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Annulation du Grand Prix 2004 - Une course à fond de train contre les lois antitabac

Brian Myles   8 août 2003  Société
Image du passé, le Grand Prix du Canada?
Image du passé, le Grand Prix du Canada?
La mise à mort du Grand Prix du Canada a confirmé hier que le magnat de la F1, Bernie Ecclestone, est engagé dans un bras de fer sans merci contre les lois antitabac adoptées dans le monde occidental.

Montréal vient de goûter à la même médecine que la Belgique, dépossédée de l'épreuve de Spa cette année après la décision du gouvernement d'interdire la commandite de tabac. Ironie du sort, les Belges pourraient retrouver leur Grand Prix après que Bruxelles a annoncé son intention de créer des mesures d'exception pour accommoder la F1.

Ces mesures risquent cependant de faire long feu. L'Union européenne prévoit interdire la publicité sur le tabac sur tout son territoire dès 2005.

La France et l'Angleterre sont les premiers pays à avoir muselé les fabricants de tabac. À Magny-Cours et à Silverstone, les voitures et les combinaisons des pilotes étaient dénudées de publicités faisant l'apologie du tabac. Il s'agit là des seules exceptions tolérées sur le circuit, les écuries ayant accepté de se plier aux lois. La F1 pouvait difficilement bouder la France, le fief du constructeur Renault, et l'Angleterre, château fort de McLaren.

Le promoteur du Grand Prix de Montréal, Normand Legault, nourrit l'espoir que les écuries acceptent de courir à Montréal comme elles le font à Magny-Cours ou à Silverstone, sans commandite. Il a invité hier les constructeurs, en position de force, à faire pression sur Bernie Ecclestone afin qu'il revienne sur sa décision.

En raison du resserrement des lois antitabac dans le monde occidental, les constructeurs sont devenus les principaux bailleurs de fonds du cirque de la F1, y injectant environ 1,5 milliard de dollars par année. La Fédération internationale de l'automobile (FIA) estime à environ 350 millions de dollars américains le poids des fabricants de tabac dans tout le sport automobile, la part du lion revenant bien sûr à la F1.

M. Legault s'est abstenu de critiquer la loi antitabac adoptée par le Canada en 1997. Il n'entend faire aucune pression sur le gouvernement.

Grâce de sept ans

Le Grand Prix a déjà bénéficié d'un délai de grâce de sept ans, a-t-il dit. Les gouvernements se sont montrés on ne peut plus raisonnables.

Cet assouplissement n'avait pas empêché Player's, propriété de Imperial Tobacco, de céder son rôle de commanditaire principal au profit d'Air Canada dès 1998. Imperial Tobacco avait vite compris que le mouvement antitabac ne pouvait être freiné.

Bien assis à la tête de Formula One Management, Bernie Ecclestone peut se permettre le luxe d'une fuite en avant.

Dès 2004, la Chine et Bahreïn accueilleront des épreuves de F1 et pourraient être rejoints en 2005 par la Russie et la Turquie. L'Inde aspire également à obtenir un Grand Prix. Tous ces pays possèdent deux points en commun: ils n'appartiennent pas à l'Union européenne et ils affichent en matière de tabac une tolérance désinvolte.

Un trou de 80 millions

Pour Montréal, la disparition du Grand Prix se traduit par un trou d'environ 80 millions de dollars en retombées économiques et la perte de l'une de ses plus précieuses vitrines internationales.

Au plus fort de la «Semaine du Grand Prix», du jeudi au dimanche, les 64 hôtels de la métropole affichent des taux d'occupation «de 95 % à 100 %», affirme William Brown, vice-président de l'Association des hôtels du Grand Montréal. La mort du Grand Prix constitue une surprise pour M. Brown, une fatalité dictée par la valse des milliards contre laquelle les hôtelliers ne peuvent guère batailler.

Le porte-parole de l'Association des marchands de la rue Crescent, où se tiennent la plupart des festivités parallèles au Grand Prix, évalue les pertes à 16 millions de dollars pour les seuls commerçants de ce bout de macadam, entre le boulevard René-Lévesque et la rue Sherbrooke.

M. Legault a confirmé que l'impact économique pour Montréal sera très prononcé.

Il ne conserve qu'un «mince espoir» de ramener les rugissants bolides à Montréal.






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