Grand tintamarre contre la loi 78 - Les casseroles s’en mêlent

Ils étaient plusieurs centaines à participer hier au tintamarre rue Masson, dans l’arrondissement de Rosemont -La Petite-Patrie, à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Ils étaient plusieurs centaines à participer hier au tintamarre rue Masson, dans l’arrondissement de Rosemont -La Petite-Patrie, à Montréal.

«Ting ! Ting ! Ting ! » L’invitation à se joindre au mouvement « Nos casseroles contre la loi spéciale ! » s’est répandue au cours des derniers jours comme une traînée de poudre dans les réseaux sociaux, si bien que des dizaines de milliers d’indignés ont sorti hier soir leurs ustensiles, puis ont tapé… fort. Des personnes de tous âges - des tout-petits en pyjama enfreignant leur couvre-feu sous l’oeil complice de leurs parents aux mamies en bigoudis - s’en donnaient à coeur joie sur leur balcon ou dans la rue.

« On ne le prend pas, ce n’est pas compliqué ! », a fait valoir Linda Jolicoeur au coeur d’un attroupement de plus de 250 protestataires rassemblés à l’angle des rues Laurier et Fabre, à Montréal. La Loi permettant aux étudiants de recevoir l’enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire qu’ils fréquentent, adoptée la semaine dernière par l’Assemblée nationale du Québec - 68 pour, 48 contre, comme se plaît à le rappeler le premier ministre Jean Charest - restreint sévèrement les libertés de manifestations à leurs yeux. N’hésitant pas à la comparer à la Loi sur les mesures de guerre proclamée durant la Crise d’octobre, Mme Jolicoeur juge la législation « trop sévère », « inutile » et « contribuant à amplifier la rage des gens ». « Je suis sans mot devant l’attitude du gouvernement », a-t-elle ajouté tout en donnant des coups de cuiller de bois sur son ustensile de cuisson.


À 20 h tapantes, des milliers de personnes, comme Linda Jolicoeur, sont sorties à l’extérieur tenant fermement une casserole et une cuiller n’attendant qu’un voisin fasse résonner les premières notes pour à leur tour entrechoquer leurs ustensiles. D’autres « casseroles » se sont agglutinées par dizaines à des intersections animées afin de faire entendre leur grogne à l’égard du gouvernement libéral, avant de mettre le cap vers la 30e manifestation nocturne contre la hausse des droits de scolarité dans le centre-ville.


Du haut de ses six ans, Théo Pelletier et sa soeur cadette, Ève - surnommée affectueusement « Eille » pour sa personnalité affirmée -, ont aussi fait entendre leur mécontentement donnant consciencieusement des coups de cuiller sur leur bol. En milieu de soirée, ils se faisaient tranquillement à l’idée de se mettre au lit regardant avec envie des centaines de personnes défiler à proximité, dans la rue Masson. « Demain ! », a promis papa.


Le mouvement, né vendredi dernier dans les arrondissements Villeray - Saint-Michel - Parc-Extension, Rosemont - La Petite-Patrie, Mercier - Hochelaga-Maisonneuve et Le Plateau-Mont-Royal, embrassait hier soir Ahuntsic-Cartierville, Le Sud-Ouest, Verdun et… Outremont, en plus de la Ville de Québec.


« Tapez dessus avec toute la rage que cette loi spéciale fait naître en vous ! », a lancé sur Facebook l’instigateur du mouvement de contestation, François-Olivier Chené. « J’ai lancé l’invitation sur Facebook dans la nuit de jeudi à vendredi au moment où il y avait les débats sur la loi spéciale. J’ai lancé la bouteille à la mer ne sachant pas qui allait répondre à l’appel », a-t-il expliqué.


Quelque 1000 personnes étaient associées publiquement sur le réseau social au groupe lorsque les premiers coups de casserole ont été donnés vendredi dernier à 20 h. Hier, ils étaient dix fois, vingt fois plus à participer à la démonstration de force aux quatre coins de la métropole.


