Une commémoration sans histoire?

Un pavillon de l’Expo 67. Plusieurs historiens dénoncent le manque d’intérêt apparent des organisateurs à célébrer l’histoire de Montréal dans le cadre des fêtes du 375e.
Photo: Wikipédia Un pavillon de l’Expo 67. Plusieurs historiens dénoncent le manque d’intérêt apparent des organisateurs à célébrer l’histoire de Montréal dans le cadre des fêtes du 375e.

Des historiens sonnent l’alarme face à l’absence apparente de dimension historique dans les activités des fêtes du 375e de Montréal. Alors que des dizaines de projets proposés par des institutions réputées ont été rejetés, le comité organisateur se défend de négliger ce volet… et cela, même s’il reconnaît ne pas même avoir de conseiller historique.

Pas de place pour l’histoire aux fêtes du 375e ? Plusieurs historiens se disent inquiets et constatent le manque d’intérêt apparent de l’organisation à cet égard.

 

« C’est une fin de non-recevoir partout pour l’histoire aux fêtes du 375e », dit Jean-Charles Déziel, président de la Société historique de Montréal, la plus ancienne du genre au Canada. « On a tenté en vain devoir un projet accepté par la Société du 375e. Mais tout ce qui concerne l’histoire, c’est comme si c’était irrecevable. » Ils sont nombreux à faire le même constat.

 

André Delisle, conservateur du château Ramezay, le musée qui jouxte l’hôtel de ville de Montréal, a présenté des projets avec le Regroupement des musées d’histoire de Montréal, une fédération de quinze institutions muséales dont il est le président. Tout a été refusé.

 

Frédéric Bastien, président de l’Association des professeures et des professeurs d’histoire des collèges du Québec (APHCQ), s’étonne de constater le peu de place qui est fait à l’histoire de Montréal au coeur des discours censés la célébrer. « C’est à se demander si un historien travaille pour eux. Pour ma part, si c’est le cas, je n’en connais aucun. […] Nous sommes plusieurs historiens à nous demander ce qui se passe là. »

 

Isabelle Pelletier, la directrice des communications pour les fêtes, le confirme : l’organisme n’a pas de conseiller historique attitré, « mais travaille beaucoup avec “Montréal en histoire” », une application en ligne.

 

Inquiétudes et refus

 

« On est déçus de ce qu’on voit », affirme le président de l’APHCQ. « L’aspect commémoratif est complètement évacué. On craint que ce ne soit qu’un party dont il ne restera rien. »

 

La Société historique de Montréal avait notamment proposé d’installer une statue de Maisonneuve et de Jeanne Mance dans les niches de la façade de l’hôtel de ville. Le projet a été refusé.

 

La Fondation Lionel-Groulx a proposé d’installer des plaques explicatives interactives près des stations de métro. Qui étaient Cadillac, Crémazie, Radisson ? Un « projet refusé sans explication », dit Pierre Graveline, président de la Fondation.

 

L’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve a aussi été mis de côté. « On nous avait pourtant sollicités », explique son directeur, Réjean Charbonneau. « On en est venus à la conclusion qu’on n’est pas assez festifs, pas assez dans la philosophie du groupe Rozon. »

 

En entrevue, Christian Bergeron, le président de la Société de généalogie canadienne-française, se dit déçu : « Ça a l’air très “bling bling”, leur vision. Mais ceux qui sont vraiment sur le terrain n’ont pas d’attention. » Denis Boucher, du Conseil du patrimoine religieux du Québec, affirme que son organisme a été consulté pour l’éclairage de bâtiments, mais qu’aucune suite en lien avec l’histoire n’a été donnée. « Ça sonne célébration seulement. »

 

La Société du 375e estime avoir reçu environ 700 projets.

 

Les fêtes précédentes

 

En 1992, pour les célébrations du 350e de Montréal, « il y avait […] un véritable volet historique », dit Frédéric Bastien. Au fait de plusieurs propositions refusées cette année, l’historien observe qu’« elles n’étaient pourtant pas très coûteuses », tout en ayant le mérite de laisser des traces pour demain.

