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Section fumeurs ou non-fumeurs?

Brian Myles   27 novembre 2003  Société
Deux amateurs de marijuana qu’on verra sans doute au café Marijane samedi.
Photo : Jacques Nadeau
Deux amateurs de marijuana qu’on verra sans doute au café Marijane samedi.
Les clients du café Marijane, qui ouvrira ses portes samedi, s'exposent à une mise en accusation et à un éventuel dossier judiciaire pour possession simple de cannabis, a averti hier le Service de police de la ville de Montréal (SPVM).

«En ce moment, c'est illégal, et les gens qui seront sur place avec de la marijuana pourraient faire face à des accusations de possession simple», a confirmé Luc Belhumeur, un des porte-parole du SPVM.

Afin de garder secrètes ses stratégies opérationnelles, le SPVM refuse de dire s'il interviendra dès samedi au café Marijane, aménagé au 950 de la rue Rachel Est, dans les anciens locaux du Club Compassion. Mais le risque d'une descente un jour ou l'autre est bien réel. Aux dernières nouvelles, les substituts du procureur général autorisent toujours le dépôt d'accusations dans les affaires de possession simple, a illustré M. Belhumeur. Et le ministre fédéral de la Justice, Martin Cauchon, n'a toujours pas déposé son fameux projet de loi sur la décriminalisation de la marijuana.

À quelques jours de l'ouverture de ce premier café «apportez votre joint» au Québec, le chef du Bloc Pot, Hugo Saint-Onge, ne se formalise pas de cette menace. Le café devrait ouvrir devant une foule de 500 à 1000 personnes, samedi midi, grâce à l'obtention d'un permis de bureau. Le Bloc Pot se servira du café Marijane comme local politique. Le bail est au nom de Marc-Boris Saint-Maurice, qui agira également à titre de représentant officiel et de responsable des questions juridiques et financières. «Je vois mal la police rentrer dans un local de parti politique. C'est un peu touchy», a lancé Hugo Saint-Onge hier.

Exploité comme un local à des fins de réunions partisanes par le Bloc Pot, le café Marijane n'offrira aucune drogue à ses clients, préférant plutôt leur donner de l'information sur les activités du parti, le concept de réduction des méfaits et la «consommation responsable» afin d'amener les «poteux» à distinguer l'usage récréatif de l'usage abusif. Par contre, le personnel du café n'empêchera personne de fumer un joint à l'intérieur de ce local pas plus grand qu'un salon. «On n'encourage pas les gens à briser la loi. Ils la briseront eux-mêmes», a dit M. Saint-Onge.

«Notre but, c'est de briser la peur, comme les gais l'ont fait en sortant du placard et en ouvrant leurs bars. Au début, ils se sont fait taper dessus, mais aujourd'hui, ce sont des citoyens respectés», a-t-il ajouté.

L'ouverture du café suscite des réactions mitigées. Michel Labelle, un artiste des Ateliers Graff, le voisin d'en face de Marijane, est venu offrir ses toiles pour décorer le local lors de l'ouverture. «Le café, c'est une forme d'ouverture sur le monde. Les politiciens ne veulent pas mettre leurs culottes parce qu'il y a de la pression des policiers et quelques vieux cathos. Ce sont des gens rétrogrades», a lancé M. Labelle.

Le conseiller du Plateau Mont-Royal, Nicolas Tétrault (Vision Montréal), ne le voit pas du même oeil. Dans une longue lettre, il a accusé Helen Fotopulos et Michel Prescott, deux élus de l'Union des citoyens de Montréal (UCIM), d'envoyer le mauvais message à la population en ne s'opposant pas à l'ouverture du café. M. Tétrault craint que le café Marijane ne devienne «un bunker inatteignable par aucune juridiction et aucune loi [sic]». «Il existe dans notre société une manière de défendre et de faire avancer des causes de façon pro-active [sic] tout en respectant les lois et les règlements», écrit-il.






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