Aide à mourir: des évêques prônent le refus à des funérailles religieuses

Les évêques de l’Ouest canadien font valoir que l’aide à mourir diffère du cas des personnes ayant commis le suicide puisqu’on reconnaît aujourd’hui que ce geste irréparable découle d’une détresse psychologique ou d’une maladie mentale.
Photo: iStock Les évêques de l’Ouest canadien font valoir que l’aide à mourir diffère du cas des personnes ayant commis le suicide puisqu’on reconnaît aujourd’hui que ce geste irréparable découle d’une détresse psychologique ou d’une maladie mentale.

Une directive des évêques de l’Ouest canadien pressant les prêtres de refuser l’accès aux rites et funérailles religieux aux personnes ayant demandé l’aide à mourir soulève la colère des organismes qui protègent les droits des personnes malades. Cette position, qualifiée de « rétrograde » par certains, sème aussi la division chez les évêques canadiens réunis cette semaine en assemblée annuelle.

 

Le vade-mecum controversé des évêques de six diocèses de l’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest de l’Ouest, émis le 14 septembre dernier, survient alors que la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) a fait de l’aide à mourir l’un des thèmes centraux de sa rencontre annuelle qui se déroule cette semaine à Cornwall.

 

La position radicale des évêques de l’Ouest constitue une réponse à la nouvelle loi fédérale autorisant le recours à l’aide à mourir et au suicide assisté. Même si l’Église s’est toujours clairement prononcée contre toute forme d’aide à mourir, aucune directive n’avait encore été édictée par les autorités religieuses sur l’impact de cette nouvelle réalité sur la pastorale et les pratiques religieuses.

 

« Si l’Église refuse d’accorder des funérailles à quelqu’un, ce n’est pas en guise de punition mais en guise de reconnaissance de sa décision — une décision qui amène cette personne à poser un geste contraire à la foi chrétienne », tranche le document, transmis cette semaine à tous les évêques canadiens.

 

Le document souligne qu’il serait « scandaleux » que la cérémonie religieuse donne l’impression de cautionner ce « péché mortel » et « soit interprété comme un encouragement pour d’autres à commettre ce mal ».

 

Cette orientation divise grandement les évêques du pays, car aucun consensus n’a encore été arrêté sur cette question délicate, assure l’évêque de Valleyfield, Mgr Noël Simard. « Dans mon atelier, dit-il, les avis étaient partagés. »

 

Dissimuler l’aide à mourir

 

Selon ce dernier, il n’y a « pas encore de lignes directrices sur l’approche à avoir ». Mais il est urgent de réfléchir à cette question puisque l’accès à l’aide à mourir au Québec a déjà poussé certains citoyens à dissimuler à des prêtres le fait que leur proche ait requis ce soin de fin de vie, par crainte de se voir refuser des obsèques à l’église.

 

« J’ai connaissance d’un cas ou le prêtre a eu connaissance après les funérailles de personnes qui ont caché la cause réelle du décès. Les gens connaissent la position de l’Église à ce sujet », soutient Mgr Noël.

 

Selon ce dernier, l’Assemblée des évêques catholiques du Québec (AECQ) devra tôt ou tard se positionner elle aussi sur le sujet, car la réalité de l’aide à mourir soulève de nombreuses questions. « Qu’est ce qu’on fait avec les préarrangements funéraires ? Avec l’extrême-onction, et que faire quand un geste devient public ? », soulève Mgr Noël.

 

À l’image de l’AECQ, qui a jusqu’ici prôné une pastorale « d’accompagnement » sans dicter de ligne à suivre en ce qui à trait aux rites de fin de vie, Mgr Noël estime que la décision doit être jugée « au cas par cas ». « Avant d’arriver à une norme et de dire non, il faut recevoir, accompagner et accueillir. Ces situations sont complexes et la pastorale essaie de comprendre cette nouvelle réalité », a-t-il dit.

