Logement: les enfants victimes d'une discrimination croissante
L'exclamation de Pierre Marois avait les accents d'un cri du coeur: «Où est-ce qu'on s'en va comme société? Est-on en train de devenir une société complètement égoïste?»
Le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse cachait mal son indignation hier, en conférence de presse, devant un phénomène qui se mêle à l'actuelle crise du logement: le rejet des familles qui ont des enfants.
La Commission a épluché 2000 petites annonces et la preuve s'étalait, éclatante: on ne compte plus les gens offrant leur appartement à des couples, ou des personnes seules, ou des gens de plus de 55 ans. D'autres y vont plus directement en spécifiant tout de go «sans enfants». Toutes précisions pourtant interdites par la Charte québécoise des droits et libertés.
«C'est un phénomène de société qui devient inquiétant», constate M. Marois. Et qui ne s'arrête pas qu'aux propriétaires. Même des locataires ne veulent pas d'enfants dans leur voisinage. Croire qu'un enfant, ça dérange, c'est devenu «une réaction naturelle, un réflexe», même «un comportement qui s'enracine», dénonce le président.
Il en a donné pour preuve une publicité télévisée du Journal de Montréal où un homme d'un certain âge maugrée contre le bruit sourd causé par des enfants qui sautent sur un lit, à l'étage au-dessus de lui. L'homme en conclut qu'il doit déménager. La Commission a écrit à la direction du Journal pour souligner qu'une annonce de ce type ne fait que renforcer les préjugés. «Il faut se ressaisir comme société!», lance M. Marois.
La Commission a déjà prévenu les associations de propriétaires du problème. Elle entend maintenant rencontrer les responsables du service des petites annonces des journaux pour rappeler quels sont les droits fondamentaux. Si cette approche s'avère insuffisante, la Commission n'exclut pas de recourir à ses pouvoirs d'enquête et aux procédures judiciaires.
Les appels à propos de la discrimination dans le logement ont d'ailleurs augmenté à la Commission. «En trois mois — mars, avril, mai —, on a atteint presque le nombre total de plaintes enregistrées de 1999 à 2001», a indiqué M. Marois. Actuellement, la Commission reçoit quelque 35 appels par jour à ce sujet et a mis en place un mode de traitement rapide des dossiers.
Les propriétaires ne sont-ils pas libres de choisir à qui ils loueront? «On vit dans une société libre, mais ce n'est pas la liberté du renard dans le poulailler!», a rétorqué M. Marois. La discrimination dans le logement existait même en période de surplus de logement, touchant les plus démunis, a-t-il dit, citant une étude réalisée par la Commission en 1997. La pénurie actuelle a non seulement aggravé le problème, mais «la discrimination s'exerce de façon beaucoup plus ouverte que dans les années précédentes», déplore-t-il.
Pierre Marois croit par ailleurs que le Québec «est sur le bord d'une cassure socio-économique». Car la croissance fulgurante de la construction immobilière au Québec correspond au déclin du nombre de logements à prix abordable, ce qui laisse sur le carreau bien des ménages. «Le marché est devenu discriminatoire de façon systémique: il ne se corrigera pas de lui-même», en conclut M. Marois.
Dans ce contexte, il croit donc essentielles les mesures d'urgence adoptées par le gouvernement du Québec en vue du 1er juillet. Mais il estime tout aussi indispensable de situer la crise du logement dans la vaste perspective du projet de loi contre la pauvreté qui doit être discuté à Québec cet automne.
Le Frapru (Front d'action populaire en réaménagement urbain) se réjouissait hier de cette vigoureuse sortie de la Commission. Mais même si tous les problèmes de discrimination étaient réglés, il manquerait toujours des logements bon marché dans les grandes villes du Québec, notait la porte-parole Lucie Poirier. D'où l'insistance de l'organisme pour la construction de logements sociaux.
Hier, l'Association provinciale des constructeurs d'habitation du Québec — qui réclame plutôt des mesures fiscales — corrigeait d'ailleurs à la hausse le nombre de logements qui manquent à Montréal pour rétablir un marché en équilibre. Elle l'estime maintenant à 13 000 plutôt qu'à 9000 il y a quelques semaines.
Par ailleurs hier midi, une semaine après la mise en place de son centre d'urgence, la Ville de Montréal avait reçu 1350 appels à l'aide. De ce nombre, 500 ménages ont été rencontrés et 280 ont reçu un supplément au loyer pour les aider à assumer le coût d'un loyer du marché privé.
