La découverte d’une nouvelle drogue de forte puissance sème l’inquiétude

Le SPVM a saisi d’importantes quantités d’ecstasy, d’oxycodone, de speed, de Viagra et de Cialis de contrefaçon et de stéroïdes, certains portant des logos connus, notamment le «F» de Facebook.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le SPVM a saisi d’importantes quantités d’ecstasy, d’oxycodone, de speed, de Viagra et de Cialis de contrefaçon et de stéroïdes, certains portant des logos connus, notamment le «F» de Facebook.

À la suite du démantèlement d’un laboratoire de fabrication d’une nouvelle drogue de synthèse à haut risque, la santé publique et le SPVM mettent la population en garde.

 

Le Desmétyl-Fentanyl est un dérivé d’un anesthésiant, légal celui-là. Selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), cette drogue de synthèse est 40 fois plus puissante que l’héroïne. Elle a même incommodé quatre policiers qui l’ont manipulée dans le cadre de l’enquête. Aux prises avec des symptômes cardiaques, l’un d’entre eux a même dû être transporté à l’hôpital, a révélé le SPVM lors d’une conférence de presse commune avec la santé publique, lundi matin.


Dans le cadre de cette opération, le SPVM a également saisi d’importantes quantités d’ecstasy, d’oxycodone, d’amphétamines, de Viagra et de Cialis de contrefaçon et de stéroïdes, certains portant des logos connus, comme celui de Facebook. Ce qui fait dire au policier Mario Guérin, chef aux services à la communauté de la région sud du SPVM, que « la clientèle cible, ce sont nos ados, nos jeunes ».

 

Des chimistes improvisés

La saisie est historique : les policiers ont trouvé assez de matériel pour la fabrication de trois millions de comprimés de ces différentes drogues. Les deux individus arrêtés s’apprêtaient d’ailleurs à en expédier une certaine quantité aux États-Unis. Ils en auraient également écoulé sur Internet.


Fabriqués par des « chimistes improvisés » dans des « locaux insalubres », ces comprimés étaient vendus dans la rue et dans les bars, selon le SPVM.


« Il en reste sans doute en circulation », avertit la Dre Danielle Auger, de la direction de la santé publique du ministère de la Santé. Elle invite toute personne ressentant des malaises après en avoir consommé à se rendre aux urgences. Elle ne peut indiquer si les hôpitaux ont été confrontés à des cas concrets d’intoxication à cette nouvelle drogue.


Le SPVM et la santé publique en appellent donc à la plus grande prudence.

 

Produits d’exception

Le Desmétyl-Fentanyl, portant parfois la mention « phantom 100 » sur le comprimé, est-il la « réponse » du marché des drogues illicites à la disparition de l’OxyContin ? En mars, la compagnie Purdue Pharma Canada a cessé de fabriquer cet antidouleur, le remplaçant par l’OxyNéo, un comprimé qui, en principe, ne peut ni être réduit en poudre ni injecté, rendant son utilisation illicite moins probable. De plus, le médicament est passé de la liste générale à celle des produits d’exceptions, empêchant les médecins de le prescrire facilement.


En février, les chefs des Premières Nations ontariennes ont averti qu’ils craignaient une véritable crise, puisque de nombreux autochtones du nord de la province, dépendants de l’OxyContin, chercheraient un substitut, et le trouveraient probablement dans des drogues plus puissantes et plus dangereuses.

3 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 14 mai 2013 04 h 29

    Tendances antisociales : capitalisme barbare … et capitalisme sauvage

    Au delà de l’horreur de ses effets antisociaux, on ne peut oublier le fait que cette économie de la drogue associée à l’éthique d’un capitalisme barbare, impliquant une hiérarchie d’acteurs comprenant groupes mafieux, “motards” criminels et gangs de rue, se retrouve sous forme de profits délocalisés dans les paradis fiscaux, en bonne compagnie, avec les flux financiers d’un capitalisme sauvage dont les pratiques antisociales sont plutôt celles de la précarisation ou de la délocalisation des emplois, de la détérioration des conditions de travail et d’un antisyndicalisme militant.

    Si les billets verts du capitalisme barbare et ceux du capitalisme sauvage fraternisent dans des îles reptiliennes aux dents acérées, la Commission Charbonneau est là pour nous rappeler que leurs propriétaires se rencontrent aussi en personne, dans des lieux aussi discrets que sélects, et que leurs affaires les associent à des politiciens qui ont une conception particulière du libéralisme.

    Yves Claudé (@yclaude)

    • Yvan Dutil - Inscrit 14 mai 2013 07 h 09

      Bien sûr, il n'y a pas de problème de drogues en Iran, ou dans l'ancienne Europe de l'est. Il ne faut pas mettre tout sur le dos du capitalisme. Cela ne fait pas sérieux.

    • Julie Blaquière - Inscrite 14 mai 2013 08 h 27

      Pourquoi pas? Il y a aussi des gens "à l'argent" dans ces pays et ça doit être de plus très lucratif à cause des conditions sociales parfois difficiles. Peut-être n'y a-t-il de différence que pour les raisons de se droguerque, pour le plaisir ou pour oublier!