Un cardinal de Toronto déclare la position de l’Église sur l’aide à mourir

Toronto — L’archevêque de Toronto ne croit pas que l’Église catholique est si déphasée par rapport à l’opinion publique sur la question de l’aide médicale à mourir.

Le cardinal Thomas Collins s’est invité dans le débat sur le suicide assisté, dimanche, en lisant une déclaration de la position de l’Église à la messe du dimanche. Une version écrite ou filmée était présentée dans plus de 200 églises de l’archidiocèse de Toronto.

À l’extérieur de l’église, M. Collins a déclaré à des journalistes qu’il croyait que la plupart des Canadiens n’avaient pas énormément pensé à la question, et que lorsqu’ils le feraient, ils remettraient peut-être leur position en question.

Dans sa déclaration, il s’est dit choqué qu’un comité parlementaire recommande au gouvernement d’obliger les médecins qui refusent d’offrir une aide médicale à mourir à référer les patients à d’autres professionnels qui voudront le faire.

Il se questionne aussi sur le fait de donner accès à l’aide à mourir aux mineurs ou aux gens aux prises avec des maladies psychiatriques, et de permettre à des gens atteints de maladies dégénératives comme la démence de prévoir leur mort à l’avance.

Les lois entourant l’aide médicale à mourir sont en cours d’élaboration. Le gouvernement fédéral a jusqu’à juin pour déposer un projet de loi.

En ce moment, les Canadiens qui souhaitent une mort assistée doivent obtenir la permission d’une cour supérieure.

11 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 6 mars 2016 16 h 45

    Les soins palliatifs

    La voie la plus humaine, pleinement humaine, solidaire, est celle de l'accès généralisé à des soins palliatifs. Il faut l'affirmer clairement.

    M.L.

    • Yvon Bureau - Abonné 7 mars 2016 07 h 53

      Et si la voie la plus humaine, pleinement humaine, solidaire, de compassion, de respect infini de tout et chacun passait par les soins personnalisés, proportionnés et appropriés de fin de vie, monsieur Lebel !
      Question : depuis 30 ans, les SP se sont transformés ... pour le meilleur et parfois pour le moins meilleur. Que sont devenus les SP? Ces soins sont comme tous les autres soins, soit avec avantages, inconvénients et risques. Tout mourant a le droit de les accepter, les refuser, en partie et en totalité, et les faire cesser; il a le droit de demander un mourir SANS douleurs, ...

      Sommes désormais dans l'univers des soins personnalisés et approproriés de fin de vie.

  • Marc Lacroix - Abonné 6 mars 2016 16 h 47

    Une vision de maîtres !

    Ce qui est désolant avec les catholiques comme ce Monsieur, c'est qu'ils prétendent connaître la Vérité et l'imposent — exactement comme les pharisiens et les sadducéens du temps de Jésus —, ils ne font que reproduire la situation de l'époque et la perpétuent. La simple lecture des Évangiles met à mal leur façon d'agir qui ne repose sur rien d'autre que le besoin maladif de pouvoir. Jésus se présenterait aujourd'hui et il se retrouverait exactement dans la même position qu'autrefois, face à des gestionnaires de l'Esprit, jaloux de leurs prérogatives et qui lisent selon la lettre tout en oubliant l'esprit.

    Jésus parlait aux femmes, mangeait chez des pécheurs, discutait avec des Samaritains, guérissait le jour du sabbat et les détenteurs du pouvoir religieux l'ont fait condamner. Benoit Lacroix ne raisonnait pas ainsi, et je connais d'autres religieux qui ne partagent pas cette vision de domination que défendent encore des gens qui se disent catholiques, alors qu'ils ne défendent que leur propre vision, pas celle du Nouveau Testament.

