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Saison touristique cahoteuse - Les touristes étrangers se font rares au Québec

Clairandrée Cauchy   11 août 2003  Société
Touristes sur le parvis de la basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Outre le cas particulier des pourvoiries, la diminution du nombre de touristes se fait surtout sentir à Montréal et à Québec où on accueille traditionnellement le plus de t
Photo : Jacques Grenier
Touristes sur le parvis de la basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Outre le cas particulier des pourvoiries, la diminution du nombre de touristes se fait surtout sentir à Montréal et à Québec où on accueille traditionnellement le plus de t
Guerre en Irak, SRAS, vache folle, virus du Nil, ralentissement économique aux États-Unis, tous les astres sont réunis cet été pour une saison touristique pour le moins cahoteuse au Québec, avec en prime un soleil qui se montre avare de ses précieux rayons.

De tous ces facteurs, c'est le SRAS qui semble avoir nui le plus à la saison touristique. L'épidémie a frappé dans la Ville reine en plein au moment où les touristes internationaux planifiaient leurs vacances. «Pour les étrangers, tout est près au Canada. Plusieurs Européens pensent faire le circuit Chutes du Niagara-Montréal-Québec, Gaspésie en une journée ou presque. Alors pour eux, Toronto, c'est à côté», explique la directrice générale de l'Association des hôteliers du Québec (AHQ), Micheline DeGongre-Royal. Elle constate que l'industrie vogue de péril en péril depuis le 11 septembre 2001. «On n'a jamais rattrapé ce qu'on avait alors perdu. La situation cet été a aussi un effet à la baisse sur le prix des chambres, déjà très concurrentiel par rapport aux prix des États-Unis.»

Dans le secteur des pourvoiries, qui attire habituellement entre 10 000 et 12 000 Américains principalement dans le nord du Québec, l'embargo sur l'importation de ruminants pèse lourd. C'est que les douaniers américains bloquent aux frontières notamment le caribou, le cerf et l'orignal. «Depuis deux mois, c'est le branle-bas de combat pour convaincre les autorités américaines de lever partiellement l'embargo, dans le cas du gibier sauvage, pour que les chasseurs puissent rapporter leurs prises», explique Philippe Saint-Pierre de la Fédération des pourvoiries du Québec. Ses membres font face à des taux d'annulation pouvant aller jusqu'à 30 %, ce qui signifie des pertes importantes alors que les voyages coûtent en moyenne entre 4000 $ et 6000 $ pour une semaine ou moins. «On estime que 700 à 1000 emplois sont menacés, sur les 5000 personnes qu'embauche l'industrie.»

Chez Artic Adventure, un pourvoyeur qui travaille en collaboration avec les Innus dans la Baie d'Ungava, l'embargo découlant de la crise de la vache folle vient amplifier une situation déjà difficile. «Déjà on avait environ moitié moins de chasseurs avec l'insécurité entourant la guerre en Irak», souligne Stephen Ashton. Après une tournée téléphonique de ses clients, il estime que des 140 irréductibles qui avaient réservé, une trentaine annuleront leur séjour si l'embargo n'est pas levé d'ici à la mi-août. La compagnie qui exige le paiement des forfaits en devises américaines écope aussi en raison du taux de change. «En juin, le même dollar américain me donne 15 % de moins une fois changé en argent canadien qu'en avril», fait observer M. Ashton, qui dit n'avoir jamais dû faire face à autant de facteurs négatifs en même temps.

Particulièrement à Montréal et Québec

Outre le cas particulier des pourvoiries, la diminution du nombre de touristes se fait surtout sentir à Montréal et à Québec, là où l'on accueille traditionnellement le plus de touristes étrangers. «Il y a eu plusieurs annulations de tours, principalement parmi les clientèles qui proviennent des États-Unis, d'Europe et du Japon», constate Mme DeGongre-Royal, qui évalue la diminution d'achalandage à environ 10 % au Québec, avec cependant d'importantes variations selon les établissements et les régions.

Même si les touristes internationaux ne représentent normalement que 15 % de la clientèle, leur absence peut tout de même faire mal à l'industrie. «Ils dépensent deux à trois fois plus que les Québécois. Ils représentent environ 30 % des retombées économiques, puisqu'ils fréquentent davantage les hôtels, les restaurants et magasinent plus», souligne le professeur titulaire de la Chaire de tourisme de l'Université du Québec à Montréal, Michel Archambault.

À Montréal, environ les deux tiers des touristes proviennent de l'extérieur du Québec, comparativement à un tiers dans la Capitale et environ 10 % dans les autres régions. Parce qu'ils n'étaient pas nombreux au rendez-vous ce printemps, l'industrie touristique estime avoir perdu entre avril et juin 45 millions en dépenses directes, sur un total annuel qui oscille habituellement autour de deux milliards. «Et on sait que le mois de juillet est aussi en baisse, même s'il est trop tôt pour avancer des chiffres», précise le vice-président marketing de Tourisme Montréal, Pierre Bellerose.