 

Le dramaturge et historien Jean-Claude Germain est un de ceux qui ont activement participé aux fêtes de 1992. « Quand on célèbre un tel anniversaire, il est inévitable de devoir en revenir aux origines. » Ce qui ne lui apparaît pas au programme aujourd’hui. « Pour le 375e,on nage dans l’idée qu’on est tous immigrants ou quelque chose du genre. En revenir aux origines de Montréal, c’est comprendre qu’à cause de sa géographie, Montréal est dès le départ une ville internationale. Les nations amérindiennes se rencontrent ici. […] On aurait pu penser aussi à célébrer Charles Lemoyne. C’est lui qui maîtrise les langues amérindiennes, qui aide à faire de Montréal ce carrefour unique. »

 

Président du Bulletin d’histoire politique, l’historien Robert Comeau se dit lui aussi inquiet. Selon lui, les responsables de l’événement se montrent beaucoup moins intéressés par l’histoire que par la valorisation d’événements à caractère festif qui ne s’attardent qu’« à la célébration d’un monde consensuel et multiculturel » liée à une déification du présent.


L’ADN de Montréal
 

Devant les membres de la Chambre de commerce réunis pour l’entendre, Gilbert Rozon, le commissaire des fêtes, n’a guère parlé d’une vision historique. Pour lui, « l’ADN de Montréal, c’est la fête, c’est la joie de vivre », a-t-il répété à plusieurs reprises.

 

Selon la directrice des communications de l’événement, « il y a des composantes historiques qui ont été annoncées », mais d’autres annonces restent à venir. Au nombre des « projets historiques à ce jour », l’organisme évoque un livre à paraître, une pièce de théâtre consacrée à Camillien Houde et une série télé. Mme Pelletier affirme que plusieurs projets de quartier « sont à saveur historique ».

 

En entrevue, elle affirme que « les gens n’ont pas à s’inquiéter ». Parmi les annonces à venir en lien avec l’histoire, dit-elle, un espace interactif Web dont les détails seront annoncés bientôt.

  • Yves Côté - Abonné 7 mai 2016 02 h 54

    Insignifiance...

    J'en ai la conviction depuis le début des annonces de cette "Fête" : son seul but est de nous enfoncer tous un peu plus dans la doctrine de notre insignifiance collective, en frappant l'essence française de notre métropole.
    De notre insignifiance collective auprès des touristes, visiteurs et autres possibles amateurs de folklore facile.
    De notre insignifiance collective auprès des Anciens qui commencent à faiblir en conviction, parce que leur confort générationel les rend amnésiques à ce qu'ont donné leurs propres parents au Québec et à son peuple en processus de réveil.
    De notre insignifiance collective auprès des jeunes qui académiquement, ont été tenus si loin des faits historiques, sociaux, démographiques et économiques de leur propre pays et de leurs propres prédécesseurs qu'ils n'y voient que du feu.
    De notre insignifiance collective auprès des femmes qui en arrivent à mettre plus d'importance dans les apparences que dans ces actions de liberté qu'elles sont pourtant capables de nous imposer.
    De notre insignifiance collective auprès des hommes qui préfèrent bomber le torse et montrer leurs muscles, plutôt que d'avoir le courage de se battre avec hargne pour leur descendance, comme l'ont fait tant des nôtres pour eux-mêmes.
    De notre insignifiance collective auprès des francophones du monde qui ne demandent pas mieux que de montrer qu'ils peuvent eux aussi dire trois mots en anglais, acceptant l'idée stupide que la langue française est trop déficiente.
    De notre insignifiance collective auprès des Canadiens de toutes les provinces qui s'en rassurent, incluant bien entendu ceux habitants dans un Québec qui ne cesse de se ratatiner.
    De notre insignifiance collective auprès des nouveaux arrivants, pour tuer toute envie qu'ils pourraient développer de nous aimer tant que leurs enfants deviendraient des nôtres.
    Plus que jamais, de tuer ainsi le sens de notre existence collective reste l'espoir souriant du Canada.

    Merci de m'avoir lu.
    Et VLQL !