    • Michel Lebel - Abonné 6 mars 2016 19 h 26

      Attention! Ce cardinal de Toronto n'impose rien; il donne son point de vue. Quant au Nouveau Testament, il est basé sur l'amour. Et qui dit amour dit compassion, accompagnement jusqu'à la fin de l'existence. Sur pareil fondement, on peut s'opposer à l'aide médicale à mourir et défendre les soins palliatifs. Mais il n'est pas ici question d'imposer quoique ce soit, mais de défendre ce que l'on croit être le mieux pour l'Homme.


      Michel Lebel

    • Marc Lacroix - Abonné 6 mars 2016 22 h 57

      M. Lebel,

      En quoi l'amour impose-t-il d'étirer une vie qui n'est plus que souffrance. Au contraire, l'amour ne serait-il pas de reconnaître — le choix du malade — de choisir sa fin ? Si des soins palliatifs sont disponibles pour tous, c'est un bon départ, mais encore là, ils ne le sont pas toujours et nous le savons et ceci nous donnerait le droit de ne pas respecter la volonté du patient ?

      Qu'est-ce qui légitimerait le droit du médecin de refuser la référence à un médecin acceptant le suicide assisté; le moralisme de certains religieux n'a rien à voir avec l'amour qu'on prétend défendre !

      Qu'est-ce qui donne le droit à certains d'imposer — ou de faire légalement imposer des soins palliatifs théoriques — comme seule solution à des gens qui savent qu'ils vont mourir dans la souffrance ? L'évêque parle dans le cadre d'une consultation qui vise à modifier les lois; il n'impose pas directement, mais son point de vue vise à limiter le choix des patients, par d'éventuelles lois; cessons de jouer sur les mots !

  • Yvon Bureau - Abonné 6 mars 2016 17 h 06

    Une réponse demandée svp

    Monsieur le cardinal Thomas Collins, que répondriez vous à cette personne :

    «Je suis un catholique pratiquant, 75 ans, lucide, atteint d’un cancer agressif et dégradant à ses yeux, en fin de vie, rendu à la fin de sa vie. J’ai fermé mes dossiers de vie, ai beaucoup donné, ai pardonné et ai été pardonné, en paix je suis, au bout de ma vie je survis, au bout du sensé je navigue ... Je crois en un Dieu de compréhension et de miséricorde. J’aime et je respecte la vie et tout le vivant. Philosophe à mes heures, je crois que l’on doit souvent choisir entre le bien et le mal, parfois entre le moins pire et le pire.

    Ma santé est très limite, mon agonie est féroce et le pire est pour bientôt. Je veux demander l’Aide médicale à mourir. Je veux savoir si je pourrai demander un prêtre pour les derniers sacrements. J’aimerais une dernière fois me confesser, recevoir l’absolution générale et communier; je ne crois cependant pas que de demander et de recevoir une aide de mon médecin pour moins et mieux mourir soit un péché mortel.

    Bien plus, je veux demander à un prêtre que je connais bien et qui est un de mes amis, d’être présent lors de mon départ et lors de l’arrivée de ma mort. Après mon décès, mes proches adoreront sa présence réconfortante et signifiante.

    Finissant ma vie, je veux savoir aussi si ce prêtre et mon médecin catholique risqueront des problèmes, même d’être excommuniés. J’aimerais une garantie que rien de répréhensible n’arrivera ni à mon ami prêtre ni à mes soignants.

    Au bout de ma vie, je vous prie de me répondre le plus tôt possible. Mes jours me sont comptés. Mes démarches pour une demande de l’aide médicale à mourir ont déjà débuté.

    Je vous remercie, je vous salue, je prie pour vous et je vous souhaite une Bonne Année de la miséricorde. Respectueusement …»

    Aussi, je vous invite à méditer sur Compassion, Solidarité, Respect de chaque personne vivante éclairée et libre en fin de vie, sur Jésus ne jugeant pas ...

  • Michel Lebel - Abonné 7 mars 2016 06 h 39

    La liberte d'expression

    @ Marc Lacroix,

    À vous lire, ce cardinal n'aurait pas le droit de donner son point de vue sur le sujet. Comme témoignage du respect de la liberté d'expression, j'ai déjà vu mieux!


