60 secondes pour survivre

La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a manifesté devant le palais de justice, sur l’heure du midi, pour dénoncer les privilèges dont bénéficierait l’agent Lapointe.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a manifesté devant le palais de justice, sur l’heure du midi, pour dénoncer les privilèges dont bénéficierait l’agent Lapointe.

C'est parce qu'il a refusé de «mettre sa vie et celle de sa partenaire entre les mains du destin» que le policier Jean-Loup Lapointe a abattu Fredy Villanueva et blessé deux de ses amis, le 9 août 2008. Un an et demi après l'incident fatidique de Montréal-Nord, Jean-Loup Lapointe s'est finalement expliqué en long et en large hier à l'enquête du coroner André Perreault.

L'atmosphère était à trancher au couteau. Une trentaine de personnes arboraient des chandails à l'effigie de Dany Villanueva dans la salle d'audience, un geste d'éclat qui a agacé l'avocat de Lapointe, Pierre Dupras. Il a dit craindre les gestes d'intimidation à l'égard de son client.

La Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) a manifesté devant le palais de justice, sur l'heure du midi, pour dénoncer les privilèges dont bénéficierait l'agent Lapointe (il est autorisé à porter une arme et sa sécurité est assurée par des gardes du corps). Les manifestants ont même qualifié Lapointe de «bourreau».

Le juge Perreault a dû intervenir, à la reprise des travaux, afin de mettre un terme aux murmures et chuchotements désapprobateurs qui s'élevaient dans la salle au fur et à mesure que Lapointe avançait dans son récit des événements. Les parents et les deux soeurs de Fredy Villanueva et les principaux témoins de sa mort (Martha Villanueva, Jonathan Senatus, Anthony Clavasquin, Denis Meas et Jeffrey Sagor-Metellus) étaient tous présents.

Sans oublier son frère Dany, principal protagoniste de cette tragédie avec Lapointe.

Le petit dur, membre du gang des rouges, n'a pu retenir ses larmes lorsque l'agent Lapointe a décrit dans le menu détail le drame qui s'est joué en une minute derrière l'aréna Henri-Bourassa.

Un policier perspicace

Lapointe devine que les jeunes jouent aux dés lorsqu'il tourne le coin du stationnement. Son impression que le groupe enfreint le règlement municipal sur les jeux de hasard trouve sa confirmation lorsqu'il s'approche à moins de dix mètres du groupe, en compagnie de sa coéquipière, Stéphanie Pilotte.

Au premier contact, Dany Villanueva conteste son interpellation et il manifeste des signes d'agressivité. «Il gesticule, il a les mains et les bras dans les airs. Il conteste, il dit: "Je n'ai rien fait", a témoigné Lapointe. Je perçois ça comme des gestes agressifs dirigés vers moi. Il crie, son visage est crispé, son regard est soutenu et il se dirige vers moi.»

Le policier tente aussitôt de le contrôler en le saisissant par le bras. Cette technique permet parfois de calmer les suspects récalcitrants, a-t-il expliqué. Au contraire, Dany Villanueva se démène de plus belle. «L'escalade de violence est très rapide. À tout moment, il peut me frapper et sortir une arme», a indiqué Lapointe.

Au même moment, Lapointe voit quatre jeunes s'avancer vers lui. «Je crois qu'ils contestent en disant: "Lâche-le"», a-t-il dit. Il est convaincu qu'il s'agit de quatre hommes. La preuve révélera qu'il s'agit plutôt de Fredy Villanueva, Denis Meas, Jeffrey Sagor-Metellus et Martha Villanueva (la cousine de Fredy et Dany).

À la gorge

Lapointe tente donc une manoeuvre de diversion en vue de passer les menottes à Dany Villanueva. Il lui fait un croc-en-jambe, et voilà qu'il se retrouve par terre, par-dessus le suspect. Villanueva a le dos cloué sur le bitume, son bras gauche est immobilisé par le patrouilleur. L'agent Pilotte se précipite sur ses jambes, tandis que Lapointe cherche à saisir son autre bras. Sans succès. Dany Villanueva assène des coups de pied et de genoux à Pilotte, projetée contre la voiture de patrouille, tandis qu'il frappe Lapointe à la mâchoire de son poing droit.

Et les quatre jeunes continuent d'avancer. Par trois fois, Lapointe leur ordonne de reculer. «Les gens foncent toujours sur moi. Au même moment, je me fais frapper au visage et à la tête. Les gens sont vraiment rendus sur moi», a-t-il déclaré. Sa partenaire est toujours dans les jambes de Dany Villanueva. Il est trop tard pour qu'elle puisse s'interposer entre le groupe et lui.

Fredy Villanueva le prend à la gorge d'une main et porte son autre main vers son ceinturon. Jeffrey Sagor-Metellus l'agrippe à la hauteur du thorax. À son avis, il lui est impossible d'utiliser les armes intermédiaires comme le poivre de Cayenne ou le bâton télescopique sans compromettre davantage sa sécurité et celle de sa partenaire.

Craignant d'être désarmé, il fait feu à quatre reprises, tuant Fredy Villanueva de deux projectiles et blessant Meas à l'épaule et Sagor-Metellus au dos. «Si je me fais désarmer, je laisse ma vie et celle de ma partenaire entre les mains du destin», a-t-il expliqué.