Avec l'annulation de nombreux tours organisés d'Américains et d'Européens, la présidente de l'Association hôtelière régionale de Québec, Natacha Desbiens, constate qu'il sera difficile pour plusieurs employés saisonniers d'accumuler suffisamment d'heures pour avoir droit à l'assurance-emploi.

Attirer les Québécois

Pour les commerces qui comptent habituellement sur une clientèle étrangère importante, il n'y a pas cinquante-six mille solutions pour sauver la saison touristique: il faut attirer les Québécois.

Un pari qui n'est pas toujours aisé. «Le Québécois voyage chez lui, mais il ne veut pas payer cher. Les gros hôtels s'en ressentent davantage que les petits qui réussissent à compenser avec les Québécois», croit Mme DeGongre-Royal. Elle constate aussi que les clients québécois réservent à la dernière minute, marchandent davantage et privilégient des excursions d'une journée, notamment en raison du temps, de quoi donner des sueurs froides aux gens de l'industrie.

«On travaille plus fort pour arriver à peu près au même résultat, on augmente les heures d'ouverture, cela peut même aller jusqu'à des réductions de prix», résume le fondateur du regroupement des commerçants du Vieux-Montréal, Éric Luksenberg, qui dit observer une baisse d'environ 25 % du nombre de touristes qui fréquentent le quartier.

Le propriétaire de deux restaurants situés dans le Vieux Montréal, Le Saint-Amable et Le Homard fou, doit modifier ses menus pour satisfaire la clientèle québécoise. «Au lieu d'être des restaurants à menus d'exceptions, en servant du homard pas exemple, on va vers des choses plus susceptibles d'aller dans les menus de tous les jours.» Il s'agit selon lui de la pire année touristique en 20 ans dans le quartier.

Tous ne réussissent pas avec brio le virage vers la clientèle québécoise. À l'hôtel Grey Rocks, situé près du Mont-Tremblant dans les Laurentides, on n'a pas réussi à compenser en juillet l'absence des Américains. «Il manque tellement de touristes, les prix sont très avantageux, il y a des promotions partout. Nos prix sont trop élevés pour attirer les Québécois», constate Kelly Orr, directrice du marketing au Grey Rocks.

Le taux de change avantageux pour les voyageurs québécois aurait aussi affecté la clientèle ontarienne. «Plusieurs Ontariens qui étaient restés au Canada depuis deux ou trois ans ont décidé d'aller aux États-Unis», fait valoir Mme Orr. L'hôtel affiche une diminution de 25 % à 30 % de sa clientèle pour le mois de juillet. Une consolation cependant: août s'annonce comme l'an dernier.

Si certains hôtels peinent à attirer davantage de Québécois, les campings eux ont toujours la cote, malgré un mois de juillet plutôt pluvieux. On s'achemine vers une hausse de 4 % ou 5 % du nombre de nuitées, selon le président de Camping Québec, Jean-Claude Saint-Amant, lui-même propriétaire d'un terrain à l'île d'Orléans.

«Nous avions beaucoup d'appréhension au début de l'été, avec le SRAS, le Nil. On craignait aussi que le taux de change n'incite les Québécois à retourner davantage aux États-Unis. Cela ne semble pas avoir été le cas», affirme M. Saint-Amant. Certes, le mauvais temps décourage temporairement les campeurs qui n'ont pour seul abri qu'une tente de nylon, mais ils ressortent avec le soleil.

Trait de caractère des gens de l'industrie ou signe avant-coureur d'une éclaircie, plusieurs des personnes interrogées ont bon espoir que les touristes seront au rendez-vous pour le mois d'août et la saison des couleurs automnales. «Les gens restent plus près de chez eux, réservent moins longtemps d'avance et partent moins longtemps, mais ils voyagent plus fréquemment», explique Johanne Pelletier de Tourisme Québec. L'organisme gouvernemental a revu à la baisse au début de l'été ses prévisions de recettes touristiques pour l'année 2003, passant d'une estimation de 8 % à 2 %, mais on ne pense pas devoir sortir l'encre rouge.
Touristes sur le parvis de la basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Outre le cas particulier des pourvoiries, la diminution du nombre de touristes se fait surtout sentir à Montréal et à Québec où on accueille traditionnellement le plus de t Même si les touristes internationaux ne représentent normalement que 15 % de la clientèle, leur absence peut tout de même faire mal à l’industrie, puisqu’ils engendrent environ 30 % des retombées économiques.
 






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