Engagement social - « Être québécois, c'est participer activement et pleinement à la vie de la collectivité »

Victor Goldbloom
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Victor Goldbloom

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Victor Goldbloom s'oppose à l'isolement. Son engagement constant en politique et dans les milieux communautaires le démontre. Durant sa faste carrière, il a consacré ses efforts à bâtir des ponts entre majorité et minorités, qu'elle fussent religieuses, linguistiques ou culturelles. Et, à 86 ans, il poursuit le travail.

«Pour moi, être québécois, c'est non seulement être accepté, c'est aussi participer activement et pleinement à la vie de la collectivité», considère Victor Goldbloom, qui, malgré sa modestie humaniste légendaire, n'a surtout pas à rougir de son engagement social.

Député provincial de 1966 à 1979, ministre des Affaires municipales et de l'Environnement de 1973 à 1976, président du Con-seil canadien des chrétiens et des juifs de 1979 à 1987, président du Bureau des audiences publiques sur l'environnement (BAPE) de 1987 à 1990 et Commissaire aux langues officielles de 1991 à 1999, l'homme a rempli plusieurs fonctions exigeantes et n'a jamais cessé de s'engager. Le Quebec Community Groups Network (QCGN) a d'ailleurs baptisé, l'année dernière, un nouveau prix à son nom et à celui de son épouse. Cette distinction, qui sera remise annuellement, récompense une personne qui a contribué à la compréhension des collectivités d'expression anglaise du Québec ou qui a permis d'entretenir des liens entre les Québécois de toutes origines.

«Il y a, dans chaque collectivité, des groupes minoritaires qui ont des raisons religieuses ou autres de vouloir vivre un certain isolement, une certaine fermeture de leur collectivité par rapport à celle qui les entoure, constate M. Goldbloom. Ce n'est certainement pas ma philosophie, ce n'est pas ma façon de m'identifier, de pratiquer la religion et de participer à la société.»

« Trait d'union »

Victor Goldbloom est rapidement devenu un «trait d'union» entre les différents groupes culturels et religieux du Québec. Né dans une famille anglophone, il commence à apprendre le français dès ses quatre ans. Il poursuit ses études de médecine à l'Université McGill à une époque où la discrimination exige que les Juifs réussissent l'examen d'entrée avec une note de 75 %... alors qu'une note de seulement 60 % est requise pour les autres étudiants.

Élu à l'Assemblée nationale sous la bannière libérale en 1966, il souligne qu'à l'époque il était «un peu exceptionnel». «Les anglophones capables de fonctionner efficacement en français n'étaient pas nombreux», précise M. Goldbloom. Première personne d'origine juive à accéder au conseil des ministres, il devient rapidement un interlocuteur précieux pour les communautés anglophones et juives de la province qui se tournent vers lui. Ce rôle l'incitera à s'investir plus intensément dans le milieu communautaire après avoir quitté la vie politique.

Aujourd'hui, il se réjouit de constater que les préjugés ou la discrimination se font de plus en plus rares et que l'intégration des groupes minoritaires s'est améliorée.

Il admet, tout de même, qu'une frange de la communauté juive persiste à s'ostraciser. «J'essaie de bâtir des ponts avec eux également», explique M. Goldbloom, qui se dit embêté, au passage, que la représentation médiatique de sa communauté se concentre trop souvent sur ce groupuscule. «C'est facile, on regarde cette image, on sait qu'il s'agit de la communauté juive. Mais les ultraorthodoxes ne représentent que 12 % de la communauté.»

Autant il est allé à la rencontre des minorités franco-canadiennes ou anglo-québécoises durant son mandat de Commissaire aux langues officielles, autant il va maintenant à la rencontre de la majorité culturelle du Québec pour démystifier sa communauté. À l'extérieur de Montréal, il a raconté l'histoire juive du Québec, vieille de 250 ans, et a expliqué la diversité présente au sein même de ce groupe. «Une chose m'a profondément touché, confie M. Goldbloom. À la fin de mes présentations et des périodes de questions, des gens m'ont fait l'honneur de me dire: "Mais vous êtes des Québécois comme nous".»

Une commission Bouchard-Taylor constructive

Victor Goldbloom était président du Congrès juif québécois lorsque s'est mise en branle la commission Bouchard-Taylor, après la tourmente dans le dossier des accommodements raisonnables. Inquiet au départ, il a guetté le déroulement des travaux de très près.

«Les séances à micro ouvert ont permis à des gens d'exprimer des idées plutôt radicales et un certain manque de considération pour des gens qui n'étaient pas comme eux-mêmes», se désole M. Goldbloom. Tout de même, les conclusions des travaux lui sont apparues «constructives».

«Lorsque nous [le Congrès juif québécois] nous sommes présentés devant les commissaires, nous avons insisté [...] d'abord sur un principe de la tradition juive [...]. C'est que la loi du pays, c'est la loi. Et nous tenons à ce principe et à son respect. Nous avons aussi reconnu que la majorité a ses droits. Et elle a notamment le droit au non-chambardement de ce qu'elle a», soutient l'ancien député.

Dialogue interconfessionnel

Tisser des liens entre les différents groupes culturels et linguistiques, mais aussi religieux. Victor Goldbloom accorde beaucoup d'importance au dialogue interconfessionnel. D'ailleurs, il participera demain, à Toronto, à une rencontre avec des représentants de la United Church of Canada et de la Ahmadiyya Muslim Jama'at.

«C'est après la guerre, au fur et à mesure que le monde prenait connaissance de l'Holocauste, [alors qu'on] se rendait compte des barrières qui avaient existé avant la guerre, que la volonté de se parler s'est manifestée.»

Victor Goldbloom se souvient qu'au début «il avait une hésitation à mettre les pieds dans un lieu de culte qui n'était pas le sien». Membre fondateur de la Fondation Paul-Émile-Léger, M. Goldbloom réitère son admiration pour cet homme de l'Église catholique qui fut, à ses yeux, un pionnier dans l'établissement des relations interconfessionnelles, qui portent aujourd'hui leurs fruits. «On peut approfondir le dialogue avec un enrichissement mutuel qui est tout à fait extraordinaire. C'est pour moi une bénédiction d'avoir pu vivre assez longtemps pour voir cette évolution et pour avoir pu y contribuer un peu», déclare-t-il, toujours avec humilité.

Il admet, par contre, que les relations interconfessionnelles se cantonnent encore essentiellement à des relations bilatérales. «L'histoire des relations entre le judaïsme et le christianisme, c'est spécifique à ces deux religions. De même avec les musulmans, et les relations entre musulmans et chrétiens sont spécifiques. Et peut-être que le jour arrivera où nous sentirons que nous aurons épuisé l'ordre du jour bilatéral de ces relations. Mais ce n'est pas pour demain matin.»