 

Chose certaine, la position adoptée dans l’Ouest canadien trouve des émules, notamment à Ottawa, où l’archevêque Terrence Prendergast a déjà affirmé que ceux qui ont demandé l’aide à mourir ne devraient pas recevoir les derniers sacrements ou des funérailles religieuses. Les évêques de l’Ouest font valoir que l’aide à mourir diffère du cas des personnes ayant commis le suicide — auxquelles l’Église accorde aujourd’hui le droit à des funérailles — puisqu’on reconnaît aujourd’hui que ce geste irréparable découle d’une détresse psychologique ou d’une maladie mentale. « Le problème avec l’aide à mourir, nuance Mgr Noël, c’est que c’est prémédité. »

 

Colère chez les patients

 

Cette attitude jugée « rétrograde » a soulevé mercredi la colère d’organismes oeuvrant pour la protection des droits des personnes malades. « C’est inacceptable, on retourne 50 ans, 100 ans en arrière. Refuser l’accès aux derniers sacrements, je trouve ça d’une barbarie sans nom », s’est offusqué Pierre Blain, président du Regroupement provincial des comités des usagers (RCPU), un organisme favorable à l’aide à mourir. À son avis, si la position des évêques albertains venait à être adoptée au Québec, ce serait clairement discriminatoire.

 

La réaction est tout aussi vive au Comité pour la protection des malades, dont le président, Paul Brunet, se dit croyant, tout comme son frère aujourd’hui décédé, Claude Brunet, qui a fondé l’organisme en 1974. « On a permis aux divorcés de fréquenter l’église, alors je ne vois pas en quoi cette position est inclusive, soulève-t-il. J’aurais beaucoup de difficulté à ce qu’un prêtre ne prenne pas en considération la demande venant d’une personne qui a requis l’aide à mourir. Qui sont-ils pour juger ? »

 

Chose certaine, le sujet risque de faire surface au Québec et ailleurs, d’autant plus que les lignes édictées par les assemblées épiscopales constituent davantage des orientations que des obligations, selon les informations obtenues de l’Assemblée des évêques québécois. Ni l’AECQ ni la CECC ne peuvent dicter la conduite des évêques, puisque ces assemblées constituent davantage des lieux de réflexion sur la liturgie et la justice sociale. Chaque évêque est en effet libre d’adopter sa propre « approche pastorale. »

58 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 29 septembre 2016 01 h 54

    Le coeur et les bras ouverts

    Le sujet pose l'éternel débat entre la doctrine et la pastorale. Entre les ''cohérents'' et les ''incohérents''. Entre ceux qui ferment les yeux et ouvrent les bras et ceux qui gardent le coeur et les bras fermés. À chacun de choisir son ''camp''. Comme le curé d'Ars, j'opterais pour les bras ouverts. La douleur est déjà assez grande chez ceux qui perdent un de leurs proches, inutile d'en rajouter.


    Michel Lebel

  • Jean-Marc Simard - Abonné 29 septembre 2016 05 h 36

    Vivre et laisser mourir en paix...

    La prise de position des évêques va changer quoi ? Ils n'ont plus l'influence qu'ils avaient...De toute façon les personnes qui ont recours aux services religieux sont de plus en plus rares...Ces évêques masochistes qui mettent la protection de la vie au dessus de tout, au lieu de chercher à soulager la souffrance devraient davantage défendre la vie en plein épanouissement au lieu de celle qui arrive en fin de vie...Il est plus chrétien de chercher à soulager la souffrance qu'à permettre sa prolongation chez une personne atteinte de maladie incurable...L'attitude faussement moraliste des évêques qui s'obstinent à interdire l'aide-à-mourir relève d'un autre temps...Ils oublient que la mort fait aussi partie de la vie...Au lieu de défendre la vie avec une morale aveugle, au lieu d'interdire l'aide-à-mourir pour les personnes arrivées en fin de vie, ils devraient plutôt développer une théologie plus compatible avec les nouvelles consciences religieuses du rapport vie/mort...Ça pourra peut-être les aider à endurer leur propre souffrance quand leur fin de vie arrivera...Vivre et laisser mourir en paix s.v.p...

