Maurice Richard, c'est pour toi qu'ils chantent

Bernard Landry, Claude Poirier et Bernard Derome sont au nombre de la vingtaine de personnalités qui font semblant de chanter quelques couplets d’une reprise de Maurice Richard, de Pierre Létourneau, dans une vidéo dont ces images sont tirées et que plusieurs voudraient voir projeter au Centre Bell.
Photo: Youtube Bernard Landry, Claude Poirier et Bernard Derome sont au nombre de la vingtaine de personnalités qui font semblant de chanter quelques couplets d’une reprise de Maurice Richard, de Pierre Létourneau, dans une vidéo dont ces images sont tirées et que plusieurs voudraient voir projeter au Centre Bell.

Des célébrités, dont Bernard Landry et Gilbert Rozon, font semblant de chanter une reprise d'un vieux tube en hommage à Maurice Richard. Une pétition propose de pousser la ritournelle jusqu'au Centre Bell. Et c'est reparti pour un tour de glace, en mode mineur, du mythe entourant le «Rocket»...

La chanson de Pierre Létourneau (paroles et musique) s'intitule Maurice Richard, tout simplement. Elle date de 1971 et va comme suit: «Quand sur une passe de Butch Bouchard / Y prenait l'puck derrière ses goals / On aurait dit qu'il portait le sort / De tout le Québec sur ses épaules.» Le refrain clame: «Maurice Richard / C'est pour toi que je chante.»

Réinterprétée presque quarante ans plus tard par Jérôme Charlebois, le fils de Robert, elle a servi au tournage d'un clip promotionnel en play-back utilisant une vingtaine de vedettes, dont Bernard Derome, Bernard Landry, Claude Poirier, Ginette Reno et Denise Filiatrault.

«Je reprends la chanson dans mes spectacles depuis deux ans», explique Jérôme Charlebois, qui fait aussi partie de la tournée Il était une fois... La Boîte à chansons avec Jean-Guy Moreau, Pierre Calvé, Claude Gauthier et Pierre Létourneau, un spectacle mis en scène par son célèbre père. «J'ai eu l'idée de ce lib dub de célébrités. Toutes ont vite accepté.»

La production bas de gamme avec grosses poches a scoré. Le clip a été vu plus de 60 000 fois en trois semaines. Dominic Arpin a parlé du «star dub» sur son site de «patrouilleur du net». Le blogueur de L'actualité Jean-François Lisée en a rajouté ce week-end en proposant aux internautes de faire pression sur la direction du Canadien pour diffuser un extrait de cette vidéo sur le grand écran du Centre Bell d'ici la fin des séries éliminatoires. Il a transformé son blogue en pétition. Le texte justificatif rappelle la mort de Maurice Richard, il y a dix ans, le 27 mai 2000.

«C'est le résultat d'un concours de circonstances, raconte M. Lisée. La semaine dernière, j'étais en Beauce et j'ai assisté au spectacle sur les boîtes à chansons. Après, c'est Pierre Létourneau qui m'a parlé du clip en me racontant que Jérôme aimerait qu'il soit diffusé au Centre Bell. J'ai donc proposé d'en faire état dans mon blogue.»

Pour lui, il s'agit d'une proposition on ne peut plus rassembleuse. «On a une pénurie de héros au Québec, dit-il. Celui-là fait l'unanimité. Je pense aussi que si la compagnie Bell voulait être généreuse avec les Québécois, elle laisserait le nom du centre à Maurice Richard.»

Nostalgie

Le professeur Benoît Melançon, qui a publié une grande synthèse sur le sujet (Les Yeux de Maurice Richard. Une histoire culturelle, Fides, 2006), ne veut surtout pas nier l'importance du «Rocket». Il trouve tout de même la proposition de lui rendre hommage avec cette chanson plus symptomatique que sympathique.

«J'ai lu un commentaire sur le blogue de M. Lisée où il est dit que la version manque un peu d'entrain, commence le professeur de littérature de l'UdeM. Elle en manque par rapport à l'original. Évidemment, il y a toutes ces vedettes, mais de manière un peu gauche. On est dans la nostalgie de manière très, très forte et c'est surtout ça qui est intéressant.»

Le professeur note alors que cette ritournelle d'il y a quatre décennies ne rime plus à grand-chose. «Elle date de 1970 et un passage dit: "Je vous en parle comme s'il était mort", poursuit le spécialiste. À cette époque, Maurice Richard n'est pas à son meilleur. Il ne fait ni rock and roll, ni peace and love. Létourneau va contribuer à le revaloriser. En reprenant cette chanson, on ressuscite une forme musicale tombée en désuétude et on le fait avec une brochette de vieilles vedettes.»

Benoît Melançon n'est pas dupe non plus du sous-texte politique et sportif. «Le blogue de M. Lisée insiste sur le héros national et les séries éliminatoires commencent, dit-il. Il y a aussi ce débat qui a couru tout l'hiver sur la musique française jugée insuffisante au Centre Bell et le débat qui reprend sur l'anglicisation de Montréal. Ça va faire boule de neige.»

Seulement et franchement, Maurice Richard n'a pas besoin de ça pour dorer son image, ajoute le professeur. Bien au contraire. Le héros a sa page Facebook depuis peu. Les enfants de Montréal apprennent à lire le français, puis à maîtriser l'anglais en lisant des textes biographiques qui lui sont consacrés. «Les gens qui aiment Maurice Richard aujourd'hui ne l'ont jamais vu jouer. Ce qu'ils revalorisent en lui, c'est l'image du seul héros qui fait l'unanimité au Québec. C'est "The Rocket" et "Le Rocket".»

Le non du Centre Bell

Le reste du Canada, tout aussi obsédé par la recherche d'un héros national, n'en pense pas moins, ajoute le malicieux observateur. À preuve, il existe une trentaine d'autres tounes dans les deux langues sur le héros, selon le fin connaisseur qui les recense dans son livre. Certaines lui sembleraient plus à propos pour l'hommage, plus dynamiques aussi. «En tout cas, avec Maurice Richard, on est loin de la chanson jouée habituellement au Centre Bell. Ça ne frappe pas fort, fort, un chansonnier tout seul à la guitare...»

De toute façon, vérification faite, le Centre Bell dit non à l'idée de projeter le clip plus ou moins en synchronisation labiale. «On ne diffuse jamais de vidéo pendant les matchs», explique laconiquement Donald Beauchamp, vice-président aux communications des Canadiens de Montréal.

À quoi bon déchirer son chandail alors? «Je crois que Maurice Richard lui-même se désintéressait de cette question, dit finalement le savant en matière de mythes et hockey. Il répondait toujours la même ritournelle: "Je suis juste un joueur de hockey..."»