L’aide médicale à mourir divise les députés libéraux

Certains députés libéraux, mal à l’aise devant la porte ouverte à l’aide médicale à mourir, songent à voter contre l’adoption de principe du projet de loi 52 sur les soins de fin de vie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Certains députés libéraux, mal à l’aise devant la porte ouverte à l’aide médicale à mourir, songent à voter contre l’adoption de principe du projet de loi 52 sur les soins de fin de vie.

Autorisés à voter selon leur conscience par leur chef Philippe Couillard, les députés libéraux sont divisés sur le projet de loi 52 sur les soins de fin de vie, et plus spécialement sur l’aide médicale à mourir.

 

Le député Robert Dutil a même confirmé qu’il se prononcerait contre l’adoption de principe du projet de loi, adoption qui permettrait la poursuite de son étude en commission plénière, article par article.

 

« Je pense qu’il y a des améliorations que l’on devrait faire avant », a dit M. Dutil mardi soir lors du débat sur le sujet, ajoutant « moi, maintenant, je vais voter contre ».

 

La députée Danielle St-Amand a déclaré ressentir un « malaise à penser que la vie puisse être abrégée volontairement » et que, pour cette raison, il lui est « impossible » de se prononcer pour.

 

Des députés en consultation

 

Afin de se préparer pour ce - rare - vote libre, tous les députés libéraux ont consulté les citoyens de leur circonscription d’une manière ou d’une autre.

 

Par exemple, Pierre Moreau a fait circuler un sondage en ligne. Marguerite Blais, Christine St-Pierre, Jean D’Amour, Laurent Lessard et Karine Vallières ont organisé des consultations dans leur circonscription.

 

La porte-parole libérale en matière de services sociaux, Stéphanie Vallée, a elle-même consulté les citoyens. Elle dit avoir recueilli des opinions « très diversifiées ». « J’ai aussi appris que le concept d’aide médicale à mourir n’était pas compris chez les individus, chez nos citoyens, de la même façon qu’il est compris par les experts », dit Mme Vallée, qui souhaite que les définitions soient enchâssées dans le projet de loi.

 

Les libéraux reprochent au gouvernement d’avoir écarté sept groupes des consultations particulières sur le projet de loi 52. Ces groupes sont, entre autres, l’Alliance des chrétiens en droit, l’Association multiethnique pour l’intégration des personnes handicapées, l’Euthanasia Prevention Coalition et la Société dentaire et médicale chrétienne du Canada. « Je pense qu’il était essentiel de permettre à tous les groupes de se faire entendre », juge Stéphanie Vallée.

 

Elle se dit « ambivalente » sur la question de l’aide médicale à mourir, mais elle votera pour le principe qui permettra au projet de loi de passer à la prochaine étape.

 

Les chiffres de la ministre contestés

 

Cette semaine, la ministre Véronique Hivon a affirmé que 98 % des besoins en matière de lits dédiés aux soins palliatifs étaient comblés, 92 % en tenant compte des disparités régionales. Elle affirme que le Québec comptera 791 lits au 31 mars 2014, et 60 de plus en 2015, pour 851 lits.

 

Or, ces chiffres sont contestés. L’Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic, l’AQRP, affirme que Mme Hivon « donne l’impression de façon erronée que les soins palliatifs sont disponibles partout », dit son directeur général par intérim, Mathieu Santerre. L’AQRP calcule qu’il manque au moins 111 lits.

 

Dans les documents déposés lors de la dernière étude des crédits, le MSSS projetait qu’en 2015, il devrait y avoir 983 lits de soins palliatifs.

 

Cet objectif, plus ambitieux que celui auquel se référait la ministre Hivon en début de semaine, « réfère aux projections faites par les régions, y compris celles qui ont des surplus, et n’est pas basé sur la règle du 1 lit pour 10 000 habitants », répond son attachée de presse Laurie Comptois.

