Langue de travail - L’exigence du bilinguisme inquiète la ministre De Courcy

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	La ministre Diane De Courcy et la présidente de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Louise Marchand, ont participé lundi à un colloque sur le français en entreprise organisé par le Conseil du patronat du Québec et l’OQLF.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
La ministre Diane De Courcy et la présidente de l’Office québécois de la langue française (OQLF), Louise Marchand, ont participé lundi à un colloque sur le français en entreprise organisé par le Conseil du patronat du Québec et l’OQLF.

L’exigence du bilinguisme en milieu de travail, qui laisserait sur le carreau des nouveaux arrivants francophones, « inquiète » la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, qui souhaite documenter le phénomène, mais a l’impression nette qu’en cette matière « on est allés un peu trop loin ».

Incapables de trouver un emploi, car leur maîtrise de l’anglais est insuffisante, des immigrants « sélectionnés notamment pour leur maîtrise du français » sont même invités à chercher du travail hors de Montréal pour augmenter leurs chances de succès. « Qu’on en soit rendus à leur suggérer de quitter Montréal pour améliorer leurs perspectives professionnelles parce qu’ils sont faibles en anglais, je crois que nous avons là un problème sérieux », a indiqué lundi Mme De Courcy devant un parterre d’entrepreneurs, lors d’un colloque sur le français en entreprise organisé par le Conseil du patronat du Québec, en collaboration avec l’Office québécois de la langue française (OQLF). « Lorsque le bilinguisme s’installe au travail, pour des raisons qui ne sont pas valables, on s’approche du moment où il s’installera dans la société. »


Avant de préciser pour quelles voies législatives ou réglementaires son gouvernement optera afin d’améliorer la sécurité linguistique et contrer le recul du français confirmé par les données du dernier recensement, la ministre a dit vouloir d’abord mieux documenter l’état des lieux à l’aide d’indicateurs, d’objectifs et de cibles.


Le fait que le bilinguisme soit devenu une exigence de base plutôt qu’un atout ne fera toutefois pas partie du prochain portrait publié par l’OQLF, portant précisément sur la langue de travail, attendu avant la fin de 2012.


« Dans cet état des lieux, on verra si le bilinguisme a progressé à l’intérieur des entreprises, mais quant à l’aspect plus qualitatif, et la sélection à l’entrée sur la base du bilinguisme, malheureusement nos études là-dessus ne donneront pas de réponse exacte », a expliqué Louise Marchand, p.-d.g. de l’OQLF.


Cette question délicate touche un fragile équilibre. « Nous essayons de trouver des solutions qui permettent de ne pas entraver le développement économique d’entreprises qui veulent s’ouvrir vers l’extérieur tout en protégeant le droit des travailleurs de travailler en français, qui est un des piliers de la Charte », ajoute-t-elle.


Du côté des entreprises, on confirme sans ambages la réalité évoquée par la ministre De Courcy, selon laquelle de nouveaux arrivants francophones demeurent sans emploi faute de maîtriser l’anglais. « C’est vrai, il y a des immigrants qui sont sélectionnés à la base, mais qui sont écartés car l’anglais est requis », explique le président du Conseil du patronat qu Québec (CPQ), Yves-Thomas Dorval.


La Charte stipule pourtant qu’il est interdit à un employeur d’exiger pour l’accès à l’emploi ou à un poste la connaissance d’une langue autre que la langue officielle, « à moins que l’accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance » (chapitre VI, article 46).


« Mais un employeur embauche en pensant non seulement à la tâche immédiate, mais au futur, au potentiel du candidat, aux échelons qu’il pourrait gravir dans l’entreprise », explique M. Dorval pour éclairer le fossé entre le texte de loi et la réalité.


Pour le président du CPQ, il y a aussi entre les objectifs louables de la loi et la réalité concrète des entreprises un « équilibre à trouver ». « Si on se place dans un contexte historique de protection du français, je comprends fort bien la notion de sécurité linguistique. Mais partout ailleurs qu’au Québec, l’anglais est primordial, il faut bien l’admettre. »

31 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 30 octobre 2012 05 h 25

    Défendre ou promouvoir le français?

    Les données du dernier recensement en ont amené plusieurs à jeter un regard rapide sur la situation du français à Montréal et à conclure que la solution à l'effritement du tissu francophone résidait dans de nouvelles lois et de nouvelles contraintes qui limiteraient le bilinguisme et l'utilisation de l'anglais à Montréal.
    Il est probable que des efforts de francisation porteraient des fruits, à Montréal. Mais il faudrait dépasser les limites de Montréal si on veut assurer au moins le maintien de la situation présente et éviter un affaiblissement irréversible.

    En matière de promotion de la langue française, il me semble qu'il faut agir autant localement que globalement. Je crains qu'on ne puisse enrayer «l'effritement de la pratique du français» si on ne travaille pas à tous les niveaux à protéger et à promouvoir notre langue. Et dans ces niveaux, j'inclus le niveau fédéral et le niveau international.