M. Chené s’est dit « agréablement surpris » de l’engouement populaire suscité par son idée, mais du même souffle ne revendique pas le titre d’« organisateur » de ce tintamarre. « Ce n’est plus du tout de mon contrôle. J’ai lancé l’idée et tous ceux qui étaient intéressés l’ont reprise », a-t-il précisé. Le professeur de science politique au cégep de Saint-Hyacinthe - toujours en grève - a souligné le caractère « accessible » de cette action politique. « Ça permet à tous ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas participer aux manifs nocturnes… Parfois, ce n’est pas rassurant de voir ce qui s’y passe. »

 

« Cacerolazos »


François-Olivier Chené s’est notamment inspiré des dissidents à la dictature chilienne, qui considérait tout regroupement de plus de quatre personnes comme des « attroupements illégaux ». « Évidemment, nous ne vivons pas dans une dictature. Par contre, cette loi-là est un pas dans la mauvaise direction. »


S’ils étaient appelés à faire un maximum de bruit pendant un quart d’heure, plusieurs personnes ont tapé de la cuiller pendant plus de quatre heures à proximité de leur domicile, non sans susciter quelques soupirs d’exaspération de certains de leurs voisins. « Taper sur des casseroles pendant trois heures a un effet positif : c’est ben tripant. En revanche, les effets négatifs : […] on dérange le voisinage, qui se met à nous détester en silence. […] On attire la police. On attire TVA, qui mettra bien vite un micro sous le nez d’un enfant qui pleure et de sa mère paniquée », a souligné Luc Tremblay, sur la page Facebook du groupe avant le coup d’envoi du tintamarre d’hier.

Voici une séquence vidéo tournée par un citoyen, Sydney Wingender, montrant le parcours «casserolesque» de Julien Roche, que l'on voit sur la photo en tête de texte.


 

Manifestation nocturne


Bien que déclarée illégale avant même de s’ébranler, la 30e manifestation nocturne consécutive s’est mise en marche peu avant 21 h sous forte présence policière. La première demi-heure s’est déroulée dans un climat festif et même sous le signe de l’humour, alors que quelques groupes de 49 protestataires sillonnaient les rues de Montréal. Mais, par la suite les choses se sont quelque peu corsées. Les policiers avaient procédé au moment de mettre sous presse à l’arrestation de deux personnes, mais encerclaient quelques centaines de personnes à l’intersection des rues St-Denis et Sherbrooke.


***

Les chauffeurs de la STM mis en garde

« Par mesure de sécurité », le Syndicat des chauffeurs d’autobus et d’opérateurs de métro de la Société de transport de Montréal (STM) presse ses membres de ne pas effectuer d’heures supplémentaires sur une base volontaire afin d’échapper aux opérations de transport des policiers affectés aux manifestations quotidiennes des étudiants opposés à la hausse des droits de scolarité. « Des manifestants ou des émeutiers pourraient associer nos membres au travail policier et les intimider, voire les prendre à partie. À notre avis, le travail de conduire les autobus dans ces circonstances extrêmes appartient aux corps de police », a souligné le président du SCFP 1983, Denis Vaillancourt.
50 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 24 mai 2012 00 h 52

    SPVM : la dérive d’un service de police montréalais, vers une police politique !


    Combien de Montréalais approuvent le détournement du SPVM, qui est en train de changer de fonction, de celle d’un service de police municipale, à celle d’une police politique chargée d’exécuter les basses œuvres d’un gouvernement de la Honte ?

    Les dizaines de milliers de citoyens de tous âges qui ont défilé dans les rues, massivement le mardi 22 mai, et ceux, également très nombreux, qui sont sortis dans les rues de leurs quartiers ce mercredi 23 mai, d’une manière pacifique, dans le tintamarre de leurs casseroles, ont clairement exprimé leur refus de l’arbitraire gouvernemental et d’une répression policière qui est aussi une répression politique.

