Point chaud - Nadeau-Dubois règle ses comptes

Gabriel Nadeau-Dubois estime que le « dérapage médiatique » du printemps 2012 apparaît encore plus grand avec le recul.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois estime que le « dérapage médiatique » du printemps 2012 apparaît encore plus grand avec le recul.

Gabriel Nadeau-Dubois le promet, ce sera la dernière fois. Le livre qu’il s’apprête à publier sera son ultime tentative pour se réhabiliter une fois pour toutes, lui, ce « démon » accusé de se cacher derrière son rôle de simple porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) pour éviter de condamner la violence durant le conflit étudiant.

 

« C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai écrit Tenir tête. Le fonctionnement de la CLASSE, y compris mon statut, de porte-parole a été interprété comme une stratégie ou un tour de passe-passe, mais non, ce n’était pas de la poudre aux yeux. C’était vrai. J’espère que ça va être la dernière fois que je vais en parler », a souligné au Devoir,l’ancien porte-parole de la CLASSE, dont l’ouvrage sera lancé jeudi par Lux Éditeur.

 

On sent ce jeune étudiant en philosophie encore quelque peu ébranlé d’avoir été ainsi malmené sur la place publique. « Les nuits de Joseph Facal étaient désormais hantées par les spectres de la révolution du “Kébékistan” »,laquelle, a-t-il vu en rêve, ouvrirait la voie à« l’UPAC, l’Union planétaire anti-capitaliste, à partir de l’axe Mercier-Pyongyang-La Havane »,et où l’on pourrait compter sur le« petit Nadeau-Dubois » pour diriger des camps de rééducation », peut-on lire dans un chapitre où il s’emploie à citer en rafale des extraits des chroniqueurs et journalistes détracteurs du mouvement étudiant.

 

« Il y a tout eu [comme comparaisons]. Le Rwanda, l’ex-Yougoslavie, Cuba, l’URSS, la Corée du Nord, l’Irak, al-Qaïda. C’est incroyable, tous les qualificatifs mis bout à bout pour décrire les étudiants », lance Gabriel Nadeau-Dubois, encore surpris par cette démesure. Pour lui, ce « dérapage médiatique » apparaît encore plus grand avec le recul. « Un an après, quand on relit ça, on se rend compte vraiment qu’ils étaient sur une autre planète ». Même le choix des mots était stratégique et visait à décrédibiliser le mouvement. « Tout le vocabulaire de l’enfant rebelle et de l’enfant roi, et la criminalisation, avec des mots comme voyou, bandit, etc. Ce sont deux champs lexicaux différents, mais qui, au fond, produisaient le même effet, soit de retirer aux étudiants, comme groupe, leur statut d’interlocuteur légitime », analyse-t-il.

 

Thèses et anecdotes

 

Ouvrage hybride écrit principalement dans la campagne de Thetford Mines, d’où vient sa famille, Tenir tête est une sorte d’essai lyrique - « c’est un livre d’une honnêteté totale et j’espère que ça se sent » - où l’auteur mêle les habituelles thèses qu’il défend (la gratuité scolaire, la condamnation du néolibéralisme, etc.) et des anecdotes récoltées dans des moments charnières du printemps 2012 (le vote de grève remporté par 12 voix au cégep de Valleyfield, sa convocation suspecte au quartier général de la Sûreté du Québec, Simon Durivage qui lui raccroche au nez en direct à la télévision…).

 

L’ex-tête d’affiche du mouvement étudiant admet avoir dû parsemer son récit plus sérieux et théorique de quelques tranches de vie plus people, dont il n’a certainement pas voulu abuser. « Au début, je voulais me tenir loin de l’événementiel, mais il y avait tellement de malentendus que ça valait la peine d’en parler », raconte Gabriel Nadeau-Dubois, qui débat maintenant deux matins par semaine à l’émission matinale de Marie-France Bazzo à Radio-Canada. « En l’écrivant, je me suis rendu compte moi-même que [la réalité] était tellement décalée de la propagande qui a été faite, que ça pouvait apparaître invraisemblable. […] Je me suis même demandé si les gens allaient me croire. »

 

Ainsi, dans sa démarche de vérité, ses petits récits de la grève reviennent parfois rappeler certaines choses qu’on savait déjà, comme les tensions entre les différents groupes étudiants et l’improvisation du mouvement de leurs principaux protagonistes. « La fameuse manif contre la trêve, toutes les manifs nocturnes, celle de désobéissance à la loi spéciale et d’autres qu’on ne voyait jamais venir… J’ai l’humilité de reconnaître que ça nous dépassait », admet-il.