    N'oublions pas de noter la statistique particulièrement inquiétante que révèle le dernier recensement. C'est que la proportion de francophones au niveau canadien (18.2 %) est maintenant dépassée par la proportion de citoyens qui ne parlent ni le français ni l'anglais (20 %). Les risques me semblent assez grands que cette réalité refroidisse encore plus l'ardeur des promoteurs du bilinguisme au niveau fédéral, autant qu'au niveau international (oui, il y en a toujours qui croient à la nécessité de maîtriser plusieurs langues et à l'utilité du bilinguisme).

    Il faut craindre à mon avis que le sauvetage du français sur ce continent soit compromis, si le français disparaissait des institutions fédérales, et conséquemment partout asilleurs sur le Continent. Je crois toujours qu'il n'est pas possible de proposer en même temps l'indépendance et l'unilinguisme au Québec et exiger le bilinguisme au niveau fédéral. Il faudrait que nous nous y mettions tous, y compris le gouvernement du Québec, même s'il promet une «gouvernance souverainiste» et pousser, même forcer les élus

  • André Chevalier - Abonné 30 octobre 2012 05 h 35

    L'unilinguisme anglais est favorisé à Montréal

    Voici la position qu'a défendu devant la chambre de commerce de Montréal, en 2010, Javier San Juan, PDG de L'Oréal Canada, au sujet des raisons pour lesquelles Montréal n'est pas incontournable aux yeux de nombreuses multinationales. Un des problèmes serait ce désir de vouloir à tout prix protéger la langue française. «Les gens doivent apprendre le français, mais d'abord pour une question de curiosité intellectuelle».

    Ça dit tout!
    Surtout si on tient compte du fait que L'Oréal, compagnie française, qui, selon son PDG, s'est installée au Québec en profitant du fait francophone, engage à Montréal même des unilingues anglophones, ce qui a comme résultat que la langue commune généralement utilisée à l'interne dans plusieurs départements est l'anglais.

  • Catherine Paquet - Abonnée 30 octobre 2012 06 h 39

    Le dress code de la business woman.

    Surtout ne pas compter sur nos amis français pour combattre l'anglicisation. Voyez la plus récente phrase que j'ai à peu près retenue d'un grand quotidien de Paris. <<La récente fashion week a montré que la business woman ne s'habille pas comme les James Bond girls. Elle se conforme à un dress code qui la différencie même des working girls qui elles ne s'embêtent pas du power dressing>>.
    N'est-ce pas qu'il est loin le temps où on s'offusquait de l'emploi des expressions comme les Tour operators, les transporteurs low cost et le jobs trouvé auprès d'une start-up. Pour votre information que les tweeters on réduit à pvi: Une start-up, est une PME, un petite entreprise, qui démarre.
    Et vous ne voudriez pas que les jeunes apprennent aussi tôt que possible à bien maitriser le français et l'anglais.

    • Christian Fleitz - Inscrit 30 octobre 2012 10 h 14

      La situation de français en France est bien différente de celle du français au Québec. On peut déplorer l'utilisation pour le «fun» d'un ridicule jargon franglais, mais la langue française n'est pas menacée en France. Au Québec, la situation est évidemment très différente: non seulement le français est menacé, mais parfois, et plus grave, il est combattu.
      La réaction pour la défense de la Charte de la langue française est bien tardive, bien peu vigoureuse (du moins encore) et ce n'est pas de défense dont il faut parler, mais de promotion, voire d'imposition dans certains cas.
      Cela n'empêche que la connaissance des langues autres est un atout pour la connaissance de l'ailleurs et des «voisins» de la confédération, mais â partir du moment où la langue d'usage majoritaire dans la province est reconnue comme telle et généralisée.
      Enfin, défendre et promouvoir la langue française doit concerner aussi les francophones, certaines informations précisant un analphabétisme fonctionnel important et une qualité particulièrement médiocre pour une part importante des québécois.

    • Catherine Paquet - Abonnée 30 octobre 2012 11 h 38

      M. Fleitz,
      Il ne suffit pas d'affirmer que la langue française n'est pas en danger en France. Il faut analyser ce que l'on voit et ce que l'on entend.
      Il me semble que de parler français avec des mots anglais ne contrubue pas à la culture francophone. Quand on constate en plus qu'une forte proportion de citoyens et de journalistes ne sait pas utiliser la règle de grammaire qui s'applique aux nombres 20, 100 et mille. Les Français n'ont pas eu à se soucier de savoir si dans deux cents, cent prenait un s ou pas, puisqu'il n'y avait pas liaison à faire. On ne fait donc pas la liaison entre deux cents et euro. ( Oui, la règle veut que cent au plusiel prenne un s). Alors qu'il faudrait prononcer deux cents z'euros, on fait en France comme s'il y avait un h aspiré à euro. On entend donc << deux cents heuros>>, <<cinq cents heuros>>.
      Si vous ajoutez à tout celà le franglais si répandu,, qu'on le qualifie de ridicule ou pas, vous avez raison d'être inquiet.

  • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2012 08 h 00

    Tout à fait d'accord

    Travailler avec le publicc au Québe ne devrait pas nécessiter le bilinguisme.

    • Pascal Normandin - Inscrit 31 octobre 2012 09 h 34

      Bonjour Monsieur Auclair,

      J'imagine que votre position est un principe, et que par définition il devrait être valable partout? Comme chez nous, travailler avec le public en Allemagne ne devrait pas nécessiter le bilinguisme. Ni en Chine. Ni en Russie. Ni en Espagne. Ni au Brésil. Visons un monde meilleur où dans tous ces pays, à l'instar du Québec, des employés de billetterie incluant les aéroports et le métro, du personnel de restauration, et des guides touristiques seraient unilingues.

      La même logique pour les sites web des entreprises du Québec : juste français sous peine de contravention. Faire des affaires avec l'étranger serait passible d'amendes salées.

      Pendant que ces premières lois seraient rapidement mises en vigueur, nous pourrions débuter la construction d'un mur tout autour du Québec, avec des tours de télécommunication pour brouiller les signaux provenant de l'étranger.

      Bravo pour votre intervention inspirante.

  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 30 octobre 2012 08 h 39

    La vie moderne

    Les entreprises qui tirent leur épingle du jeu aujourd'hui sont celles qui peuvent fournir un produit ou un service intermédiaires dans une chaîne de transformation qui peut aussi bien débuter en Chine et finir en Nouvelle-Zélande. Leurs services d'achat, de conception, d'ingénierie, de planification, d'information numérique, de vente doivent sans cesse se coordonner avec les autres maillons de la chaîne, à l'échelle du globe. Cela est aussi vrai pour les petites entreprises que pour les grandes.
    Et les employés en lien avec tous ces intermédiaires ne seraient pas bilingues? Bonne chance!
    Il faudrait peu-être que le PQ redescende sur terre.

    • Christian Fleitz - Inscrit 30 octobre 2012 10 h 21

      Le bilinguisme fonctionnel ne doit pas nuire à la bonne connaissance de la langue majoritaire de la province. La connaissance et l'emploi de cette dernière est un instrument de cohésion pour les québécois et combattre le français, ce qui est le cas dans certains groupes montréalais, est à stigmaliser.

    • Sylvain Auclair - Abonné 30 octobre 2012 11 h 02

      Vous voudriez exiger que les vendeurs sachent le chinois si jamais ils avaient à contacter un fournisseur chinois pour aider un client?

    • André Le Belge - Inscrit 30 octobre 2012 11 h 14

      Tant qu'à faire monsieur Saint-Cyr pourquoi enseigner encore le français? Ne serait-il pas possible de passer directement à l'anglais et en fnir avec le français au Québec? Ça serait bien plus simple, on deviendrait de vrais "Canadians" vivant dans le plussssss beau pays au monde. N'est-il pas?

    • André Chevalier - Abonné 30 octobre 2012 11 h 19

      «Et les employés en lien avec tous ces intermédiaires ne seraient pas bilingues? Bonne chance!»
      ... Le fait qu'une compagnie française installée à Montréal comme L'Oréal dont le PDG dit que la langue française ça ne sert que pour la culture et dont les seuls employés unilingues sont des anglophones, ça ne vous dérange pas?!

    • Sylvain Lavoie - Abonné 30 octobre 2012 13 h 51

      Vous pensez sincèrement que le chinois à 2$/jour sur la ligne de montage ou encore le petit salvadorien qui fabrique des t-shirts chez Gildan parlent anglais ? Je penses qu'il n'y a pas que le PQ qui devrait redescendre sur terre...

    • Cyr Guillaume - Inscrit 30 octobre 2012 16 h 22

      Votre modernisme ou ouverture sur le monde unidirectionnel, j'en ai tellement ras la soupe! C'est tout le temps la même excuse! Les gens comme vous, qui ne supportent pas qu'au Québec on ait le droit de travailler dans sa langue, devrait tout simplement quitter le Québec! J'aime encore mieux monsieur Paquet qui rêve, un peu comme l'a fait Henri Bourassa autrefois de faire un Canada vraiment bilingue(même si selon moi, c'est naif de croire que les anglophones veulent du bilinguisme, surtout à Montréal, ou ils combattent activement ce fait), quitte à être en désacord avec lui, que des gens sans colonnes qui devrait apprendre la définition du mot colonne vertébrale! Merde, à un moment donné accepté le fait qu'au Québec ca se passe en français, sinon allez voir ailleurs! Les entreprises auront bientot à faire avec cette réalité, avec la nouvelle loi-101 du PQ, malgré le contexte minoritaire.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 30 octobre 2012 18 h 23

      Monsieur Saint-Cyr je suis content de lire les reactions a votre commentaire.Je suis bilngue,ma mere de 96 ans aussi .Mais nous exigeons d etre servis en Francais a Montreal ,sur la Rive-sud,bref au Quebec.Et nous n avons pas voter pour le NDP....J-P.Grise