  • Christian Debray - Abonné 29 septembre 2016 05 h 48

    Une affaire civile

    La décision des évêques, tout comme l’opposition qu’ils reçoivent des groupes de protection des malades, est de nature purement religieuse et la religion est de nature personnelle. Cela ne devrait pas affecter le fond du débat sur la mort assistée.

    Pour tous les civils qui comme moi s’opposent au suicide assisté, le problème est de nature discriminatoire. En permettant de définir un groupe qui a droit à l’euthanasie et au suicide assisté, la société met en place un système discriminatoire. La discrimination est nuisible dans toutes les sociétés.

    Les personnes handicapées et les personnes âgées sont en danger dans l’application des lois sur la mort assistée. Quand la société aura à définir un nouveau groupe, qui seront les suivants? Les enfants et les personnes souffrant de maladies mentales sont déjà dans la mire. Serez-vous les suivants?

    Pensez-y encore

  • François Delorme - Abonné 29 septembre 2016 06 h 09

    Charité chrétienne?

    Décidément, la charité chrétienne n'est pas le lot de nombreux évêques... Et après, ils s'étonneront du cynisme de la population à leur égard.

    François Delorme

    • Michel Lebel - Abonné 29 septembre 2016 09 h 22

      Certains évêques réfléchissent à une question: rien de plus normal. Sans plus tarder, plusieurs citoyens montent aux barricades et font flèche de tout bois dans leur critique. Tout à fait navrant comme absence de réflexion. Dans quel foutu monde vivons-nous!?

      M.L.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 septembre 2016 11 h 12

      «Certains évêques réfléchissent à une question»
      «Certains» ne sont pas ceux qui sont visés ici. Ceux-ci ont pris leur décision.
      Et pensez-vous vraiment que M. Delorme a écrit ce qu'il pense sans y avoir «réfléchir» ? Pensez-y. Il n'est probablement pas venu au monde hier matin lui non plus. Dans quel monde vivons-nous effectivement si on considère qu'on est «le seul» à penser et réfléchir. Ou que si quelqu'un n'est pas de la même opinion que soi c'est parce qu'il n'a pas assez réfléchi.

      «À quoi sert-il d'être plusieurs si une seule idée suffit.»

      PL

    • Marc Lacroix - Abonné 29 septembre 2016 12 h 06

      M. Lebel, vous dites que certains évêques — réfléchissent à une question — mais qu'est-ce qui justifie cette réflexion ? Techniquement, le catholicisme devrait refléter l'attitude du Nazaréen qui était empreinte de compassion et de charité, comme l'indique M. Delorme. Il s'élevait contre les pharisiens et les sadducéens, plein d'eux-mêmes et prêts à condamner tous ceux qui ne respectaient pas ce qu'ils prétendaient être des — commandements de Dieu — sans tenir compte de l'esprit de la Loi. À qui les pharisiens et les sadducéens me font-ils penser ? Je pense que vous pouvez deviner sans peine ma réponse. Ce que veulent défendre certains évêques intégristes, c'est l'Église institutionnelle, imbue de ses dogmes et de ses rites, ils sont l'image même de ce que Jésus dénonçait. Il est clair que des défendre des dogmes établis par l'Imperium catholique, n'a rien à voir avec celui qu'ils appellent le Messie; si je me trompe, je vous invite à à nous expliquer sur quoi!

    • Michel Lebel - Abonné 29 septembre 2016 13 h 11

      @ Marc Lacroix,


      Dans mon premier commentaire ci-haut, j'ai donné mon opinion sur ce sujet. J'ajouterai que l'Église est aussi une institution et elle a donc nécessairement de nombreuses règles qui s'appliquent à ceux qui en font partie. Mais l'Église est aussi une communauté de compasssion, de pardon. C'est le vieux débat entre la raison et le coeur. Antigone et Créon. Ce qui doit primer ici, c'est le souhait de la famille; le reste est bien secondaire.