    • Yves Côté - Abonné 7 mai 2016 15 h 34

      "habitant", bien entendu...
      Mes plus plates excuses à tous.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 8 mai 2016 08 h 23

      Monsieur Yves Coté,je suis tristement d accord avec votre message-choc qui,hélas,n ébranlera pas les colonnes molles de nos élus du gouvernement a Québec,ni les Chambres de Commerce applaudissant Monseigneur Rozon.Ils n ont de cesse de rabaisser la fierté de notre nation a la maniere des disciples de Lord Durham. "Nous ne sommes plus ce peuple jeune ,ardent qui grandit frémissant sur le bord du grand fleuve...." Nommez-moi une nation qui refuse leur pays et en préfere un autre. J-P.Grise

    • Lise Bélanger - Abonnée 9 mai 2016 16 h 16

      Oui mais qu'est-ce qui nous empêche, en dehors des préparatifs officiels, de se regrouper et de parler de notre vraire histoire et d'en faire la publicité.

      Les historiens ne manquent pas au Québec, il y a sûrement un moyen d'agir pout notre cause, survie et souvenance.

      Un peuple colonisé ne peut s'attendre à ce que le dominant lui dise qu'il est libre et signifiant.

      C'est à nous de nous organiser en conséquence....compte tenu de la situation.

  • Denis Paquette - Abonné 7 mai 2016 05 h 21

    L'histoire il faut la créer,

    Pour que l'histoire existe, ca prends des gens capables de la créer, aussitot que Coderre fut nommé , il s'est mis a se prendre pour Jean Drapeau, en Russie il ferait fureur car les russes aiment bien les icônes

  • Guy Rivest - Abonné 7 mai 2016 06 h 08

    Surtout pas

    Il ne faut surtout pas risquer d'éveiller le sentiment nationaliste des Québécois en évoquant leur histoire sur ce continent. La démarche déjà bien entamée en vue d'en faire des canadians pourrait s'en trouver compromise. God forbid !

  • Robert Beauchamp - Abonné 7 mai 2016 06 h 46

    Oh que non!

    Tout est conçu pour éviter tout apport qui pourrait «avoir l'air» un soupçon nationaliste, alors que partout ailleurs on se sent nationaliste c.a.d. en symbiose avec la nation et fier de l'être. Ici, c'est la légèreté, la surface multiculturelle surtout, et quoi de mieux qu'un commissaire «joker» pour représenter ce que l'on cherche comme effet, c.a.d. l'entretien de l'amnésir collective. Attendez, les conseillers fédéraux ne sont pas encore arrivés, et ceux de Québec vont se pointer pour le temps d'un discours linifiant, sait-on jamais peuit-être dans les 2 langues. Le peuple fondateur? C'est quoi ça? Faire référence aux premiers noms de famille maintenant et pourtant largement répandus? «Niet». En tout cas mon nom de famille a pris racine ici-même en 1659., comme plusieurs centaines d'autres.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 8 mai 2016 17 h 33


      Le comité du 375e anniversaire se compose de dévots du canadianisme, aucun membre avec une solide culture en histoire, que des membres issus majoritairement du monde des affaires et du spectacle complaisant.
      ---
      Le Comité exécutif du 375e anniversaire de Montréal se compose de neuf membres:

      - France Chrétien Desmarais, Femme d’affaires, Corporation d’investissements Sanpalo (Présidente et membre d’office)
      - Stéphane Lemay, Vice-président, chef du contentieux et secrétaire, Power Corporation du Canada et Corporation Financière Power (Secrétaire, membre d’office et président du comité des ressources humaines)
      - Gilbert Rozon, Président-fondateur, Groupe Juste pour rire (Commissaire aux célébrations, membre d’office et président du comité de programmation)
      - Andrew Molson, Président du conseil, Groupe conseil RES PUBLICA (Président du comité des communications et des relations publiques)
      - Stephen R. Bronfman, Président exécutif, Claridge inc. (Président du comité du marketing et des commandites)
      - Jean Royer, Vice-président, Distinction Capital (Membre représentant du comité de gouvernance)
      - Manon Gauthier, Membre du comité exécutif, responsable de la culture, du patrimoine, du design, d’Espace pour la vie et du statut de la femme, Ville de Montréal (Membre représentant de la Ville de Montréal)
      - Anne-Marie Hubert, Associée Directrice, Services consultatifs, Ernst & Young (Présidente du comité des finances et d’audit)
      - Alain Gignac, Directeur général, Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal.

  • Jérémie Giles - Abonné 7 mai 2016 07 h 32

    ARozon nous le dedans !

    Célébrer en s'essoufflant et en soufflant vite et fort sur les chandelles de notre histoire.
    Jérémie Giles