Un colloque en anglais sur Charles Taylor

Signe des temps, un colloque international sur l’œuvre de Charles Taylor, organisé par l’Université de Montréal, l’Université Laval et l’Université McGill, se déroule presque exclusivement en anglais.

Le programme est rédigé entièrement en anglais, sauf le titre du colloque, qui est bilingue: Charles Taylor, à 80 ans, un colloque international; at 80, An International Conference. En outre, une table ronde a eu lieu hier soir en français, mais pour un public local. Les 27 conférences réservées aux 400 chercheurs inscrits sont données en anglais, sauf une seule, celle de Dominique Leydet de l’UQAM. Le colloque se tient au Musée des beaux-arts de Montréal; il a débuté jeudi et se termine aujourd’hui.

La manifestation scientifique a par ailleurs reçu une aide financière de 28 800 $ du gouvernement du Québec par l’entremise du Secrétariat des affaires intergouvernementales canadiennes (SAIC) et de son Programme de soutien à la recherche en matière d’affaires intergouvernementales et d’identité québécoise.

Pour le chercheur Daniel Weinstock, de la Chaire de recherche du Canada en éthique et philosophie politique, tout colloque scientifique aujourd’hui, même en philosophie ou en sciences sociales, se déroule en anglais s’il se veut international.

«On peut le déplorer ou voir ça comme un fait», a livré au Devoir l’universitaire, qui est l’un des organisateurs de la manifestation. «Si on veut faire un colloque qui réunit, comme le fait le nôtre, des Allemands, des Indiens, des gens du Canada anglais, des Américains, des gens d’un peu partout au monde, c’est devenu une banalité que la langue d’usage soit l’anglais.»

Le philosophe reconnaît que cet usage exclusif de l’anglais est «une problématique qui est sensible au Québec». Mais pour lui, «mettre le Québec sur un piédestal, c’est faire du Québec le lieu d’un colloque de cette envergure».

Diffuser un programme bilingue — en français et en anglais — pour ce colloque sur Charles Taylor est inutile, selon lui. «Mettre un titre où le mot “religion” est traduit par “religion” ou le mot “langage” par “langue”, ça alourdit le programme et ça n’ajoute pas grand-chose d’autre qu’un élément un peu décoratif», juge-t-il.

Daniel Weinstock a signalé qu’il y a 20 ans, quand il a commencé sa carrière universitaire, la tendance vers l’anglais était déjà marquée. «Elle est devenue irrésistible.» Dans tous les domaines scientifiques, «l’anglais s’est installé» comme langue commune. «Vous savez, maintenant je vais à Paris et je participe à des colloques qui ont lieu en anglais», a relaté le philosophe.

«Je vois plutôt comme un plus le fait que nous avons atteint un point d’équilibre dans lequel il y a une langue internationale de communication scientifique qui se trouve à être l’anglais pour des raisons historiques qui s’expliquent. Ça fait qu’on peut se comprendre entre chercheurs des quatre coins de la terre», s’est réjoui Daniel Weinstock.
10 commentaires
  • Gabriel Gagnon - Abonné 31 mars 2012 10 h 35

    colloque Charles Taylor

    A écouter Monsieur Weinstock, à l'avenir tout colloque international organisé à l'Université de Montréal devrait se tenir exclusivement en anglais, sans doute avec uniquement des chercheurs anglophones. Quelle aberration pour " la plus grande université francophone d'Amérique". Pourtant, fin mai, les Français tiendront aussi, à l'Institut du Monde anglophone, un autre colloque international sur l'oeuvre de Taylor, qui se tiendra exclusivement en français.
    Il est essentiel d'ouvrir un dépat public sur ce problème. Verrons-nous bientôt, Monsieur Weinstock, spécialiste de la religion, organiser, tout en anglais, un colloque international sur l'oeuvre de Fernand Dumont?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 1 avril 2012 16 h 39

      «Pourtant, fin mai, les Français tiendront aussi, à l'Institut du Monde anglophone, un autre colloque international sur l'oeuvre de Taylor, qui se tiendra exclusivement en français».

      Super! pourtant, ce coloque est uniquement présenté par...des chercheurs français! Manifestement, ils n'ont pas écouté votre crainte que les coloques «internationaux» ne soient tenus que par des chercheurs unilingues...