    Se signalant par un laxisme croissant face aux groupes criminels, le SPVM, assisté par la SQ, et bientôt par la GRC, sans compter les opérations occultes du SCRS, est en train de déraper dangereusement dans une répression inégalée de la jeunesse étudiante, avec de plus en plus de victimes collatérales. Les arrestations de masse, la violence aveugle qui s’abat maintenant sur les passants, dans les bars et restaurants, l’intimidation et les détentions arbitraires de journalistes, tout cela doit cesser !

    Sans être parfait, un certain travail du SPVM avait pu susciter un minimum de respect auprès de la population. Mais il semble que le SPVM soit en train de se discréditer d’une manière irréparable face aux citoyens qui financent ce “service”, alors que le SPVM s’impose à présent par la peur, et non par le respect dû à de véritables agents de la paix.

    J’ai en d’autres temps déploré que des policiers servent de “boucs émissaires” dans l’Affaire Villanueva, je m’indigne à présent du fait qu’ils soient soumis aux ordres d’une répression politique qui est un facteur de désordre.

    Yves Claudé

    • Lorraine Dubé - Inscrite 24 mai 2012 07 h 39

      Monsieur Claudé
      Merci
      Des centaines d’arrestations, dont des protestataires pacifiques à têtes blanches. Les manifestants entourés dès le départ, scénario provoqué par trois ou quatre casseurs.
      Les policiers ont «chargé» les manifestants pacifiques dès qu’ils ont qualifié la manifestation illégale. Aucun issu!

      On observe un gouvernement Charest dépassé par les contestations, et qui ne peut ignorer le mécontentement général envers l’ensemble de sa gouvernance. Il est évident que la mobilisation citoyenne dénonce la loi 78 mais aussi la corruption et collusion « épidémique » au sein de la famille libérale élargie.

      L’ironie de la situation- Il devient malsain que des parlementaires au pouvoir à l’éthique aussi douteuse puissent museler les opposants de leur régime entretenu depuis 2003. Profilage!

      Outrageux que de voir un gouvernement provoquer l’arrestation et mettre à l’amende l’électorat de l’opposition. Jean Charest n’a jamais gouverné en chef d’État, mais en chef de parti. Ce qui n’est pas très «honorable». pour la fonction qu’il occupe. Avec ses méthodes douteuses, la « queue de chemise » conservatrice répressive dépasse…

      Un recul pour la démocratie.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 24 mai 2012 09 h 02

      Ce gouvernement n’a aucune légitimité et crédibilité dans sa prétention de quelque «interventionnisme» au nom de la vertu, du bien commun.

      Jean Charest se comporte en chef de l'opposition, n'assumant pas son rôle de chef d'État et le bilan désastreux de SON gouvernement de statut majoritaire, malgré seulement qu’il ait obtenu 42% des voix. Le PLQ, pourtant champion dans l'art de museler l'opposition parlementaire, se comporte comme le PC ayant obtenu un statu identique avec 38% d'appuis. Des partis symboles de mauvaise foi, mépris, répression et régression à son paroxysme.
      Jean Charest réclamait le pouvoir, «les deux mains sur le volant» , ce pouvoir qu'il avait le culot de prétendre nôtre. Un pouvoir arbitraire. Et ce sont eux qui qualifient leurs adversaires : Radicaux, extrémistes, violents, anarchistes…
      Étouffer la voix contestataire et manipuler l’opinion publique à son seul profit
      « La désinformation est à la démocratie ce que la violence est à la dictature»
      La vraie nature néocolonialiste de ceux qui se prétendent fédéralistes, ces politiciens adeptes de statu quo, les Charest- Harper- Trudeau-Chrétien, soit le clan Desmarais.

