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Surplus de lait - Producteurs et transformateurs s'accusent à qui mieux mieux

Claude Turcotte   23 décembre 2003  Société
À moins d'une prise de position ferme de la Régie des marchés agricoles en faveur de la requête de la Fédération des producteurs de lait visant à obliger les transformateurs à traiter le surplus de 4,5 millions de litres de lait pendant la période des Fêtes, il semblait hier soir inéluctable que tout ce lait allait bientôt être déversé dans les fosses à purin des producteurs.

Les trois régisseurs qui ont entendu les parties au moins jusqu'à l'heure de tombée du journal hier soir n'en continuaient pas moins de considérer cette question comme étant urgente. Ils ont d'ailleurs eu tôt fait hier après-midi de rejeter une proposition du Conseil de l'industrie laitière, qui faisait valoir que l'offre de la fédération de faire un don de lait aux banques alimentaires arrivait trop tard pour qu'on puisse traiter ce lait dans les usines et qu'il fallait reporter le seul débat qui restait à faire, c'est-à-dire celui des frais, après la période des Fêtes.

Les transformateurs se disaient également mal préparés pour répondre aux arguments de la fédération. La Régie a néanmoins décidé de les entendre. En fin d'après-midi. Pierre Nadeau, président du Conseil de l'industrie laitière, lequel représente notamment les plus importants transformateurs privés, comme Saputo et Parmalat, a mené une charge à fond de train contre la fédération, lui reprochant de refuser de négocier des conditions incitatives acceptables à ses clients réguliers quand elle sait qu'elle aura un peu trop d'inventaire pendant quelques jours chaque année.

Le conseil, affirmait M. Nadeau, a proposé à la fédération d'offrir une prime incitative de 2 $ l'hectolitre, soit 2 ¢ sur le total de 65 ¢ le litre qui est payé aux producteurs. Cela aurait représenté une dépense totale de 90 000 $ pour sauver les 2,9 millions de dollars en lait que vaut le surplus de 4,5 millions de litres, soit l'équivalent d'une demi-journée de production.

«Nous sommes totalement abasourdis qu'une société de deux milliards en chiffre d'affaires par année et qui détient le monopole de la vente de lait au Québec n'ait jamais élaboré de plan B au cas où une partie de son lait ne puisse être écoulée, autre que celui de faire des pressions sur les transformateurs pour qu'ils prennent ce lait de force. [...] Nous sommes tout aussi abasourdis qu'une société de cette envergure n'ait jamais pensé à aucune autre solution que celle de jeter son lait advenant un problème quelconque», a soutenu M. Nadeau.

À ces attaques, Jean Grégoire, président de la fédération, a rétorqué qu'il n'était aucunement question que les producteurs, qui déclarent un revenu net d'environ 10 $ l'heure et qui travaillent sept jours sur sept, même pendant le temps des Fêtes, subventionnent de grandes entreprises en leur donnant leur lait pour que celles-ci s'enrichissent davantage, sans aucun retour aux consommateurs. Les producteurs sont prêts à donner ce lait à la condition que les transformateurs le remettent gratuitement aux banques alimentaires pour les plus démunis.

À l'accusation voulant que les producteurs produisent trop de lait, la fédération répond que la production québécoise est inférieure au quota en vigueur depuis le début de l'année laitière. Elle soutient que les marchés sont stables et que les stocks de beurre de la Commission canadienne du lait sont quasi inexistants. Elle fait valoir que pendant les trois semaines qui ont précédé la période des Fêtes, les entreprises ont réquisitionné en moyenne chaque semaine 1,7 million de litres de lait de plus que la production des producteurs. Enfin, elle avance que si Agropur, Parmalat et Saputo réquisitionnaient autant de lait pendant la période des Fêtes qu'elles l'ont fait l'an dernier, il n'y aurait plus de surplus.

La fédération a présenté à la Régie la quantité de lait non réquisitionné par jour entre le 24 décembre et le 5 janvier. Les transformateurs et les régisseurs ont discuté longuement des données présentées par la fédération à partir des commandes de lait faites par les usines de transformation du Québec.

Dans son plaidoyer, les représentants de la fédération ont soutenu que la Régie a l'obligation, en vertu de la loi et de ses règlements, d'ordonner aux transformateurs d'accepter en tout temps tout le lait des producteurs, ce qui serait une contrepartie à l'obligation qu'ont les producteurs de toujours fournir aux transformateurs le lait dont ceux-ci ont besoin, à défaut de quoi ils demandent à la Régie la permission d'importer du lait.






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