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Le FRAPRU publie son dossier noir du logement

Brian Myles   9 janvier 2004  Société
Les locataires s'appauvrissent et les loyers ne cessent d'augmenter à Montréal, a déploré hier le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) en réitérant sa demande pour la construction de 3000 logements sociaux par année.

Profitant du regain d'intérêt des médias pour la crise du logement après qu'un comité antigentrification eut posé huit fausses bombes en deux jours pour protester contre la construction de condominiums, le FRAPRU a dévoilé son «dossier noir» du logement et de la pauvreté au Québec. En s'inspirant des statistiques de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) et des données du recensement national de 2001, l'organisme en arrive à la conclusion que le revenu médian des ménages locataires de Montréal a diminué de 15,8 % en dollars constants entre 1981 et 2001, s'établissant à 27 264 $, alors que les loyers ont augmenté de 6 %.

Selon le FRAPRU, la proportion de ménages locataires devant consacrer plus de la moitié de leurs revenus est en hausse constante sur 20 ans. En 1981, environ un ménage sur dix consacrait plus de la moitié de ses revenus au loyer. En 2001 au Québec, près d'un ménage sur cinq se retrouvait dans cette situation difficile.

La crise du logement qui sévit depuis 2001 dans la région métropolitaine de Montréal et ailleurs au Québec entraîne par ailleurs une explosion des loyers. Le plus récent rapport sur les logements de la SCHL pour Montréal (octobre 2003) fait état de variations de loyer de 3,3 % à 4,6 % (selon le type de logement) en un an. Un studio coûte en moyenne 441 $ par mois tandis qu'un appartement de trois chambres et plus nécessite un débours de 710 $ par mois.

Selon François Saillant, coordonnateur du FRAPRU, cette évolution du marché de l'habitation explique la recrudescence du nombre de demandes pour occuper une habitation à loyer modique (HLM). Ce nombre est passé de 12 635 à

17 396 en un an à Montréal.

Les libéraux de Jean Charest ont promis la construction de 13 000 logements sociaux au Québec, dont 5000 à Montréal d'ici 2007. À ce jour, environ 8500 unités sont complétées ou en voie de l'être. À deux ans de l'échéance, François Saillant est inquiet. Selon lui, il faudrait construire 8000 logements sociaux par année dans toute la province, comme au début des années 80, tant et aussi longtemps que l'exigera la situation des ménages les plus pauvres et les plus vulnérables.

Après trois ans de crise du logement et l'élection d'un gouvernement prêt à revoir le rôle de l'État, la naissance spontanée du comité antigentrification n'est pas un hasard, estime enfin M. Saillant. Bien qu'il se dissocie des méthodes utilisées par le groupe, le coordonnateur du FRAPRU «partage tout à fait les préoccupations» du comité antigentrification. «Ce sont les préoccupations de gens qui ont de moins en moins de place dans les quartiers centraux de Montréal», dit-il. À l'heure actuelle, ce n'est pas ce fameux comité antigentrification mais bien le gouvernement qui «sème les germes de la colère».






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