    M.L.

    • Marc Lacroix - Abonné 7 mars 2016 08 h 31

      Vous n'avez pas répondu à ma question M. Lebel. En quoi, être opposé à l'aide à mourir est-il une expression de l'amour chrétien ?

      Parler de liberté d'expression c'est beau, mais en voulant influencer des politiciens qui réfléchissent sur le problème de la fin de vie, l'archevêque de Toronto navigue dans un moralisme qui n'a rien d'honorable !

  • Michel Lebel - Abonné 7 mars 2016 10 h 05

    La vie...

    @ Marc Lacroix,

    Pour un chrétien, la vie est un don de Dieu, non de l'homme. Il y a donc quelque chose de transcendant, qui ne peut être nié par l'homme, dans la vie même. Il en découle que la vie de toute personne est sacrée, de sa conception à sa mort. L'homme ne peut donc s'enlever la vie ou se faire enlever la vie, car celle-ci ne lui appartient pas.

    Vous comprendrez facilement que je parle ici au niveau de principes, de principes qui découlent, selon moi, de la loi naturelle, sans référence obligatoire à une religion donnée. Je sais aussi que dans la vie concrète les choses sont souvent plus complexes et que les fins de vie ne sont pas toujours roses. Ce qui n'enlève toutefois pas leur importance et vérité aux principes. Mais en ce domaine des soins de vie, en Occident du moins, il n'y a pas consensus. D'où l'intervention du cardinal de Toronto... et la mienne!


    Michel Lebel

    • Marc Lacroix - Abonné 7 mars 2016 13 h 38

      La question de savoir que la vie est un don de Dieu n'est pas en cause, mais de décider qu'il est moral ou immoral d'enlever ou de faire enlever la vie c'est une décision qui repose sur un dogme trop humain. Je ne vois rien à ce sujet dans le Nouveau Testament sur lequel baser cette décision de façon claire. Par contre, ce que je sais c'est que Jésus a accusé les sadducéens et les pharisiens d'oublier l'amour du prochain et l'esprit de la Loi pour s'attacher à des lois et des traditions bien humaines et c'est exactement ce que fait le haut clergé catholique qui refuse d'examiner sa tradition pour voir si elle correspond bien à l'esprit de la doctrine du Nazaréen. Relisez mon commentaire plus haut, Jésus a transgressé plusieurs obligations des juifs de son époque parce qu'elles étaient devenues des idoles qu'on devait respecter en dépit de l'esprit de la Loi.

      Dans le chapitre 8 de l'Évangile de Jean (la femme adultère), Jésus aurait pu dire qu'il était d'accord à ce que la tradition soit appliquée, mais il a laissé la femme se débrouiller avec sa conscience, et elle n'a pas été lapidée... Le respect des traditions, pour le respect des traditions, n'a rien à voir avec l'Amour ni avec la doctrine de Jésus. Lorsque Monsieur Collins intervient dans le débat il veut influencer le législateur et faire couper les choix pour des personnes malades et en fin de vie, je maintiens que cela n'a rien à voir avec le christianisme, ou plutôt cela est une démonstration que ce christianisme se perd dans le dogme et la tradition.

    • Michel Lebel - Abonné 7 mars 2016 17 h 34

      @ Marc Lacroix,

      Rien de plus facile que d'envoyer aux orties, principes, dogme, et tradition. C'est bien à la mode! Si on envoie tout cela au rebut, qu'est-ce qu'il reste, sinon le subjectivisme, le relativisme et l'invidualisme. C'est un choix et il est partagé pas plusieurs. Je ne le partage pas.

      Sachez enfin, et je le répète, on peut être opposé à l'aide médicale mourir sans être d'une grande religion monothéiste. Au nom simplement de l'amour de la vie et de la solidarité humaine, et le tout sans dogmatisme.

      Michel Lebel