Un BAPE n’était pas requis pour la société Kildair

La société Kildair n’a pas eu besoin de passer par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour avoir le droit de recevoir du pétrole lourd des sables bitumineux par train et l’acheminer par bateau à Sorel-Tracy, car elle n’a fait que modifier des installations déjà existantes au bord du Saint-Laurent.

 

« Kildair voulait faire des travaux sur des réservoirs existants, or le règlement ne concerne que l’implantation de réservoirs, celle-ci est soumise aux évaluations environnementales », explique Daniel Leblanc, directeur régional par intérim du ministère de l’Environnement pour la Montérégie.

 

Kildair, qui reçoit, raffine et achemine des produits pétroliers, n’a pas eu besoin de passer par le BAPE, mais la compagnie a dû obtenir des autorisations du ministère, car des modifications ont été effectuées dans ses installations pour pouvoir recevoir le pétrole lourd issu des sables bitumineux albertains. La société a obtenu les autorisations en décembre 2013.

 

Ainsi, une rampe de déchargement flambant neuve a été installée pour réceptionner le pétrole des wagons de nouvelle génération, qui ont remplacé les controversés DOT-111, montrés du doigt après la tragédie de Lac-Mégantic.

 

Des équipements supplémentaires pour « récupérer l’huile », des toits pour minimiser les émanations de gaz, des citernes remplies d’eau et de mousse et des gicleurs ont été installés.

 

Une torchère qui émettra « une petite flamme » sera aussi mise en place sur le site de Kildair pour « brûler le gaz recueilli », dit M. Leblanc. Le président de Kildair, Daniel Morin, estime que sa compagnie s’est soumise de manière « rigoureuse » aux exigences du ministère afin de rendre le site sécuritaire. M. Morin estime que beaucoup de pétrole circule déjà sur le fleuve. « Je vous dirais que du pétrole brut sur le Saint-Laurent, Ultramar en amène l’équivalent de 250 000 barils par jour depuis 30 ou 40 ans, donc il y en a beaucoup, beaucoup de pétrole brut qui circule sur le Saint-Laurent déjà », dit-il.

 

Le directeur d’Équiterre, Steven Guilbeault, estime que le pétrole lourd albertain présente un risque important pour le fleuve, et une consultation publique devrait être menée, vu les enjeux écologiques. « Ce n’est pas un pétrole conventionnel […] en contact avec l’eau. Le pétrole lourd, contrairement au pétrole léger, coule. Ce qui fait qu’en cas de déversement, le pétrole lourd est très difficile à nettoyer », dit-il. M. Morin estime toutefois que le transport est nécessaire pour faire fonctionner l’économie québécoise et canadienne. « On est dans une société qui consomme beaucoup de pétrole […] et le pétrole doit être expédié entre les points d’extraction et les points de raffinage, donc que ce soit par les pipelines, des navires ou des trains, il faut le bouger le pétrole. »

1 commentaire
  • Marc Brullemans - Abonné 7 août 2014 02 h 30

    Le navire, la locomotive et le camion.

    Pétrole aidant, l'on pourrait aisément imaginer une fable sur ces trois modes de transport. Comme pour les trois petits cochons, nous pourrions aussi en faire une chanson, vantant les mérites et travers de chacun. On en viendrait peut-être toutefois à oublier que l'élement central, le pétrole, renferme une multitude de composés ayant comme atomes-clé, le carbone et l'hydrogène. On en viendrait sans doute plus certainement encore à oublier que certains des composés du mélange sont explosifs et que ceux-ci sont essentiellement destinés à être brûlés de manière très inefficace dans des chambres à combustion prenant la forme d'un cylindre et que les émanations en résultant, pour une automobile, sont à la hauteur d'environ 5 tonnes de dioxyde de carbone par année. Grâce à l'énergie en résultant, nous vaquons à nos occupations; construisant, innovant, moissonnant comme nos arrière-grand-parents pouvaient à peine l'imaginer. Le hic, c'est que sans trop nous en rendre compte nous perturbons les cycles biogéochimiques de la planète alors qu'il nous faudrait expressément suivre au mot le précepte de Churchill : "vaut mieux prendre le changement par la main avant qu'il nous prenne à la gorge".