Le président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse cachait mal son indignation hier, en conférence de presse, devant un phénomène qui se mêle à l'actuelle crise du logement: le rejet des familles qui ont des enfants.
La Commission a épluché 2000 petites annonces et la preuve s'étalait, éclatante: on ne compte plus les gens offrant leur appartement à des couples, ou des personnes seules, ou des gens de plus de 55 ans. D'autres y vont plus directement en spécifiant tout de go «sans enfants». Toutes précisions pourtant interdites par la Charte québécoise des droits et libertés.
«C'est un phénomène de société qui devient inquiétant», constate M. Marois. Et qui ne s'arrête pas qu'aux propriétaires. Même des locataires ne veulent pas d'enfants dans leur voisinage. Croire qu'un enfant, ça dérange, c'est devenu «une réaction naturelle, un réflexe», même «un comportement qui s'enracine», dénonce le président.
Il en a donné pour preuve une publicité télévisée du Journal de Montréal où un homme d'un certain âge maugrée contre le bruit sourd causé par des enfants qui sautent sur un lit, à l'étage au-dessus de lui. L'homme en conclut qu'il doit déménager. La Commission a écrit à la direction du Journal pour souligner qu'une annonce de ce type ne fait que renforcer les préjugés. «Il faut se ressaisir comme société!», lance M. Marois.
La Commission a déjà prévenu les associations de propriétaires du problème. Elle entend maintenant rencontrer les responsables du service des petites annonces des journaux pour rappeler quels sont les droits fondamentaux. Si cette approche s'avère insuffisante, la Commission n'exclut pas de recourir à ses pouvoirs d'enquête et aux procédures judiciaires.
Les appels à propos de la discrimination dans le logement ont d'ailleurs augmenté à la Commission. «En trois mois — mars, avril, mai —, on a atteint presque le nombre total de plaintes enregistrées de 1999 à 2001», a indiqué M. Marois. Actuellement, la Commission reçoit quelque 35 appels par jour à ce sujet et a mis en place un mode de traitement rapide des dossiers.
Les propriétaires ne sont-ils pas libres de choisir à qui ils loueront? «On vit dans une société libre, mais ce n'est pas la liberté du renard dans le poulailler!», a rétorqué M. Marois. La discrimination dans le logement existait même en période de surplus de logement, touchant les plus démunis, a-t-il dit, citant une étude réalisée par la Commission en 1997. La pénurie actuelle a non seulement aggravé le problème, mais «la discrimination s'exerce de façon beaucoup plus ouverte que dans les années précédentes», déplore-t-il.
Pierre Marois croit par ailleurs que le Québec «est sur le bord d'une cassure socio-économique». Car la croissance fulgurante de la construction immobilière au Québec correspond au déclin du nombre de logements à prix abordable, ce qui laisse sur le carreau bien des ménages. «Le marché est devenu discriminatoire de façon systémique: il ne se corrigera pas de lui-même», en conclut M. Marois.
Dans ce contexte, il croit donc essentielles les mesures d'urgence adoptées par le gouvernement du Québec en vue du 1er juillet. Mais il estime tout aussi indispensable de situer la crise du logement dans la vaste perspective du projet de loi contre la pauvreté qui doit être discuté à Québec cet automne.
Le Frapru (Front d'action populaire en réaménagement urbain) se réjouissait hier de cette vigoureuse sortie de la Commission. Mais même si tous les problèmes de discrimination étaient réglés, il manquerait toujours des logements bon marché dans les grandes villes du Québec, notait la porte-parole Lucie Poirier. D'où l'insistance de l'organisme pour la construction de logements sociaux.
Hier, l'Association provinciale des constructeurs d'habitation du Québec — qui réclame plutôt des mesures fiscales — corrigeait d'ailleurs à la hausse le nombre de logements qui manquent à Montréal pour rétablir un marché en équilibre. Elle l'estime maintenant à 13 000 plutôt qu'à 9000 il y a quelques semaines.
Par ailleurs hier midi, une semaine après la mise en place de son centre d'urgence, la Ville de Montréal avait reçu 1350 appels à l'aide. De ce nombre, 500 ménages ont été rencontrés et 280 ont reçu un supplément au loyer pour les aider à assumer le coût d'un loyer du marché privé.
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