      Pourrait-on tenir un colloque international sur Fernand Dumont avec des participants internationaux? J'imagine que le colloque serait majoritairement en anglais, du moins si on veut que les chercheurs se comprennent, et que le public aussi comprennent leurs travaux, si ces chercheurs sont espagnols, allemands, ou encore indiens, comme pour le colloque dont il est ici question.

  • Jean Lapointe - Abonné 31 mars 2012 10 h 51

    Pour moi ce sont des sottises.

    «Je vois plutôt comme un plus le fait que nous avons atteint un point d’équilibre dans lequel il y a une langue internationale de communication scientifique qui se trouve à être l’anglais pour des raisons historiques qui s’expliquent. Ça fait qu’on peut se comprendre entre chercheurs des quatre coins de la terre», s’est réjoui Daniel Weinstock.»

    C'est incroyable que des gens qui se disent des scientifiques et même des philosophes en arrivent à dire ce que je considère comme étant des sottises .


    Ça donne l'impression que les scientifiques ne veulent travailler que pour eux-mêmes plutôt que de travailler pour l'avancement des sociétés.

    Est-ce que pour se comprendre cela ne doit pas d'abord consister à tenter de saisir ce que chacune des langues exprime comme conception du monde?

    Est-ce que se contenter d'une seule langue sous le prétexte de mieux se comprendre ne risque pas d'appauvrir la recherche scientifique elle-même?

    Est-ce que se limiter à une seule langue de la part des scientifiques ne serait pas favoriser une uniformisation culturelle au lieu de favoriser la diversité, laquelle est indispensable pour qu' un progrès soit possible?

    Est-ce que les scientifiques qui veulent le tout à l'anglais ne favorisent pas la domination du monde par les peuples dont c'est la langue?

    J'ai comme comme l'impression que les scientifiques qui favorisent une telle façon de faire sont tellement préoccupés d'efficacité qu'ils ne prennent pas la peine de réfléchir aux conséquences qu'il y aurait à ce que cela se généralise encore davantage.

    Ne se demandent-ils pas pourquoi ils font ce qu'ils font?

    Est-ce que leur seul rêve serait d'obtenir un prix Nobel?

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 1 avril 2012 16 h 43

      Étrange commentaire, rempli de préjugés me semble-t-il. L'oeuvre de taylor est justement entièrement marqué par ce souci de montre respect et ouverture, «reconnaissance», envers la valeur propre de chaque culture, ce qui a été répété maintes fois durant les présentations.

      Taylor a lui-même choisi de commenter chaque intervention. Il a utilisé le français à de nombreuses reprises, pas suffisamment à mon goût, je le concède, mais cette même tension que vous décrivez a été constaté et discuté.

      J'en ressort avec des questions plus qu'avec des condamnations.

  • Gabriel Gagnon - Abonné 31 mars 2012 10 h 58

    Colloque Charles Taylor

    Je vous ai fait parvenir il y a quelques minutes, un commentaire sur votre article.
    J'ai cependant oublié d'inscrire mon nom.

    Gabriel Gagnon
    Professeur honoraire,
    Département de sociologie,
    Université de Montréal
    514-739-7523

  • Gilles Théberge - Abonné 31 mars 2012 14 h 43

    Quel individu bizarre !

    Quel individu bizarre que ce Weinstock. Je l'entendais récemment chez Bazzo cette semaine, montrer à quel point il ne comprend pas grand chose à ce qui se dissimule derrière le Halal et Cachère.

    On l'entend régulièrement intervenir pour quasiment ridiculiser les craintes de ceux qui pensent que les accomodements deviennent de plus en plus déraisonnables.

    Et volià qu'il fait maintenant tance ceux qui pensent qu'une langue quand on l'a perdu il est rare qu'on puisse la retrouver.
    Comme si on ne pouvait pas réfléchir d'une manière féconde dans sa propre langue. D'autant que la nôtre, la française, s'enracine profondément dans une grande culture universelle.

    Il faudrait peut-être rappeler à ce personnage qui s'attribue sans vergogne le titre de philosophe, cette pensée justement d'un philosophe, un anglais de surcroît.