 

Mais le livre présente, bien sûr, de l’inédit. Des moments de grâce (à l’AG de Valleyfield, un jeune au style hip-hop est venu, contre toute attente, livrer un touchant discours pro-grève) aux moments de tristesse (on y fait le récit du désarroi des leaders étudiants qui voyaient sous leurs yeux, en direct de l’Assemblée nationale, les députés voter un à un en faveur du projet de loi 78).

 

Contre les libéraux... et la CLASSE ?

 

Gabriel Nadeau-Dubois ne s’en cache pas : le livre est une fronde contre l’ex-gouvernement libéral. « Mais je ne fais pas simplement cette critique au nom de l’augmentation des frais de scolarité, il y avait réellement un projet politique des libéraux derrière ça. »

 

À maintes reprises dans le livre, on remarque, avec plus ou moins d’étonnement, que le jeune auteur essaie aussi de se distancier de certaines décisions ou de critiquer le fonctionnement de la CLASSE, dont il était pourtant le porte-parole. « J’amène des éléments de critiques, mais je pense aussi que c’est une forme d’organisation qui est très bonne », dit-il, indiquant qu’il ne veut pas jouer « à la belle-mère péquiste ».

 

Aujourd’hui, devant une CLASSE redevenue ASSE qui a refusé de participer au débat en ayant choisi de ne pas être du Sommet sur l’enseignement supérieur, il évite de se prononcer, mal à l’aise. « Je ne suis pas un dogmatique de la collaboration ou de la confrontation. Ces décisions-là doivent être prises à la pièce », se contente-t-il de dire.

 

Il y serait sûrement allé, mais c’est par respect pour son ancienne organisation que Gabriel Nadeau-Dubois refuse de participer à la commission d’examen du printemps 2012, présidée par Serge Ménard. Mais aussi parce que le mandat de la commission n’est pas celui de mener une enquête. Ce sera la parole de l’un contre celle de l’autre, déplore l’étudiant de 23 ans. « Le SPVM dit qu’il n’y a pas eu de poivre de Cayenne et les étudiants disent que oui. Mais le poivre de Cayenne, ce n’est pas une opinion ! Pas besoin de chercher loin pour savoir qu’il y en a eu. Allez sur youtube.com », s’exclame-t-il.

 

Visiblement, la poussière n’est pas tout à fait retombée sur les événements du printemps 2012. Et comme d’autres ouvrages ont tenté de le faire, celui de Gabriel Nadeau-Dubois se veut, selon lui, une contribution « à cet indispensable effort de compréhension ».

27 commentaires
  • Marie-Claude Lefrancois - Inscrite 7 octobre 2013 02 h 54

    Les âmes des clameurs capitalisés

    C'est d'une tristesse désolante de voir des jeunes allumés en-dedans, comme Gabriel Nadeau Dubois, devenir soudainement des images de "têtes brûlées" sous les feux incessants des projectiles ou projecteurs. L'idéal en chacun, rarement peaufiné lorsqu'on n'a que 22 ans, se doit d'être protégé. Et un peuple qui éteint cela peut se tirer dans le pied.Surtout à long terme.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 7 octobre 2013 06 h 59

    Post-mortem

    Ce ne fut pas un moment glorieux pour nos chroniqueurs politiques et en premier lieu, Joseph Facal qui doit regretter aujourd’hui sa hargne et son enflure verbale à l’égard de Gabriel Nadeau-Dubois.

    Pour ma part, j’ai toujours admiré la tenacité et le sang-froid de Gabriel Nadeau-Dubois. Imaginez, 20 ans et le Québec tout entier en haleine ! Le mot de Rachid Badouri m’a bien fait rire : « à cet âge, je me jouais encore dans le nez ...».

