«Comment se fait-il qu'ils ne soient pas là?» - La Déclaration de Montréal tient du programme politique

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Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pompiers

Et si les jeunes étaient des acteurs majeurs dans la vie montréalaise. Réalité ou fiction? Le Forum jeunesse célèbre un dixième anniversaire.

Seraient-elles et ils en campagne électorale? Car, conjointement, ils ont signé une déclaration qu'on pourrait croire similaire à un programme de parti déposé en vue d'une élection prochaine. Et les actions qu'ils entendent mener couvrent presque tous les secteurs de la vie montréalaise.

Ce qu'ils veulent: rien de plus que de poursuivre un juste combat «pour une région riche de sa diversité et socialement juste, pour une région de savoirs, pour une région vibrante de ses arts et de sa culture, pour une région économiquement durable, pour une région en santé et en action, pour une région à l'échelle humaine, pour une région citoyenne». Et le texte conclut par ceci: «Nous voulons une région forte, ouverte sur le monde, bâtie sur son héritage et sa relève, un milieu de vie dont nous sommes fiers.»

Déclaration

C'était le 3 avril 2004 et à l'Université du Québec à Montréal se tenait Événement régional jeunesse, le quatrième d'une série de rendez-vous annuels, dans le cadre duquel allait émerger une première mouture de ce qui est aujourd'hui connu comme la Déclaration de Montréal. Et, depuis lors, la tradition est toujours maintenue et les rencontres printanières se succèdent.

En ces occasions, les jeunes se donnent un programme d'action pour discourir en vue de l'établissement d'objectifs communs (et une année, même, c'était en 2007, quand la session se déroula à l'Institut d'hôtellerie, il ne fallut pas se surprendre que le débat portât alors sur l'alimentation et la nutrition). Et les secteurs touchés sont nombreux: culture, diversité, entrepreneuriat, participation citoyenne, vie publique, intégration, bref, tout ce qui touche le cadre de vie, qu'elle soit quotidienne, économique ou politique.

Et, cette année, c'est un dixième anniversaire qui est souligné par le Forum jeunesse de l'île de Montréal, car tel est le nom de l'organisme dont il est ici question, une initiative encadrée par la Conférence régionale des élus de Montréal.

Évaluations

Couramment, quand on parle des jeunes, et ces jeunes ici ont de 12 à 30 ans, on parle presque d'une «génération perdue». À l'école, ils «décrochent». Dans le monde politique, ils font fi d'une démocratie à la George W. Bush: ils et elles ne votent pas, ou si peu en nombre, car ils sont moins de 30 % à déposer un bulletin de vote aux élections municipales. En affaires, ils osent peu et le discours courant établit que l'avenir de Montréal est loin d'être rose, car 70 % des dirigeants de ces PME qui sont le moteur économique de la région craignent de ne pouvoir trouver succession à la tête de leur entreprise. Et d'autres de dire qu'ils ne lisent plus et se désintéressent de tout ce qui ne les touche pas directement.

Et si on leur donnait un monde qui soit leur, car, pour qui les fréquente, il y a motif d'espérance: «Il y a des gens qui rapportent qu'ils ne sont pas engagés et qu'ils sont individualistes; c'est faux. C'est bouillonnant de voir le nombre de ceux-ci qui circulent et qui participent chez nous. On sait qu'ils sont présents dans les réseaux sociaux et on travaille donc avec ceux-ci; ils ne sont pas dans les lieux où les plus âgés, où les vétérans sont habitués d'être, et on se demande: "Comment se fait-il qu'ils ne soient pas là?" Ils sont là autrement et on les retrouve dans les réseaux sociaux; ils sont dans les aventures du mobile, ils sont ouverts sur le monde, ils ont des amis partout sur la planète et ils sont extrêmement vivants. Je me considère comme tellement chanceuse d'être entourée, à la CRÉ, de toute cette mouvance de jeunes-là.» Et, pour Marie-Claire Dumas, directrice générale de cette CRÉ, la Conférence régionale des élus, il faut donner aux jeunes des lieux d'ancrage.

Occasions

Car sommes-nous en culture qu'il faille constater qu'il est difficile pour tout nouveau venu, qu'il soit un individu ou un organisme, d'émerger. Ainsi, en ces temps où l'expression «réduction des dépenses» a priorité sur des mesures d'expansion, il est difficile de percer: des programmes soutiennent les nouvelles initiatives, mais les budgets permis sont légers; et inscrire un nouveau lieu ou un projet d'envergure est quasi impossible si l'objectif recherché est plus la création que la rentabilité.

Et ailleurs, si on proclame que le Québec est une terre d'accueil, ce qu'un dernier rapport statistique confirme, il reste encore à mettre en place des mécanismes qui permettront d'intégrer pleinement les nouveaux arrivants dans des postes décisionnels: on ne peut pas se satisfaire du fait que pour eux ne soient réservées que des occasions dont le grand nombre ne veut plus! Et, en affaires comme en société, il ne suffit pas d'avoir des connaissances, il faut aussi vivre au coeur de réseaux qui donnent l'occasion de les exploiter.

Il semblerait que ce soit là, en ces secteurs, des priorités que ce Forum jeunesse veut se donner. Et l'organisme s'appuie sur 500 regroupements de jeunes pour rejoindre doublement le Montréal quotidien: d'un côté, les jeunes, de l'autre, les institutions en place. Et, à une petite échelle, cela fonctionne quand l'un ou l'une venu du monde des arts se trouve un emploi qui correspond à sa situation ou quand un autre devient un acteur de la vie politique.

Toutefois, on se devra d'admettre que, à voir qui se retrouve normalement en affiche ou en manchette, il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir proclamer que les jeunes participent au pouvoir.
1 commentaire
  • Le Voyageur - Inscrite 25 septembre 2010 18 h 20

    Enfin, une place pour des jeunes comme nous!

    Merci Le Devoir de donner une place dans vos articles à la jeunesse! Effectivement, nous nous sentons beaucoup comme la Génération Perdue qui vit le mal du XXIeme siècle. Nous vivons malheureusement dans un monde désillusioné, dominé par les puissants et rempli de souffrance, de haine et d'hypocrisie et cherchons tant bien que mal une manière de nous échapper de sa dureté.

    Ce que beaucoup ressentent en effet, c'est qu'on les oublit, qu'on les trahit, qu'on les opprime pour ensuite les manipuler fourbement, en particulier par les politiciens et les obscurantistes.