15 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 24 octobre 2013 06 h 28

    Question de religion

    Je croyais que ce projet de loi visait à conférer â celui qui va mourir un droit de le faire dans la dignité. Il est vrai que venant d'un parti où les questions d'éthique sont si importantes on ne peut que s'interroger quant à leur véritable motivation!

    • Louka Paradis - Inscrit 24 octobre 2013 09 h 07

      Bloquer les projets du gouvernement Marois à tout prix pour le faire mal paraître, même sur le dos des agonisants. La partisanerie libérale n'a vraiment aucune limite. Ça donne froid dans le dos...

      Louka Paradis, Gatineau

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 24 octobre 2013 17 h 21

      Vous avez tout à fait raison M. Cossette et Mme. Paradis.

      D’autant plus que la vaste consultation menée par Mme. Hivon dans toute la province, a été qualifiée d’exemplaire et obtenu un large consensus.

      Tout de la part des libéraux effectivement pour bloquer un autre projet légitime du gouvernement sur le dos de personnes en détresse extrême, pour qui la mort sera une délivrance dans la dignité.

      Ironique de voir les libéraux se draper dans l’argument moral.

      Moi je n’accepterai pas qu’une quelconque organisation religieuse vienne m’imposer une morale de la souffrance et décider de ce que mon sort devra être quand je serai dans une situation de souffrance extrême et sans issue.

  • Yvon Bureau - Abonné 24 octobre 2013 08 h 24

    J'ai confiance en nos députés

    Que des députés consultent dans leurs comtés, en écoutant leur population, en faisant des rencontres, additionnant les téléphones et les courriels, c'est bien. Il y a mieux : faire un sondage scientiqique et reconnu dans leur comté. Il est fort probable qu'ils découvriraient que la très grande majorité de leurs sujets sont en faveur du Projet de loi 52 et aussi en faveur de l'aide médicale à mourir, très balisée et contrôlée.

    Tout député est inteligent et fort bien informé. Il sait que les farouches opposants à l'AMAM sont et seront hyperactifs par leur présence aux réunions d'information, à l'envoi massif de courriels et de téléphones, par leur présence dans les médias en osant faire peur et augmenter l'angoisse des plus vulnérables de le la population. Leur stratégie est connue. Les députés les connaissent. On reconnait l'intention des opposants à être entendus en plus, à nouveau, autrement.

    «Aide médicale à mourir», c'est une expression du peuple, de la population. Ça veut simplement dire chez la personne mourante en train de mourir et d'agoniser : Docteur, aidez-moi à mourir, à terminer mon agonie car trop de douleurs et de souffrances et sans sens, aidez-moi à terminer ma vie. Donnez-moi ce qu'il faut comme médicament et comme injection, et restez près de moi par humanité et par compassion». C'est clair et facile à comprendre.

    Voter selon sa conscience, c'est fort bien. Il y a mieux et tellement mieux : c'est avant, avoir pris conscience que la grande majorité de la population est en faveur du Projet de loi 52 tout comme en faveur aussi de l'aide médicale à mourir, dans le processus de la continuité des soins. Corporations, organismes et établissements concernés par la fin de la vie sont majoritaitrement en faveur. Rassurant +++

    Le Projet de loi 52 est inclusif et fort éthiquement acceptable. Il permet tant à la personne en fin de vie qu'au soignant d'agir selon sa conscience, selon ses valeurs et selon son libre-choix.

  • Michel Lebel - Abonné 24 octobre 2013 08 h 32

    Pas la place pour les moutons!

    J'ose espérer qu'elle divisera aussi les autres formations!! Tout député devrait conserver son jugement sur une question aussi grave et éthique. La conduite des moutons n'a certainement pas sa place ici!


    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 octobre 2013 10 h 53

      Pourquoi une loi qui fait consensus devrait-elle diviser? En fait, si le PLQ est divisé, c'est entre sa conscience et son goût de s'opposer pour s'opposer.

    • Michel Lebel - Abonné 24 octobre 2013 12 h 30

      @ Sylvain Auclair,
      Cette loi 52, dont la constitutionnalité est douteuse, ne fait pas consensus dans la population. Il me paraît donc normal qu'elle ne fasse pas consensus chez la députation.


      Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 octobre 2013 15 h 05

      Monsieur Lebel,

      Selon vous, le gouvernement québécois aurait-il dû, en 1976, continuer à poursuivre les médecins qui pratiquaient des avortements, malgré l'inutilité des procès? Après tout, le Code criminel a continué _pendant 11 ans_ à l'interdire, sous peine de 20 ans de prison!

      Je vous demanderais même: devrait-on selon vous de nouveau criminaliser l'avortement? Après tout, sa légalité ne fait pas consensus. Les gens qui sont contre l'aide médicale à mourir sont d'ailleurs souvent les mêmes qui sont contre l'avortement.

      D'ailleurs, c'est un peu la même question dans les deux cas: est-ce que des principes qui se veulent moraux devraient entraîner la souffrance de vraies personnes? Vous semblez répondre oui à cette question. Et, dans les deux cas, tout ce que ces principes amènent, c'est des actions non encadrées parce que menées en cachette et dans la peur de représailles.

    • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 24 octobre 2013 16 h 41

      M. Auclair, tous veulent éviter les souffrances du patient. Certains par des soins palliatifs, d'autres par l'euthanasie. Dans le premier cas, on peut contrôler le degré de confort du patient, dans le second cas, qui le sait? La croyance que le patient ne souffre plus après sa mort repose sur une foi matérialiste selon laquelle il n'y a rien après la mort. Il n'y a rien de scientifique là dedans...

      Pour ce qui est des action non encadrées parce que menées en cachette, devrions-nous offrir le suicide assisté à tous pour ne pas avoir des suicides effectués en cachette?

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 24 octobre 2013 17 h 30

      Mr. Lebel, faut-il vraiment que vous invoquiez toujours cette constitution dans presque tous vos commentaires, peu importe le sujet?

      Cette constitution mal fagotée et paralysante dont les juges et les politiciens fédéralistes se servent allègrement pour bloquer toute décision démocratique prise par les élus du Québec et diaboliser son gouvernement.

      La commission consultative de Mme. Hivon fait consensus et a été déclarée exemplaire par la majorité des intervenants ainsi que des commentateurs politiques des médias, dont ceux du Devoir.

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 24 octobre 2013 10 h 32

    Des chiffres faux...

    Ce qu'il y a d'intéressant, c'est que les chiffres de la Ministre Hivon sont fort contestés et que les personnes du milieu hospitalier savent que l'euthanasie sera proposé avant même que tous les citoyens n'aient accès aux soins palliatifs. Des patients dans une douleur qui aurait pu être soulagé demanderont donc l'euthanasie parce qu'ils n'ont pas accès aux soins palliatifs, comme c'est le cas actuellement.

    Cela démontre mieux que toute les belles paroles pour rassurer la population, qu'une piqure à 10$, comme l'affirmait Paul Saba de la Coalition des médecins pour la justice sociale, a certainement des effets de soulagement. Mais du soulagement de qui ou de quel système parle-t-on?...

  • André Guay - Abonné 24 octobre 2013 12 h 27

    La laïcité c'est aussi ça...

    La laïcité c'est aussi de croire qu’on n’ira pas en enfer si on abrège sa vie. Pourquoi obliger un malade incurable et souffrant à prolonger la terreur de ses derniers instants. Est-ce digne de droguer un mourant à la morphine pendant l’un des moments les plus importants de sa vie? Pour avoir vécu le diagnostic d'un sévère cancer et m'être préparé à mourir, l'idée d'avoir accès à cette possibilité est rassurante pour moi, en cas de récidive. SVP les députés, rangez le crucifix et le petit catéchisme; cessez de croire que vous êtes éternels, que ça ne vous arrivera pas, que vous allez doucement vous éteindre dans votre sommeil parce que vous avez déjà communié à tous les premiers vendredi du mois lors d’un carême.

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 24 octobre 2013 17 h 31

      Superbe commentaire M. Guay.