Le franglais: fusionner pour exister

Le rappeur Koriass portant un masque de Guy Fawkes sur la tête à l’occasion d’un spectacle offert dans le cadre des 24es FrancoFolies de Montréal
Photo: Jean-François Leblanc FrancoFolies de Montréal Le rappeur Koriass portant un masque de Guy Fawkes sur la tête à l’occasion d’un spectacle offert dans le cadre des 24es FrancoFolies de Montréal

En préparant le dossier sur le rap québécois paru pendant les FrancoFolies, Le Devoir a constaté que le sujet du « franglais » était l’un des dossiers chauds du moment. Spontanément, le blogueur Frédéric Guindon et les rappeurs Koriass, Imposs et Samian ont souligné cette troisième voie coupant la poire en deux entre le français et l’anglais.

 

Des exemples de franglais ? Un cas extrême, quasiment un exercice de style, est ce refrain de la pièce Snowlove, du rappeur de Québec Maybe Watson. « Le snowlove que tu hustle / show love quand tu shovle / on voudrait tous cuddle dans le lit et puis snuggle / mais faut qu’on déblaye la neige. » Ou alors ce refrain plus modéré du titre St-Eustache, de l’ironique Koriass : « J’pourrais dire que j’suis un thug, que j’viens pas de St-Eustache / Moi j’ai connu la misère, la drogue pis les fiends de crack / j’suis un mean jack, j’braque ton dépanneur avec un ski mask / Moi j’suis moi, la vérité fait peur alors j’la bring back. »

 

Pour Koriass, ce mélange linguistique, « c’est ce qui fait notre identité, ce qui reflète nos influences américaines et françaises, tout s’amalgame. J’aime le bien-parler, c’est important, mais j’aime aussi beaucoup le franglais. » Cette façon de faire devient pour lui la signature de la scène québécoise.

 

Ancien membre du groupe Muzion et vétéran de la scène rap, le rappeur Imposs explique que cette fusion linguistique est surtout possible dans le hip-hop. « C’est la musique la plus vraie, la plus proche du peuple. L’artiste va rapper exactement comme il te parle. Et au Québec, en tant que société, il y a plusieurs Français, c’est une plaque tournante, et tout peut se mélanger. Souvent, y’a des expressions, des slangs, que les artistes vont utiliser, qui vont se retrouver dans leurs textes, et ça, ça devient propre à nous en tant que société québécoise. Je ne pense pas que ce soit quelque chose qu’il faille cacher. »

 

Même que, pour Frédéric Guindon, observateur du rap d’ici, ce franglais est à mettre en avant. « Le rap québécois est devenu vraiment bon quand il a cessé d’être complexé par rapport à la langue anglaise, lance celui qui a récemment mis sur pied le projet J’rappe tout seul quand Jean Narrache, où des rappeurs reprenaient les textes du poète québécois. Le fait de ne pas se forcer à bien franciser leur rap, ça leur donne une liberté ou une façon de s’exprimer qui rend leurs chansons meilleures. Moi qui suis un farouche indépendantiste et un défenseur du français en Amérique du Nord, j’écoute Maybe Watson, des chansons à moitié en français et à moitié en anglais, et je ne pense pas que ce soit une menace pour la francophonie au Québec. Pour moi, c’est la réalité de Montréal. »

 

Et jusqu’où peut-on pousser le mélange ? Imposs tire une ligne simple : la compréhension. « Le but, c’est de communiquer et de te faire comprendre. Va pour les mots anglais, les slangs, mais tu dois pouvoir te faire comprendre par n’importe qui dans la rue. »

 

Des langues menacées

 

Quant au rappeur algonquin Samian, il met le problème de l’anglicisation en perspective. Oui, inquiétons-nous pour le français, dit-il, mais que dire des langues autochtones ? « Ma première langue reste le français, j’y fais attention. Mais l’algonquin est une langue menacée et, malheureusement, il n’y a aucune loi qui protège nos langues autochtones, et elles se meurent. »

 

Existe-t-il du « fralgonquin » ? « Ben ouais ! Les langues autochtones, c’est des langues de bois, alors y’a beaucoup de choses qu’on voit en ville qui ne se disent pas. Par exemple, y’a pas de mot pour “ ordinateur ” ! Alors, quand tu écoutes des discussions en innu, y’a toujours des mots en français qui ressortent. C’est super drôle! Tout le monde peut un peu suivre la discussion. »

  • Yves Côté - Abonné 23 juin 2012 04 h 50

    Tout se vaut-il ?

    Tout se vaut-il ? Voilà la question qui à mon sens doit être celle des artistes québécois en matière de langue d'expression .
    Vos talents valent beaucoup d'argent, vous en êtes convaincus et c'est tout ce qui compte pour vous ? Alors adoptez l'anglais, vendez vos qualités et on n'en parlera plus . Vous serez un ouvrier laborieux du système aveugle qui broit sans scrupule et jamais comme aujourd'hui ceux-là qui ne lui servent pas .
    Vos talents valent beaucoup d'humanité, vous l'espérez et cela vous fait avancer ? Alors adoptez le français, présentez-nous votre poésie, montrez-nous votre coeur et longtemps après votre départ, nous serons émus de vous avoir connu et entendu .
    Parce que vous serez devenu une part importante et intime de notre âme ...
    Faut choisir, parce que pour un ou une francophone, de chanter en anglais et en français n'est rien d'autre généralement que de chercher à se donner bonne conscience d'avoir comme ambition la richesse .
    Toutes les langues ont de la valeur .
    Mais ce n'est pas pour cela qu'il faut chanter dans celle-là qui en arrive à écraser économiquement et médiatiquement toutes les autres du monde . En commençant par celle, toujours autant méprisée, de notre petite société ...
    Du moins, lorsqu'on compte prétendre être un artiste original, et non un des divers représentants de commerce musical qu'on nous impose jusqu'à ce que nous les achetions .
    A bons entendeurs, salut !

  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite 23 juin 2012 07 h 59

    Quota de chansons francphones

    Le pire c'est qu'il suffit qu'une chanson majoritairement en anglais contiennen quelques phrases en français pour que le CRTC la classe automatiquement dans la catégorie des chansons en français ce qui fait qu'une station de radio peut en théorie atteindre son quota de chansons francophones rien qu'avec ce genre de chanson!

  • Denis Paquette - Abonné 23 juin 2012 18 h 37

    La langue d'un tres petit groupe

    Peut etre qu'une nouvelle langue est en train de se former mais il ne faut pas perdre de vues , que comme tous les patoies , elle devient la langue d'un tres petits groupe

  • Bernard Terreault - Abonné 25 juin 2012 08 h 21

    Charrié

    Je ne connais personne qui parle un tel franglais. Ce choix relève du snobisme et pour le rapppeur c'est plus facile de trouver des rimes! J'ai compris le sens des chansons parce que j'ai vécu huit ans aux ÉU, mais ma conjointe n'a rien compris; personne dans ma famille ne parle ainsi, même pas mon frère qui a fait sa carrière en partie en Ontario dans une grande entreprise canadienne, ni mon autre frère qui vit dans le West-Island avec une épouse trilingue d'origine flamande, ni son fils marié à une bllingue (anglo-espagnol!), même pas ma belle-soeur qui passe presque six mois en Floride, ni son fils très "business" et indifférent à tout nationalisme. Personne ne parle une telle langue dans mon quartier non plus. En ressassant mes souvenirs d'enfance, il y a peut-être eu un ou deux oncles irlandais qui baragouinaient ainsi le franglais mais c'est tout, vraiment des exceptions.