Polémique dans les réseaux sociaux - L'humour d'une marque de bière soulève l'ire des internautes

La vague morale en format numérique n'a déferlé que 48 minutes, mais assez hier pour faire flancher la brasserie Licorne Québec qui produit désormais à Saint-Hyacinthe la bière Boris. Sous la pression des internautes, l'entreprise a dû retirer une blague de sa page Facebook, blague à saveur littéraire étrangement jugée de très mauvais goût par la communauté numérique. Une réaction jugée démesurée par plusieurs observateurs de la nouvelle socialisation numérique et à laquelle le fabricant de bière a toutefois répondu avec un brin d'ironie.

«C'était un message d'humour qui nous ressemble parce que nous aimons être rebelles et mordants, a indiqué hier au Devoir Michel Godin, fondateur de la marque Boris. Pour certains, c'était un message de mauvais goût. Il y a tellement d'angles pour faire rire les consommateurs que nous n'avons pas décidé d'insister: le message a été retiré.»

On résume. En après-midi hier, sur sa page Facebook, Boris s'adresse à ses fans avec la phrase suivante: «L'alcool tue lentement... mais on s'en fout parce qu'on est pas pressés!» (sic). La formule, exposée sans référence, est tirée de l'oeuvre du dramaturge et romancier français Georges Courteline. Elle a aussi été reprise par les Bourvil et Fernandel à une autre époque.

La réplique est instantanée. En quelques secondes, des dizaines d'internautes dénoncent la teneur du propos. «C'est à la limite de l'irresponsabilité!», dit un gars. «De très mauvais goût et très déplacé», ajoute une fille. «Statut [nom donné aux messages dans Facebook] totalement irresponsable», poursuit un autre humain branché. Les jugements moraux en format 2.0 se transportent même sur Twitter où plusieurs autres internautes relaient ce qu'ils considèrent comme odieux. Un seul se démarque avec un commentaire dans la marge: «C'est drôle, des gens qui suivent une marque de bière dans Facebook. Bizarre», écrit-il.

«L'humour est-il encore possible dans notre société?, se demande l'ex-publicitaire et professeur de marketing à HEC Montréal Jean-Jacques Stréliski. Nous sommes là devant une réaction surdimensionnée qui confirme que nous sommes entrés aujourd'hui dans une idiocratie: la liberté d'expression est désormais sous le joug de groupes de pression qui sont paradoxalement responsables d'actes de censures comme celui-là, parce qu'ils sont les seuls à s'exprimer. Ceux qui aiment ce genre d'humour se taisent» et les réseaux sociaux donnent de la distorsion à l'ensemble.

Malmenée pendant quelques minutes dans les espaces numériques, la bière Boris a toutefois décidé de prendre toute l'aventure avec philosophie. Après avoir retiré la citation littéraire et litigieuse, l'entreprise a envoyé à ses admirateurs en ligne un nouveau message — «une tempête dans un verre de Boris», pouvait-on lire — avant de leur offrir, en guise d'excuses, la vidéo de la chanson Loving you, interprétée par Minnie Riperton, un classique du répertoire populaire et lénifiant datant de 1975.
7 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 13 septembre 2011 07 h 15

    Éternel combat

    C'est l'éternel combat entre les bien-pensants et les tenants d'un libre discours. Je me souviens d'une éditrice qui avait rejeté mon manuscrit parce qu'un personnage, selon elle, renforçait un stéréotype négatif. Je lui avais répondu que la "bien-pensance" n'est jamais loin de la censure. Elle remplace la religion en ce qu'elle permet aux donneurs de coups sur les doigts de sévir. Les réseaux sociaux sont merveilleux pour cela...

  • Martin Dufresne - Abonné 13 septembre 2011 11 h 14

    Comment couvrir un faux pas

    La citation de M. Streliski est le plus joli exemple d'enflure verbale que j'aie lu depuis belle lurette. Et penser que "les gens qui aiment ce genre d'humour se taisent" - oh, le classique appel du pied à la majorité silencieuse... -, c'est ne pas avoir assisté à un spectacle d'humour "beauf" depuis très longtemps.

  • ataboudi - Inscrit 13 septembre 2011 11 h 58

    Idiocratie?

    Pour ma part, je ne suis pas abonné aux marques sur facebook je préfère m'en servir, comme pour twitter, afin de m'informer de se qui se passe plutôt que de savoir qu'elle est la dernière nouveauté d'une compagnie qui voudrait économiser ainsi sur son budget de mise en marché. Mais je trouve déplorable que le ''politicaly correct'' envahisse le monde numérique.

    Cette blague est de bon goût selon moi, sans pour autant être mémorable, elle reste moins hypocrite que les autres messages de grands brasseurs/ distilleries qui nous rappellent qu'ils souhaitent que nous consommions responsablement.

    Si certaines oreilles sensibles ne sont pas prêtes à entendre la vérité, qu'elles se trouvent dérangé et menacé par si peu. . . ne lisez surtout pas ce qui suit. Je fais des dons de charité, mais je ne dirai jamais que c'est par bonté pur et simple, c'est pour obtenir des déductions sur mon rapport de taxes sur le revenu.

    Une marque ne devrait pas avoir a protéger son image à se point. À censurer tout ce qui sort des sentiers battus. . . on finira par perdre la liberté de penser, l'originalité et la créativité qui fait de nous des êtres humains.

    Suivant cette logique ''idiocratique'' je souhaite la bienvenu à tout les flash pubs qui savent me rappeler que si j'abuse de l'alcool, les femmes seront attiré par moi, je serai rafraîchi et hydraté et tout les problèmes du monde cesseront d'exister immédiatement.

    Malheureusement personne ne s'est jamais opposé aux pubs de M***son Dry ou de B** light sous prétexte que: ce n'est qu'une illusion bâti de toute pièces, ça envoie une image qui crée des stéréotypes et complexes à 90% de la population qui voudraient mais ne correspondent pas à cet idéal et, en plus, c'est le même message qu'on répète encore et encore saison estivale après saison estivale abrutissant les téléspectateurs petit à petit.

  • Jacques Morissette - Abonné 13 septembre 2011 12 h 40

    Nouveau paradigme?

    Le fond de cette affaire, ce n'est pas nécessairement l'humour déplacé. En gros, il y a des changements de paradigmes dans l'air. Cet humour correspond en tout point à celle un peu dépassé qui consiste à penser que le plaisir passe par une certaine façon superficielle de voir la vie. L'autre jour, dans Le Devoir, je disais dans un autre article que le 11 septembre 2011 nous fait de plus en plus prendre conscience que la vie n'est pas nécessairement ce que certains proposent dans la course à la croissance. Dorénavant, dans l'inconscient collectif, la croissance est peut-être un cheval dont la population aimerait bien dire son mot.

  • 1bernard1 - Inscrit 13 septembre 2011 15 h 39

    Franchement

    Ben voyons donc, lachez-nous avec vos grandes théories. L'alcool tue
    c'est sûr (cela vous dérange que l'on vous le rappel), lentement aussi pour la plupart. Brassens aurait pu écrire cela dans une de ses chansons et on l'aurait bien rit. Un peu de souplesse d'esprit mille sabords. Le glissement à droite de la pensée sociale devient inquiètant, très inqui;tant.