Autochtones: Couillard évoque une commission d’enquête publique

Quelques centaines de personnes, dont la militante Maïtée Labrecque-Saganash, se sont déplacées pour soutenir les femmes autochtones mardi soir lors d’une vigile organisée à la Place des Arts de Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Quelques centaines de personnes, dont la militante Maïtée Labrecque-Saganash, se sont déplacées pour soutenir les femmes autochtones mardi soir lors d’une vigile organisée à la Place des Arts de Montréal.

Après avoir pris acte du « sentiment de frustration [et] de désespoir » animant les communautés autochtones, le premier ministre Philippe Couillard a évoqué pour la première fois mardi la possibilité de déclencher une commission d’enquête publique sur le possible racisme systémique envers les Premières Nations.

Le chef du gouvernement a dit être « conscient du traumatisme énorme » provoqué par l’annonce du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de ne pas déposer d’accusations contre les policiers visés par des allégations d’agressions à l’égard de femmes autochtones à Val-d’Or. « Il faut prendre acte de ça. Ça ne veut pas dire qu’on doit enterrer le sujet [qualifié] par M. Picard et d’autres chefs autochtones [de] racisme systémique” qui pourrait exister chez nous », a déclaré M. Couillard, en faisant référence au chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard.

Le gouvernement libéral ne « ferme [pas] la porte à quoi que ce soit », y compris à une commission d’enquête indépendante, a-t-il insisté. M. Couillard s’est engagé auprès du chef Picard à garder l’« esprit ouvert » et à trouver une voie de passage avec lui et d’autres leaders autochtones dès son retour du XVIe Sommet de la Francophonie, à la fin novembre.

Vigie à Montréal

Pendant une vigie organisée à la Place des Arts de Montréal, la militante mohawk Ellen Gabriel s’est adressée aux quelques centaines de personnes qui s’étaient déplacées pour soutenir les femmes autochtones qui ont dénoncé des policiers. « Un “peut-être”, ce n’est pas suffisant. Une enquête indépendante est nécessaire », a-t-elle lancé.

De son côté, le ministre Geoffrey Kelley a réitéré ses réserves sur une commission d’enquête. « [Le] message que j’ai entendu clairement, c’est l’urgence d’agir. Une commission d’enquête, avec tout respect, ce n’est pas l’outil le plus rapide pour trouver des solutions », a-t-il dit en Chambre. Il a cependant dit regretter de voir les femmes autochtones se trouver aujourd’hui « devant les limites, si vous voulez, de notre système de justice criminelle ».

Malgré les demandes répétées des partis d’opposition, le gouvernement Couillard s’est jusqu’ici limité à proposer une table de concertation. Une option que les groupes et chefs autochtones ont refusée, la comparant à un pansement appliqué sur une blessure profonde.

 

Le syndicat des policiers prêt à discuter

Dans une lettre aux ministres Geoffrey Kelley et Martin Coiteux et dont Le Devoir a obtenu copie, le syndicat des policiers de la SQ, l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), s’est quant à lui dit prêt, mardi, à participer à une table de travail sur les relations entre les policiers et les autochtones. « Nous croyons sincèrement que le rétablissement de la confiance entre les communautés autochtones et les forces policières sera beaucoup mieux servi ainsi », a-t-il écrit.

L’APPQ a par ailleurs réitéré son opposition à la tenue d’une enquête publique québécoise sur la question puisqu’à son avis, celle-ci « ne ferait qu’exacerber les tensions déjà existantes » entre les policiers et les autochtones.

Entrevue

Dans une première entrevue depuis le début de cette affaire, il y a un an, deux policiers de Val-d’Or qui ont été suspendus pour la durée de l’enquête ont pris la parole. Dans une entrevue à TVA, ils ont en outre réfuté l’existence des « cures géographiques », une pratique pourtant documentée par le DPCP et qui consiste à conduire des autochtones ivres à la périphérie de la ville pour les laisser revenir à pied. Les policiers, qui estiment avoir été « sacrifiés pour une game politique », ont assuré avoir agi professionnellement en tout temps et juré n’avoir jamais protégé de collègues qui auraient mal agi.

5 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 23 novembre 2016 05 h 46

    Une enquête de vérité et réconciliation?

    Je suis supris par les propos de l'APPQ voulant que la tenue d'une enquête publique sur les relations entre les policiers et les autochtones « ne ferait qu'exacerber les tensions déjà existantes ». Il ne s'agit certainement pas d'un souhait ou d'une menace, mais s'agit-il d'une réelle possibilité? Dans ce cas, l'enquête devrait viser la recherche de la vérité et la réconciliation entre policiers et autochtones. Bien orientée et bien tenue, une enquête fera diminuer les tensions. Les autochtones veulent une enquête et en obtenir une leur convenant et qui soit bien menée leur permettra d'avoir plus confiance dans les autorités civiles et politiques québécoises. Nous aurons également plus confiance en nos autorités québécoises, davantage rassurées sur la nature et l'étendue de leur contrôle sur la SQ et ses policiers: l'État et la SQ sont aussi des employeurs perfectibles...Nous aurons également plus confiance en nous tous.

  • Gilles Théberge - Abonné 23 novembre 2016 09 h 17

    C'est un manque de sensibilité flagrant du gouvernement de Couillard.

    La preuve est là devant nous, devant cette valse hésitation qui n'en finit pas

    Jamais un "bon docteur" n'aurait laissé ses patients dans une telle incertitude.

    Jamais.

  • Madelaine Drolet-Savoie - Abonnée 23 novembre 2016 12 h 24

    critères ?

    Bonjour monsieur Bélair-Crino, madame Sioui et le dcpc,

    Permettez 2 questions, auxquelles vous ou le dcpc pourriez répondre, si vous le jugez à propos, pour garder le débat et les commentaires au coeur de l'affaire.

    1) Pourquoi le dcpc a-t-il décidé de ne pas porter d’accusations c. les policiers ?
    On dit en langue de bois (quand on ne veut rien dire) que la preuve n'est pas
    suffisante pour espérer une condamnation. Mais encore? Ce serait trop vague,
    maintiendrait le doute de "protection policière" du dcpc chez les plaignantes et
    le public intéressé et forcerait une enquête publique coûteuse et pénible pour
    les plaignantes.

    (Sur ce dernier point, les plaignantes autochtones ont les mêmes sentiments
    multiples que les autres plaignantes dans ce domaine: crainte de ne pas être
    crues, d'être stigmatisées socialement, honte, culpabilité, désir de justice, etc.

    L'enquête policièere terminée, la décision du dpcp finale et le dossier clos, il
    appartient au dpcp de prévenir une crise publique et préciser sur quels faits il a
    basé sa décision, tout en respectant la confidentialité des personnes. Ce n'est
    pas à moi à lui proposer des exemples.

    2) Devant la décision du dpcp, les plaignantes peuvent-elles faire une plainte
    afin d'être entendue ?

    Merci

    Madelaine D. Savoie

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 23 novembre 2016 12 h 53

    En refusant une enquete publique

    les policiers en quelque sorte avouent leur culpabilité.Quand tu es propre tu ne crains pas la justice et l'appele a ton secours au lieu d'essayer de camoufler la vérité qu'on se doit de connaitre en toute légitimité,toute la vérité.Mais a vrai dire cela ne fait pas parti des genes du chef du PLQ et du partie en général.

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 23 novembre 2016 21 h 35

    Pour aussitôt...

    se dédouaner...en direct de Paris.