«Avoir peur de la police, au Québec, à Montréal, ça n’a pas de bon sens»

Les organismes réclamant une enquête ont organisé mardi une vigile de douze heures devant les bureaux montréalais de la première ministre Pauline Marois.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les organismes réclamant une enquête ont organisé mardi une vigile de douze heures devant les bureaux montréalais de la première ministre Pauline Marois.

Un an après le matraquage de son fils de 17 ans par des policiers, en pleine manifestation étudiante à Montréal, Suzanne Bilodeau est toujours une mère en colère et solidaire. En colère d’avoir appris à craindre les policiers au lieu de leur faire confiance. Solidaire des revendications de tous ceux qui, comme elle, réclament du gouvernement Marois la tenue d’une enquête publique sur la répression policière du printemps étudiant.

« J’ai eu peur pendant toute l’année 2012 », a raconté Mme Bilodeau mardi devant les bureaux montréalais de la première ministre Pauline Marois, lors de la vigile de douze heures organisée par une soixantaine d’organismes pour que la lumière soit faite sur les agissements des policiers du printemps 2012. « Peur que mon fils revienne d’une manif blessé par les policiers. Peur qu’il soit emprisonné. Arrêté. Avoir peur de la police, au Québec, à Montréal, ça n’a pas de bon sens. »


« Un peu blessé »


Cette peur n’est pas née sans raison. Le 7 mars 2012, alors que le matin Mme Bilodeau avait tout bonnement dit à son fils de 17 ans, étudiant au cégep Édouard-Montpetit, « Bonne manif ! », elle recevait en fin de journée un appel. « M’man ? Peux-tu venir me chercher ? Je suis un peu blessé. »


Un peu ? Il avait le visage tuméfié par des coups de bouclier. La matraque prise en plein ventre et en pleine poitrine. « Il avait été en première ligne, ce qui lui avait valu cette avalanche de coups », a écrit Mme Bilodeau le 7 mars dernier dans une lettre visant à souligner ce bien « triste anniversaire ». « Je n’en revenais pas. Je ne pouvais pas le croire. Je ne comprenais pas. » Lors de cette même manifestation, le jeune Francis Grenier a été blessé au point de perdre l’usage d’un oeil après qu’une bombe assourdissante eut été lancée près de lui. Il poursuit d’ailleurs le Service de police de la Ville de Montréal pour cet accident.


La colère ne s’est pas apaisée. Après avoir elle-même participé ensuite aux manifestations, à l’instar d’autres mères en colère et solidaires, Suzanne Bilodeau affirme avoir constaté combien les policiers, « ceux qu’ [elle] croyai [t] être du côté des bons », faisaient peur aux jeunes. « Aujourd’hui, en 2013, il faut dire aux jeunes : « As-tu tes lunettes de sécurité ? As-tu tout ce qu’il faut pour te protéger ? Ton Maalox ? » Et moi, je n’accepte pas cette réalité de brutalité policière à Montréal. »


Les groupes exigent une enquête indépendante au nom des quelque 3400 personnes arrêtées et de tous ceux qui ont subi des blessures et la violation de leurs droits.

29 commentaires
  • Marie-Chantal Doucet - Abonnée 20 mars 2013 06 h 56

    interroger sa propre colère

    Mon fiston 16 ans, a lui-même été arrêté pendant ces événements. Il a effectivement été témoin de certaines agressivités. Par ailleurs, la violence ne semblait pas ne se trouver que du côté des policiers mais il assistait à une scène enflammée. Depuis, nous lui avons demandé de ne plus participer à ce type de manifestation jusqu'à ce qu'il atteigne la maturité nécessaire. Au lieu de situer continuellement la violence à l'extérieur, peut-être faudrait-il voir de notre côté ce qui produit autant de colère. C'est ça aussi être parent.

  • Luc Normandin - Abonné 20 mars 2013 07 h 04

    Oups!

    Madame Dionne, un état policier se construit sur des gens comme vous!

  • Céline Métivier - Abonnée 20 mars 2013 07 h 37

    Avec une telle violence, la police n'attire pas le respect

    Au commentaire de Carole Dionne, je me dois de réagir. Vous dites que la police doit être respectée. Pour cela, il faudrait qu'elle agisse en conséquence. Or, pour avoir participé à plusieurs manifestations, avant et pendant le printemps érable, la police a vraiment changé de comportement. Au lieu de s'assurer de la sécurité des personnes, maintenant, elle frappe sur n'importe qui. Moi qui suis archi-pacifiste, je l'ai échappé belle le 26 février, mais pas mon amie de 58 ans tout aussi pacifiste qui n'a pu éviter la matraque du policier, alors que la police chargeait la foule sans aucune raison. Comment peut-on être fière de cette soi-disant "belle démocratie", alors que plus de 3400 personnes ont été arrêtées juste parce qu'elles désiraient faire entendre leur point de vue collectivement.

    Je suis fière de tous ces jeunes et moins jeunes qui, malgré les arrestations et la violence policière, continuent à défendre le droit de tous les citoyennes et citoyennes à participer à la vie publique. Et non, je ne suis pas fière du Québec présentement et j'espère que Mme Marois mettra fin à cette orgie de violence policière.

  • Guy Demers - Abonné 20 mars 2013 07 h 52

    Sortir du déni de droit dans notredémocratie et RÉPARER

    Pour la tempête de neige bien annoncée de la fête de la Saint Joseph - le 19 mars - la Ville de Montréal a rangé ses salières.  Pas question de les sortir.  Pas mieux que les automobilistes revenus trop tôt aux quatre saisons cette ville qui donne des ordres à tout le monde !  Un beau CHIARD !  Des autobus en glissade partout !  Sans compter les piétons, jeunes ou vieux, qui n’ont qu’à ne pas sortir de chez eux. Je suppose qu’on garde le sel pour les unités d’intervention « tactiques » de la police, qui peuvent en avoir encore de besoin pour asperger les citoyens qui pensent sortir pour manifester à forte voix, mais tout aussi pacifiquement, contre le désordre établi.  Ces policiers qui ne savent pas distinguer le blanc du noir, dont on voudrait voir une commission d’enquête interroger les comportements pendant le printemps érable de 2012, jusqu’à encore ces derniers temps, et qu’il faudrait mettre au pas de reconnaître ses débordements, les droits de la personne qu’elle bafoue sans rien entendre et la médecine à suivre pour se rétablir en bonne santé.  Aujourd’hui, même si on peut croire que le père Noël est de retour tandis que la ville a rangé ses traineaux, j’en ai encore ma claque au niveau de la « belle province » quand je vois Madame Pauline Marois, la première ministre, ne plus rien voir passer depuis qu’elle s’est fait élire aux dernières élections, elle qui glissait avec un tel plaisir, le sourire aux lèvres, tout l’hiver et le printemps derniers sur les carrés rouges.  Au vestiaire les engagements et les promesses, on va remettre les couvercles sur les casseroles.  Voilà ce qu'on peut entendre.  C’est tu rire du monde encore plus fort que Charest lui-même ? Woo les moteurs !
    Guy Demers - participant à la Vigile du 19 Mars 2013

  • Hélène Dallaire - Abonnée 20 mars 2013 08 h 02

    Et vous, le connaissez vous?

    Et vous Madame Dionne, le connaissez vous vraiment le sens du mot «anarchie» ?