Immigrants illégaux en Arizona - La quasi impossible traversée du désert de Sonora

La récente loi anti-immigration adoptée par l’Arizona fait en sorte que les immigrants illégaux passent par des chemins de plus en plus dangereux, et éloignés des points d’eau, pour tenter d’entrer aux États-Unis. <br />
Photo: Agence France-Presse (photo) La récente loi anti-immigration adoptée par l’Arizona fait en sorte que les immigrants illégaux passent par des chemins de plus en plus dangereux, et éloignés des points d’eau, pour tenter d’entrer aux États-Unis.

Tucson — Le 1er septembre dernier, il faisait très chaud à Tucson, dans le sud de l'Arizona: 42,2 degrés Celsius, peut-être même quelques degrés de plus sur le territoire voisin de la nation amérindienne tohono o'odha. C'est le jour où Josue Oliva devait terminer le périple de 2560 kilomètres, entrepris depuis le Honduras, pour rejoindre sa femme Beth, citoyenne américaine et étudiante en médecine, et ses deux enfants, Fiorella et Dangello, à Oklahoma City.

Quelques mois plus tôt, Josua Oliva avait été déporté des États-Unis, après un léger accident de voiture ayant mis au jour son statut d'immigrant illégal. En effet, en vertu des nouvelles lois américaines, Josua Oliva devait se soumettre à de longues procédures de naturalisation malgré son mariage à une citoyenne américaine.

Impatient de retrouver sa famille, Josua Oliva faisait partie d'un groupe de vingt immigrants qui avaient choisi de traverser illégalement la frontière américaine par le désert de Sonora ce 1er septembre dernier. À court d'eau sous le soleil tapant, le jeune père a rempli sa gourde d'une eau destinée à un troupeau de bétail. Quelques jours plus tard, on le retrouvait mort.

«Humane Borders s'est fait refuser à plusieurs reprises la permission d'établir un point d'eau sur le territoire de la nation tohono o'odam. Or, il est impossible de transporter une quantité suffisante d'eau sur soi pour effectuer ce périple à travers le désert», dit Juanita Molina, directrice de l'organisme Humane Borders, qui établit des points d'eau pour venir en aide aux immigrants illégaux qui traversent le désert pour entrer aux États-Unis.

Selon Juanita Molina, la récente loi anti-immigration adoptée par l'Arizona fait en sorte que les immigrants illégaux passent par des chemins de plus en plus dangereux, et éloignés des points d'eau, pour tenter d'entrer aux États-Unis.

«Les agents des douanes disent qu'il y a moins de personnes qui tentent de traverser, mais nous ne voyons aucune baisse dans le nombre de personnes qui meurent dans le désert durant leur périple», dit-elle. Bon an, mal an, on trouve quelque 150 cadavres d'immigrants illégaux ayant tenté la traversée du désert de Sonora, à la frontière du Mexique et de l'Arizona.

Au mois de juillet, le gouvernement fédéral des États-Unis invalidait certains aspects de la nouvelle loi anti-immigration de l'Arizona, considérée jusqu'alors comme la plus dure des États-Unis contre les immigrants illégaux. Si certains aspects de la loi ne sont donc pas encore appliqués en raison de cette injonction, la nouvelle loi a tout de même pour effet d'établir un climat de terreur dans la communauté hispanique de l'État, qui représente environ 30 % de la population. Il est désormais interdit pour un entrepreneur d'employer des travailleurs illégaux. Et la gouverneure de l'Arizona, Jan Brewer, affirme n'avoir pas encore dit son dernier mot sur l'invalidation des autres articles de sa loi, ceux qui, par exemple. autorisaient les policiers à interroger n'importe qui sur son statut, que ce soit parce que cette personne ne recycle pas ses ordures ou pour toute autre offense mineure. Dans sa version initiale, la loi faisait aussi des sans-papiers des criminels d'État.

«C'est une politique de la peur», dit l'avocat Paul Eckerstrom, qui a d'ailleurs lancé ces derniers mois le mouvement Start Our State, qui vise rien de moins que la sécession de l'État de l'Arizona, pour créer un nouvel État au sud, le 51e du pays, qui s'appellerait Baja Arizona. «Nous sommes passés du statut d'État parmi les plus progressistes des États-Unis à celui de l'un des pires», dit-il. «Cela crée aussi un climat de haine», dit B. Loewe, de l'organisme National Day Laborer Organization Network, qui résiste contre les lois anti-immigration à travers les États-Unis. Plusieurs membres de la communauté hispanique d'Arizona choisissent de fuir ce climat malsain. Dans la ville de Tucson, par exemple, largement hispanophone, on rapporte que des quartiers entiers se sont vidés après l'adoption de la loi.

«Il y a des gens qui ne veulent pas travailler dans le climat instauré par cette loi, qui donne des pouvoirs aux employeurs face à une population vulnérable», dit B. Loewe. D'autres, cependant, décident de rester et de combattre, et B. Loewe se plaît à dire qu'il se crée aussi des solidarités, pour réveiller un vaste mouvement américain pour les droits humains.

La loi anti-immigration de l'Arizona a cependant déjà fait des petits. En Alabama, entre autres, l'État vient d'adopter une loi encore plus sévère que celle de l'Arizona contre les immigrants illégaux, qui est également contestée par le gouvernement fédéral.

Par ailleurs, l'attitude du gouvernement fédéral dans ce dossier est paradoxale, explique B. Loewe. «D'une part, ils contestent les lois des États, d'autre part, ils poussent les programmes liés au contrôle de l'immigration. Ce qui permet à certains policiers de dire qu'ils n'ont tout simplement pas besoin de la loi», dit-il.