  • François Dugal - Inscrit 7 octobre 2013 08 h 05

    Extrémiste

    Plusieurs ont qualifié GND d'extrémiste, mais comment ne pas l'être quand on défend l'accès à l'éducation supérieure?

    • Renaud Blais - Inscrit 7 octobre 2013 09 h 59

      Un point de vue critique, même modéré, qui remet en question les privilèges très extrèmes, que l'élite se réserve
      sera inévitablement considéré comme extrémiste, déviant etc.
      Renaud Blais
      Québec

    • lise pelletier - Inscrit 7 octobre 2013 14 h 31

      A démoniser l'extrêmisme comme le font souvent les Tenants du Pouvoir, par médias interposés, leur a laissé à eux toute la place pour nous mentir et nous voler à l'extrême.

      Déjà lu quelque part que l'on doit avoir expérimenté les extrêmes pour enfin trouver la voie du milieu ou l'équilibre.

      Plutôt d'accord avec cette maxime à condition de savoir ne pas demeurer dans ces extrêmes.

      Dans ce sens j'ai confiance que GND sera un leader pour notre jeunesse dans les années à venir.

  • Vincent Bussière - Inscrit 7 octobre 2013 08 h 19

    Jeunesse et espoir

    Gabriel Nadeau Dubois m'a fait reprendre foi en notre jeunesse, c'est un garçon très prometteur et il n'est pas le seul a t'il dit hier soir à '' Tout le monde en parle'', sa pensée est profonde et il s'exprime de façon tellement bien, Bourgault aurait été fier de ce gars là. Il a raison de dire que l'éducation n'est pas un produit comme le lait et que le coût relié à la formation ne doit pas être traité comme le coût des autres produits, l'éducation est primordiale pour une société et voir ce tout jeune homme exprimer et défendre sa pensée raisonable avec une telle aisance me réconforte, Réveillez vous le gouvernement et la justice appuyez ce jeune, surtout ne le détruisez pas. Il est une nette amélioration si on le compare aux jeunes de la révolution tranquille, on était moins dégourdi.Il a seulement 23 ans, Bravo ça donne confiance pour l'avenir.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 octobre 2013 08 h 43

      Bourgault!!!

      Bourgault n'était pas un homme particulièrement à gauche, mais il était farouchement indépendantiste. On pourrait dire tout le contraire de Nadeau-Dubois. Votre compararaison ne tient pas la route, je dirais même qu'elle déraille.. S'il vous entendait il se retournerait dans sa tombe.

    • Marjolaine Gaudreault - Abonnée 7 octobre 2013 10 h 16

      Justement, mon conjoint et moi discutions, suite à l'émission ``Tout le monde en parle`` et de ses débats avec Lise Ravary à l'émission de Marie-France Bazzo le matin que Gabriel Nadeau-Dubois pourrait bien devenir un futur Pierre Bourgault avec sa fougue et son franc parler. Nous aimons bien ce jeune homme courageux et prometteur et s'il le désire, pourrait devenir un leader important dans l'échiquier québécois.

    • Nestor Turcotte - Inscrit 7 octobre 2013 12 h 55

      Gabriel Nadeau-Dubois doit nous dire où il prend son inspiration quand il tient ses propos.

      Est-il dans la mouvance anti-capitaliste? Et quoi suggère-t-il pour le remplacer? Etre «anti», c'est une chose; être pour quelque chose d'autre, c'est bien différent. Et il faut qu'il le dise.

      Quant au reste, il y a des orateurs nés. Bourgault en est un. Je l'ai fort bien connu. A 23 ans, Claude Charron était un tribun. Nadeau-Dubois, parle fort et vite, mais réprend toujours le même refrain. Et il semble qu'il ne soit jamais responsable de ce qui arrive dans notre société...

