorties de route et de collisions dénombrées par les autorités. Les températures à la hausse mardi ont contribué à rétablir la situation.
2 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 28 décembre 2016 10 h 16

    Branchés sur la météo, débranchés d'elle

    Branchés sur la météo, vraiment ? Dans ce cas, plus on en parle, moins on la connaît. Le quotidien de nos villes et villages est incroyablement débranché de notre environnement météo et climatique. Qu'il s'agisse d'aménagement urbain, de transport, d'architecture et même de culture, on s'obstine à faire comme si nous ne savions pas que nous sommes un peu plus près du pôle Nord que de l'équateur.

    Il s'appelait Armand et croyait que dans ce pays de neige et de poudrerie, on pouvait se déplacer autrement en hiver qu'en été. Il a donc conçu l'autoneige, puis, quelques années plus tard, la motoneige. Les deux ont été chassées de nos routes. L'hiver n'était pas un ami avec qui on pouvait s'entendre mais un ennemi à combattre. Un ou deux flocons, ça passe, mais au troisième, l'armée se met en branle, sort l'artillerie lourde, bourrée de munitions salines : s'il fallait que le noir de notre asphalte disparaisse sous une couche de blancheur indigeste, ce serait l'aveu de notre défaite, la perte de notre identité.

    C'est l'hiver, vite, rentrons à la maison et prions pour que le verglas ne vienne pas rompre ce semblant de cordon ombilical qui nous attache à de grands barrages. Devant notre ennemi furieux qui rend l'eau solide, notre survie ne tient qu'à un fil, un fil électrique bien fragile, fragile parce que notre ignorance de l'environnement et notre décalage identitaire nous ont menés à contruire des habitations fort mal adaptées à l'hiver (et même à l'été), avec des lacunes qu'il faut combler avec de nombreux kilowatts de chauffage en hiver et de climatisation en été.

    Non, l'hiver et la neige ne font pas partie de nos valeurs. Ce sont des ennemis, la neige surtout. Elle vient d'ailleurs et se déverse sur nos têtes sans que nous puissions vraiment en contrôler la quantité. Secrètement, nous souhaitons que le réchauffement climatique devienne réalité et nous agissons en conséquence, même si notre discours prétend le contraire.

  • Réjean Martin - Abonné 28 décembre 2016 10 h 57

    savoureuse expression

    savoureuse expression que d'utiliser «maronnier des temps»...