Quant aux organismes qui viennent en aide aux immigrants qui tentent de traverser le désert, ils observent de plus en plus d'illégaux provenant de beaucoup plus loin que le Mexique voisin.

«Encore récemment, nous avons trouvé deux jeunes frères de 13 et 17 ans, en provenance du Honduras, qui avaient fait du stop et marché jusqu'ici pour travailler et tenter de payer les soins de santé de leur mère», dit Juanita Molina. Or, plus les immigrants proviennent de loin, plus ils sont fatigués et en mauvaise santé quand vient le moment de traverser le désert. Et plus leurs chances d'y rester sont grandes.

3 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 12 novembre 2011 12 h 08

    El Norte !

    Avant on passait par de longs tunnels remplis de rats. Aujourd'hui on marche des milliers de milles sous un soleil de plomb, dans l'un des pires déserts de la planète et tout ce que les États du Sud des USA font c'est de bannir et criminaliser davantage les immigrants sans-papiers. Pourtant les États frontaliers du Mexique sont des anciens territoires mexicains conquis par les USA au prix du sang. Dans plusieurs de leurs villes aujourd'hui encore, la majorité de la population est hispanophone.

    Je suis déjà allé à la frontière entre Ciudad Juarès et El Paso avec CISO (Centre international de Solidarité ouvrière). J'ai rencontré les mexicains qui habitaient à la frontière, tout le long de la barrière électrifiée. Les gens d'ailleurs s'alimentaient en électricité en se connectant directement sur la barrière. Il y avait en fait une double barrière de chaque côté du Rio Grande (ou Rio Bravo du côté mexicain), un ruisseau brûnâtre, hyperpollué, qui coule entre le Mexique et le Texas, à cet endroit. On pouvait voir de l'autre côté des barrières, les gardes frontières armés qui patrouillaient régulièrement en Jeep.

    J'ai demandé à l'un des habitants, un bon gros mexicain moustachu, s'il était possible de traverser la frontière, malgré toute cette surveillance. Il m'a répondu qu'il l'avait fait à plusieurs reprises, qu'il avait de la famille aux USA et qu'il avait travaillé illégalement dans des manufactures, genre «maquiladora», comme il y en a tant du côté de Ciudad Juarès. J'ai ensuite osé lui demander comment il avait fait pour traverser sans se faire prendre. Sans me donner de noms ni d'endroits, il m'a confirmé qu'il y a un réseau bien implanté de passeurs, des dizaines de tunnels sous la frontière et des accompagnateurs de l'autre côté. C'était en 1998. Ça peut-être changé depuis, mais d'après cet article j'ai l'impression que la situation s'est plutôt détériorée.

  • Caroline Dubois - Inscrit 18 novembre 2011 11 h 57

    Clandestins au Mexique/USA: Deux poids deux mesures

    Gilbert Talbot a écrit: "Pourtant les États frontaliers du Mexique sont des anciens territoires mexicains conquis par les USA au prix du sang."

    Monsieur, je comprend votre sympatie pour les mexicains du nord, ils sont bien sympatiques, mais je crois que vous vous êtes fait monté la tête par ceux-ci. Moi aussi j'y était en 1998, à ce même endroit.

    Oui les américains ont gagnés cette guerre, maintenant ce territoire fait parti des États-Unis, et si les mexicains veulent tant y aller, c'est justement parce que ce n'est plus le Mexique (Pas d'emplois, guerre des narcos, sous-développement, corruption, etc.) Le mexicain est un être de contradictions. Extrêmement orgueuilleux et nationaliste et toujours en train de blâmer les États-Unis pour tous ses problèmes. Il déteste les gringos, mais serait prêt à n'importe quoi pour aller y vivre. S'il vous plaît n'embarquez pas dans tout leur baratin.

    Concernant les moyens que les clandestins prennent pour traverser l'autre côté, oui la situation s'est aggravée depuis 1998. Les clandestins sont victimes des cartels de la drogue, qui se spécialisent aussi comme passeurs et traffiquants d'être humains.

    Personne ne peut traverser l'autre côté du Rio Bravo sans avoir à passer par leurs "services", qui ne sont pas gratuits. Des milliers de gens de l'Amérique Centrale traversent le Mexique chaque année et sont victimes de ces gangs. Ils se font kidnapper en échange de rançons et disparaîssent souvent au Mexique avant même de pouvoir atteindre le "rêve américain". Des dizaines de corps de clandestins d'amérique centrale sont retrouvés dans des fosses communes un peu partout au Mexique. Pour les femmes c'est particulièrement dangereux et je ne rentrerai pas dans les détails, car je crois que vous savez de quoi je parle.

    L'État mexicains ne protègent pas ces pauvres sans-papiers qui transitent sur leur territoire, mais exigent toute sorte de privilèges pour les mexicains clandestins aux

  • Caroline Dubois - Inscrit 18 novembre 2011 16 h 57

    Les clandestins sont bien mieux traités aux États-Unis qu'au Mexique.

    Mon message a été coupé. Je continue:

    L'État mexicains ne protègent pas ces pauvres sans-papiers qui transitent sur leur territoire, mais exigent toute sorte de privilèges pour les mexicains clandestins aux États-Unis. C'est de l'hypocrisie. Les clandestins d'Amérique Centrale sont bien mieux traités aux États-Unis qu'au Mexique. Au Mexique ils sont traités en sous-humains, ce sont des âmes perdues anonymes, que leurs familles ne reverront probablement jamais. Seuls quelques religieux essaient d'aider un peu ces gens-là à survivre durant leur dangereuse traversée du Mexique.