    • Gaetane Derome - Abonnée 8 octobre 2013 00 h 17

      Je ne comparerais pas GND a M.Bourgault ou autre orateur bien connu.J'ai d'ailleurs un peu de difficulte a saisir dans quel mouvance s'inscrit son discours..Il origine des ecoles privees mais dit etre pour le public..C'est facile pardfois avoir un discours plutot de gauche lorsqu'on a pas connu la pauvrete,ni le vrai travail..
      Je pense que ce que le PQ a decide pour l'education,avec les finances actuelles du Quebec,est tres bien pour les 2 parties.Beaucoup mieux que ce que proposait le PLQ.Et c'est tout ce que le Quebec peut se permettre pour le moment.Et aussi ceux qui paient des impots...

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 7 octobre 2013 08 h 34

    Faut pas charier!

    20 ans et le Québec tout entier en haleine ! Le Québec entier vous exagérer un peu.

    Gabriel Nadeau Dubois n'était pas le seul leader, la seule figure de proue, et deux réalités s'imposent ici.

    Primo, tous les étudiants n"étaient pas en faveur de cette grève, de ce mouvement, , il s'agissait d'une minorité.

    Secundo, plusieurs étudiants et citoyens surtout le voyaient comme un extrémiste, comme le groupe lui-même, et des mails en témoignaient, en plus de son obstination à refuser de condamner la violence d'où qu'elle vienne.

    Peut-être faites vous partie des angélistes, mais les radicaux existent dans la plupart des formations et mouvement: j'avais été abasourdi lors des occupations des Indignés à Montréal, d'entendre à quelqes reprises presque mot pour mot le discours des communistes pour ne pas dire soviétiques des années '50 et '60, et ce dans la bouche des plus jeunes. L'infiltration ça existe. Et les anarchistes ça existe aussi.

    Aussi pour moi, et d'autres sans doute qui ont vécus sous ces régimes dictatoriaux, le carré rouge n'avait rien d'anodin. Mais certains sont sbien naïfs ou ignore l'histoire.

    Et en passant à 17 je suis devenu secrétaire de comté pour le RIN, et membre de l'exécutif de la région de Montréal. Pis après?

    • Cyril Dionne - Abonné 7 octobre 2013 10 h 41

      Je suis d'accord avec Mme Massicotte.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 7 octobre 2013 11 h 20

      Il y aura tjrs des gens pour s'imaginer toutes sortes de choses. Voir de l'infiltration communiste dans l'espoir d'un monde meilleur, c'est très triste.

      Et la façon dont vous utilisez le mot "anarchistes" démontre que vous ne connaissez pas le sens de ce mot. Être anarchiste, ce n'est pas être violent et tout détruire. L'anarchie c'est l'auto-gestion des individus et des peuples. La violence et le désordre, c'est l'image que les médias et les politiciens accolent aux anarchistes pour discréditer cette philosophie trop "dangeureuse". Surtout quand on sait que la violence des manifestations est causée en très grande partie par des agents infiltrateurs du SPVM et de la SQ... C'est très documenté, je vous invite à fouiller sur le sujet.
      Mais de tous temps, c'est la même chose: les rêveurs se font discréditer et la violence de l'État s'auto-justifie en construisant des mensonges. Quel triste monde.

    • Maxime Dion - Inscrit 7 octobre 2013 13 h 08

      @Céline A. Massicotte


      << (...) Plusieurs étudiants et citoyens surtout le voyaient comme un extrémiste...>>

      … en reprenant ce que colportaient les médias populistes…

    • Jacques Boulanger - Inscrit 7 octobre 2013 16 h 24

      L’expression «tenir en haleine» veut dire selon le Larousse et je cite : maintenir en éveil l'attention, la curiosité, l'inquiétude, etc. Et à ce compte, je maintiens que Gabriel Nadeau-Dubois a tenu le Québec en haleine.

      À n’en pas douter par le ton de votre propos que Gabriel Nadeau-Dubois vous a également tenu en haleine, comprendre par là qu’il vous a vraisemblablement inquiétée ou ulcérée.

      Par ailleurs, avouez qu’en termes d’exagération, vous êtes pas mal non plus. Il y a belle lurette (depuis l'effondrement de l'empire soviétique à tout le moins) que communistes ou autres istes du genre ne font plus peur.