Version réfutée

Stéphanie Pilotte a indiqué lors de son témoignage que Lapointe a d'abord tiré dans les masses devant lui, avant de faire un mouvement de 180 degrés pour tirer son dernier projectile. Le policier a réfuté cette version des faits, hier, en assurant qu'il a tiré droit devant lui seulement.

Conduit à l'hôpital, Lapointe ne s'est plaint d'aucune blessure au cou ou au visage. Les photos prises le soir du drame démontrent qu'il a subi des éraflures au coude. Le policier était conscient qu'il devait être isolé, faire un rapport à son superviseur et ne pas parler de l'affaire à quiconque. «Je sais que je dois restreindre mes contacts avec d'autres», a-t-il dit. Malgré tout, il a raconté l'incident au vice-président de la Fraternité des policiers, Robert Boulé, en présence de Pilotte, durant leur séjour de quelques heures à l'hôpital.
31 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 4 février 2010 08 h 17

    Pas toujours facile d'être policier à Montréal !

    Tout le monde veut que la police mette fin à la violence des gangs de rue.

    Cependant, si les policiers utilisent la force contre de tels malfaiteurs, certains groupes de défense de toutes sortes ne se gêneront pas pour les accuser d'abuser de leur pouvoir et pour les traiter de tous les noms.

    Par contre, si les policiers n'interviennent pas, on les blâmera de ne rien faire !

  • M Fortin - Inscrite 4 février 2010 09 h 24

    Perturbation du processus judiciaire

    Je suis contre les manifestations tenues par la CRAP à l'intérieur de la salle d'audience. De toute évidence, ils avaient un parti pris assez révélateur. Or, la justice est supposée déterminer la vérité dans cette affaire et être neutre. Ce n'est pas parce qu'une partie de l'opinion publique le considère déjà coupable qu'il l'est nécessairement. Ce n'est pas non plus parce que la CRAP se déplace dans la salle d'audience que le juge va pencher en leur faveur.

    Il vaut mieux laisser témoigner le policier sans pression supplémentaire. Il faut avoir assisté à un procès pour comprendre les effets qu'une telle manifestation peut entraîner lors de la déposition d'un témoignage. La CRAP manifestait une présomption de culpabilité avant même d'avoir écouté le procès en entier. Si jamais le policier est disculpé, comment vont-elles réagir? Manifesteront-elles leurs excuses? Non. Pour plusieurs, il est difficile de remettre en question son propre jugement. De l'autre côté, si jamais le policier est coupable de négligence, je crois qu'il y a des manières plus civilisées de condamner quelqu'un.

    Ces personnes sont elles-mêmes des bourreaux. Une manifestation à l'extérieur du Palais de justice aurait été suffisante.

    J'ignore si des gens ont été au procès pour manifester contre la partie adverse (Villanueva). Si c'est le cas, je critique également les personnes qui manifestent dans la salle d'audience à ce sujet.

  • Maryanne - Inscrite 4 février 2010 09 h 30

    Tout un scénario pour un film

    Le policier Lapointe voulait se protéger et sa partenaire... Pourquoi N'a-t-il pas appeler du renfort avant d'essayer soi-disant d'immobiliser le sujet? SAchant que la policière était un "bleu" pas d'expérience dans le domaine, ne sachant qu'est-ce qu'une gang de rue. Sont témoignage est très suspect....Voulait-il faire le fanfaron sachant qu'il avail l'uniforme sur le dos?

  • Jacques Lafond - Inscrit 4 février 2010 09 h 31

    La police

    La police doit se faire respecter, et ce, par tous les citoyens, incluant les gangs de rues et les jeunes jouant aux dés dans un parc à Montréal Nord.

    Une attitude agressive face à un policier est totalement inacceptable et les policiers se doivent de se protéger.

    J’aurais très peur de vivre dans une société où même la police a peur et n’a pas le contrôle et ne peux pas se faire respecter par des gens dans un parc ou ailleurs.

    La mort de ce jeune est très déplorable mais elle est un message clair que tous les citoyens sans exceptions ont le devoir de respecter les policiers, et ce dans tous les cas.

    Par après, il existe des plaintes en déontologie et plusieurs autres façons de vérifier ou de punir un policier qui a exagéré ou qui n’a pas agit d’une façon correct avec le citoyen. Mais sur le coup, la police doit avoir le contrôle. C’est essentiel pour l’ordre public de notre société. La ‘’fameuse’’ liberté de l’individu s’arrête très exactement là. Quand la police t’interpelle, tu ferme ta gueule et t’obéi ; quitte à faire une plainte après coup.

    Si la terrible mort de ce pauvre jeune homme aura servi à ce que tout le monde comprenne ça, elle n’aura pas été en vain.

    lafond.overtime@gmail.com

  • Johanne Bouthillier - Inscrite 4 février 2010 10 h 01

    L'abus policier et le port d'armes

    Qui a été l'agent provocateur dans cet histoire? Clairement, le policier.

    Ces jeunes jouaient dans un parc, ils ne faisaient de mal à personne. Ce policier aurait dû avoir mieux à faire qu'embêter un groupe de jeunes qui s'amusaient paisiblement.

    Le policier avait peur d'être désarmé. La belle affaire. Il n'aurait pas dû être armé pour commencer. Si les patrouilleurs n'avaient pas d'arme, ils devraient se servir de leur tête au lieu de leur gun.