    GB Shaw en effet, il n'y a pas plus Britannique, disait qu'il y a deux sortes de gens : il y a ceux qui voient les choses comme elles sont et se demandent pourquoi, et ceux qui voient les choses comme elles pourraient être, et qui se disent pourquoi pas.

    Manifestement la deuxième catégorie de personnes est parfaitement inaccessible à ce monsieur Weinstock qui semble plus fermé à la société à laquelle il appartient, que sage.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 1 avril 2012 16 h 48

      Vous n'avez manifestement jamais lu Weinstock ou Taylor!

      L'essentiel du colloque portait sur les articulations interculturelles et les défis que cela engagent.

      Vous avez tout de même raison de dire qu'ils ne pensent pas constamment en termes d'idéaux, mais d'abord en termes de reconnaissance de la réalité, de la phénoménalité du monde, de la façon dont il nous apparaît avant que nous tentions de le créer selon nos caprices. Cela n'empêche pas de vouloir l'orienter (c'est aussi l'essentiel de l'oeuvre de Taylor), mais au moins le fait de tenter de comprendre la réalité protège de ne vouloir y plaquer que des lubies.

  • Francois_mtl - Inscrit 31 mars 2012 17 h 37

    Qui est Daniel Weinstock

    Pour ceux qui appréhendent la pensée de M. Weinstock en croyant d'emblée que ses interventions médiatiques n'ont pour but que d'endormir les québécois face aux accommodements dé-raisonnables, cet article ajoute une pierre à l'édifice de leur paranoïa identitaire, en le posant en défenseur de la suprématie de l'anglais.

    Pourtant, pour ceux qui prennent la peine de considérer l'œuvre de M. Weinstock dans son ensemble et de bien écouter ses arguments (sans lui prêter une intention cachée nécessairement délétère pour l'identité québécoise), se rendent aisément compte que M.Weinstock est plutôt un défenseur de l'identité québécoise ET de la langue française. Simplement, il est réaliste et admet qui faut choisir ses combats. Qu'est-ce à dire ?

    Par exemple, si la journaliste qui rapporte ici les propos de M.Weinstock (sans les interpréter et vraisemblablement en ayant orienté la discussion en ce sens pour lui mettre les mots dans la bouche) s'était intéresser au contenu de la conférence sur Charles Taylor plutôt que de juger d'emblée qu'il n'y avait là rien d'intéressant puisque celle-ci se déroulait en anglais, elle aurait réaliser qu'il y avait là tout ce qui intéresse le débat identitaire québécois : la place de la laïcité, la nature de la laïcité, l'intégration des immigrants, la sécularisation dans l'histoire occidentale et les différentes formes qu'elle prend à travers le monde, comment comprendre et appliquer la sécularité dans un univers de pluralisme religieux, comment se construit notre identité, etc.

    Bref, bien que ce déroulant en anglais, loin de vouloir enterrer le français comme une vieillerie inutile à laquelle les québécois serait inutilement attachés, cette conférence nous aide plutôt à définir, dans la langue commune de la recherche internationale, comment justement préserver l'identité québécoise dans un monde dominé par l'anglais.

    C'est d'ailleurs à l'image de la pensée de

    • Gilles Théberge - Abonné 1 avril 2012 22 h 05

      «Bref, bien que ce déroulant en anglais, loin de vouloir enterrer le français comme une vieillerie inutile à laquelle les québécois serait inutilement attachés».

      C'est exactement ce que dit Weinstock. Son pays c'est le Monde et sa langue c'est l'anglais. Je ne vois pas comment on peut mieux parler des deux côtés de la bouche en même temps.

      Et en matière de biaisage votre propre propos l'est, vous qui interprétez nettement l'intention de Dutrisac quand vous écrivez : «si la journaliste qui rapporte ici les propos de M.Weinstock (sans les interpréter et vraisemblablement en ayant orienté la discussion en ce sens pour lui mettre les mots dans la bouche) s'était intéresser au contenu de la conférence sur Charles Taylor » je me demande bien qu'est-ce que vous êtes en train de faire ? !

      Le propos de l'article c'est de metre en exergue la pensée d'un Weinstock qui n'a certainement jamais lu les propos de Lafforgue en disant le contraire : http://www.ihes.fr/~lafforgue/textes/pourlascience

      Ni vous non plus semble-t-il et je trouve cela bien dommage.