Enclaves agricoles

L’Université Concordia, à Montréal, abrite des serres sur le toit.
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir L’Université Concordia, à Montréal, abrite des serres sur le toit.

Pour faciliter l’implantation d’entreprises de culture maraîchère et d’aquaculture en ville, l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie a adopté, en janvier dernier, un nouveau règlement accordant un zonage agricole à certains secteurs à vocation industrielle et commerciale.

Il est possible à Montréal de lancer une entreprise de production horticole et les fermes Lufa, qui prospèrent sur le toit d’un immeuble dans Ahuntsic-Cartierville, en sont la preuve.

Mais la dérogation requise ainsi que les complications bureautiques et réglementaires peuvent rendre l’exercice très laborieux.

« Il leur faut passer par un processus administratif très lourd et très coûteux, sans aucune garantie que le conseil d’arrondissement votera en faveur du projet. Pour une entreprise qui a besoin du financement d’une banque, ça devient très difficile », explique le maire François Croteau, qui a fait de l’agriculture urbaine sa marque de commerce.

Légumes contaminés ?

Dans la foulée de sa révolution verte, Rosemont–La Petite-Patrie a également autorisé les citoyens à s’approprier les saillies de trottoirs et les espaces publics pour y planter des légumes.

Lorsque l’initiative avait été annoncée, l’an dernier, la Direction de la santé publique avait exprimé des préoccupations quant à la contamination des sols en raison de la présence possible d’essence et d’huiles provenant des chenillettes de déneigement, de sel de déglaçage et d’excréments d’animaux domestiques.

À l’époque, François Croteau avait rétorqué que les risques sur la santé n’étaient pas plus importants que dans les cours arrière des résidants.

M. Croteau indique maintenant que l’arrondissement procédera, au printemps, à des opérations de carottage et d’analyse des sols afin de détecter la présence de contaminants. « On veut en avoir le coeur net sur le taux de contamination réel des terrains de la Ville. On n’a aucune idée si les craintes de la Santé publique sont fondées. »

M. Croteau soutient que la présence de contaminants n’empêche pas nécessairement le jardinage, plusieurs légumes, arbres fruitiers ou fines herbes n’absorbant pas certains types de contaminants. Encore faut-il savoir lesquels sont présents.

Si Rosemont–La Petite-Patrie n’a pas le monopole des projets d’agriculture urbaine à Montréal — d’autres arrondissements et villes, comme Ville-Marie et Côte-Saint-Luc, en ont —, il se démarque en raison de son maire, souligne Éric Duchemin, professeur à l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM.

« Dans Rosemont–La Petite-Patrie, ce qui est exceptionnel, c’est que c’est le maire qui porte le dossier. Il fait des changements de zonage et d’urbanisme. Dans les autres arrondissements, ce sont souvent les groupes et les fonctionnaires qui réalisent des projets. Il y a plein d’espaces pour faire de l’agriculture à Montréal. »