      M.L.

    • Gilles St-Pierre - Abonné 29 septembre 2016 15 h 29

      M. Lebel, je souhaite que Dieu dans sa grande miséricorde ait préparé un ciel pour tout ceux qui ont autant rapetissé la foi, assassiné pour cette même foi et ce, toujours sous la même bannière de cette Église. La réflexion est utile mais lorsque qu'elle sert à s'enfoncer davantage dans la dérive, il serait préférable alors de se fier à ses propres instincts.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 29 septembre 2016 18 h 48

      La question qui se pose donc est : Mais qu'en est-il de la compassion quands ils appliquent les règles ?

      PL

    • Michaël Lessard - Abonné 29 septembre 2016 21 h 51

      M. Lebel, vous faites référence à une institution (non étatique); je présume que vous voulez dire que c'est une organisation indépendante ayant ses propres règles. Le fait est que les membres de cette religion ou de cette organisation réagissent, ce qui est tout aussi normal. En réalité, votre commentaire signifie, de manière subtile, que vous appuyez la décision au sommet.

      Sauf que :

      a) est-ce que rituel des funérailles appartient simplement à l'organisation ou n'appartient-il pas aussi à une culture ? N'est-ce pas aussi un rituel sociétal ?

      b) quel Nouveau Testament avez-vous ou ont-ils lu, où les « pécheurs » ou « criminels » n'auraient pas droit au salut, au pardon, au « paradis » ou à un au revoir chrétien (funérailles) ? Les chrétiens sont sensés tenter de suivre l'exemple de Jésus, non ?

      c) quel étrange religieux dépose un jugement aussi final à la place de « Dieu » ? C'est évidemment une coutume répandu depuis de millénaires, mais c'est arrogance religieuse demeure idiote et incompatible avec une spiritualité mature.

      Les personnes homosexuelles, ont-elles droit à des funérailles religieux ? On pourrait évidemment donner des centaines d'autres exemples de *jugements* douteux, surtout si on recule dans le temps. Même d'un point de vue laïque ou même athée, il y a un intérêt collectif (sociétal) à lutter contre ce type de jugements rigides.

    • Michaël Lessard - Abonné 29 septembre 2016 21 h 53

      Erraton : ma réponse n'était pas pour M. Lebel, mon erreur.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 29 septembre 2016 06 h 16

    Se pencher sur un frère ou une soeur « en croix ».

    Les évêques canadiens ne devraient avoir qu'un seul souci primordial dans leur ministère, la compassion. Il leur faut s'astreindre à mettre en oeuvre la «miséricorde» à laquelle ils nous convient tous en cette année de la miséricorde. Ils avanceront dans cette voie s'ils se penchent sur un frère ou une soeur au moment où il ou elle est en croix.

    • Pierre Fortin - Abonné 29 septembre 2016 13 h 44

      La tentation autoritaire n'est jamais très loin dans les juridictions ecclésiastiques pour rechercher et extirper les hérétiques et les infidèles. Les braises de l'inquisition ne s'y sont jamais tout à fait éteintes. Il est pitoyable que l'ignorance soit source d'autant de certitude et de dogmes.

      Ces monseigneurs, qui n'ont toujours pas compris que le "crois ou meurs" n'a engendré que haine et mépris, devraient d'abord nous dire d'où ils croient tirer un tel pouvoir de décider de la mort et de perpétuer la soufrance d'autrui. S'il leur reste un peu d'humanité et de charité chrétienne, ils devraient accompagner ceux qui agonisent dans des douleurs intolérables plutôt que de mépriser leur conscience dans l'obsession du martyr.

      Odieuse outrecuidance!