      Les élus du parti libéral ne peuvent feindre le constat et ignorer longtemps le peuple qui réclame des élections à coups de casseroles, slogans et affiches. Pour contrer la manipulation qui caractérise ce gouvernement champion des subterfuges, qu'il n'y ait aucun moment pour l'opportunisme!

      Nos élus auront définitivement à débattre de l'urgence de favoriser une représentation juste de la volonté du peuple et dissiper le cynisme, soit la nécessité du scrutin proportionnel et des élections à dates fixes, des enjeux incontournables.

    • Lorraine Dubé - Inscrite 24 mai 2012 09 h 44

      Prise 2- «...Jean Charest n'assumant pas son rôle de chef d'État, et le bilan désastreux de SON gouvernement, de statut majoritaire, malgré qu’il n'ait obtenu que 42% d'appuis.

      Le PLQ, champion dans l'art de museler l'opposition parlementaire, se comporte comme le PC ayant obtenu un statut identique, discrétionnaire, avec seulement 38% d'appuis de la population. Des partis symboles de mauvaise foi, mépris, répression et régression à son paroxysme....

      ...La vraie nature néocolonialiste de ceux qui se prétendent fédéralistes, ces politiciens adeptes du statu quo, soit le clan Desmarais…. »

    • Yves Claudé - Inscrit 24 mai 2012 12 h 11

      Démission de Marc Parent, chef du KGB de Montréal !

      Nous, citoyens et citoyennes de Montréal, nous n’avons pas voté pour que le SPVM, un service que nous finançons, devienne une sorte de KGB, au détriment de la vocation municipale de ce service.

      Exigeons la démission du chef du SPVM, devenu sous ses ordres une police politique, massivement détournée de ses fonctions de protection des citoyens.

      Yves Claudé

  • Line Gingras - Abonnée 24 mai 2012 01 h 19

    De la musique à mes oreilles

    Je ne peux pas m'empêcher de sourire devant ces manifestants qui tapent (assez joyeusement, non?) sur des casseroles. J'aime le côté festif, bon enfant et rassembleur de cette initiative.

    Saviez-vous qu'à Venise, le 11 novembre à la fête de la Saint-Martin, des groupes d'enfants font le tour des commerces, le soir, en tapant sur des casseroles et en chantant une comptine en l'honneur du saint, pour se faire remettre des friandises ou des pièces de monnaie? Une recherche Google («fête de la Saint-Martin») vous permettra de vite satisfaire votre curiosité et votre oreille musicale.

  • Monique Gautier - Inscrite 24 mai 2012 01 h 52

    Colère et casseroles

    Je suis tellement en colère et révoltée face à ce que je viens de voir sur RDI et cutvmontreal.ca/live et lire sur twitter!
    Des policiers s'attaquent aux journalistes, aux jeunes femmes pacifiques, aux manifestants voulant marcher librement. Ils essaient d'empêcher les journalistes de faire leur travail et de filmer leurs mauvaises conduites. Les manifestants ne faisaient rien de mal... ils sont courageux.

    Honte aux policiers de Québec, de Sherbrooke et de Montréal, mais surtout honte à ceux qui ont voté une telle loi!

    Concert de casseroles... pour se faire entendre...il y avait au moins un solo de casserole à Candiac.

  • Claude Simard - Inscrit 24 mai 2012 02 h 09

    New-York

    Support de New-York ;

    https://www.youtube.com/watch?v=cFGTRVuvmGk&feature=relmfu

    Notre Premeir Ministre va avoir un téléphone du gouverneur de l'état .... C'est probablement la première fois qu'un tel grabuge influence les états voisins avec la même désobéissance. Démission par la pression de gouvernements extérieurs??

  • Rosy Cyr - Inscrite 24 mai 2012 03 h 53

    Tintamarre de casseroles...

    Bravo! Depuis le Sénégal, je salue l'idée du tintamarre de casseroles et les manifestations pacifiques contre l'adoption de la loi 78...