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Funérailles à la basilique pour un athée

Clairandrée Cauchy   18 juin 2003  Société
Pierre Bourgault 1934-2003
Photo : Jacques Grenier
Pierre Bourgault 1934-2003
Les funérailles de Pierre Bourgault auront lieu samedi, à 11h30, à la basilique Notre-Dame, conformément à ses dernières volontés. Pour la première fois de son histoire, la Basilique sera l'hôte d'une cérémonie laïque, dite civique, afin de respecter les convictions de Pierre Bourgault, connu pour être un athée convaincu.

«C'est une chose exceptionnelle», explique le responsable de la basilique, Mgr Bigras, qui a rencontré hier des représentants du Parti québécois pour discuter de la cérémonie.

L'homme d'Église voit tout de même dans le choix de M. Bourgault l'expression d'une certaine «inquiétude religieuse». «Il savait ce que c'était Notre-Dame. Quand on entre dans cette église, c'est pas seulement parce que c'est sculpté en bois, il y a toute une atmosphère qui se dégage de la décoration typiquement religieuse.»

Il ne s'agira pas de funérailles nationales, selon la décision prise hier par le gouvernement. Contrairement aux funérailles d'État, organisées comme leur nom l'indique pour les hommes d'État, les funérailles nationales sont réservées aux personnalités ayant marqué la société québécoise et la vie politique. Jean-Paul Riopelle s'était vu attribuer cet honneur l'an dernier.

Les témoignages ont continué d'affluer hier pour saluer le départ du grand homme. Les députés de l'Assemblée nationale ont adopté une motion rendant hommage «à son apport exceptionnel à la société québécoise». Le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry a cité en Chambre une phrase que Pierre Bourgault avait prononcée de son lit d'hôpital: «"L'indépendance pour une nation, c'est de voler de ses propres ailes" Je vais moi-même, avec des millions d'autres, consacrer une grande partie de mes efforts civiques et de citoyen pour faire en sorte qu'une des dernières phrases de Pierre Bourgault concernant notre patrie se réalise et qu'un jour le Québec vole de ses propres ailes.»

Le premier ministre Jean Charest, qui a avoué avoir été la cible de commentaires très durs de la part du polémiste, a lui aussi salué la mémoire du fervent indépendantiste. «C'était un homme qui, sur le plan intellectuel, était formidable, mais il y avait derrière ça des émotions d'une force inouïe, et, en ce sens là, le Québec aura grandi grâce à Pierre Bourgault.»

Le chef de l'ADQ a quant à lui salué le «communicateur», qui «aura été une des figures de proue de la défense du français au Québec».

Avant d'entrer à sa réunion de cabinet, le premier ministre Jean Chrétien a lui aussi rendu hommage à Pierre Bourgault, admettant à la blague avoir perdu un électeur potentiel lundi avec la mort du journaliste et polémiste.

«Il avait dit récemment qu'il allait voter pour moi parce qu'il était très content» de la position du Canada au sujet de l'Irak, a-t-il affirmé.

Évoquant sans les nommer certains leaders souverainistes qu'il a eus comme opposants, le premier ministre a lancé: «Au moins, il était clair, il n'était pas confus, lui. Il n'essayait pas de trouver des formules pour embêter les gens: il était séparatiste et il n'était pas offensé quand on lui disait ce qu'il était.»

Avec la Presse canadienne






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  • Jocelyn Drouin
    Inscrit
    mercredi 18 juin 2003 09h12
    Paradoxes
    Nous sommes chacun de nous le produit de notre culture et de ses paradoxes. Monsieur Bourgault, même dans la mort, est le reflet profond de notre société qui se veut laïc (et athée pour lui-?- mais branché sur le religieux ou plus précisément le sacré (un lieu ayant un caractère sacré dans ce cas-ci)lorsque vient les moments de passages importants comme la mort.

    Que veut-il vraiment signifier par le choix de la Basilique Notre-Dame? Il aurait été le seul à pouvoir y répondre clairement. Plusieurs tenteront sûrement de trouver sens à ces dernières volontés, mais cela risque de demeurer au stade de la pure spéculation intellectuelle.

    Pour moi, il y a derrière cet évènement une bonne part de questionnement sur la place et l'expression du religieux dans une société qui se fuit à elle-même. Le rapport paradoxal actuel des Québécois en ce sens est majeur.

  • Louise Craig
    Abonnée
    jeudi 19 juin 2003 15h05
    Cherchez l'erreur
    Je lisais dans Le Devoir du mercredi 18 juin 2003 que le gouvernement libéral de Jean Charest avait décidé que M. Pierre Bourgeault n'aurait pas de funérailles nationales puisque celles-ci «sont réservées aux personnalités ayant marqué la société québécoise et la vie politique». Cherchez l'erreur.
    Alain Senécal, Montréal.

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