Affaire Villanueva - L'agente Pilotte n'a jamais craint pour sa vie

Le sort tragique de Fredy Villanueva s'est joué dès les premières secondes de l'intervention des policiers Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte. Incapables de maîtriser son frère Dany et de communiquer leur position aux renforts, ils ont été dépassés par les événements. Mais contrairement à son équipier qui a fait feu, l'agente Pilotte n'a jamais craint pour sa vie.

Des extraits de la radio de la police divulgués hier à l'enquête du coroner sur la mort du jeune Villanueva démontrent que la répartitrice du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) était inquiète du sort des policiers. Elle leur a demandé à sept reprises au moins de préciser leur position afin de leur envoyer les renforts demandés pour maîtriser Dany Villanueva.

Quand le superviseur du poste de quartier 39, René Bellemare, est finalement arrivé sur les lieux, environ trois minutes après le début de l'intervention, Fredy Villanueva gisait déjà au sol, atteint au thorax d'une balle tirée par l'agent Lapointe.

Stéphanie Pilotte a dit hier qu'elle a tout de suite indiqué à son superviseur que les coups de feu avaient été tirés par Jean-Loup Lapointe. Pourtant, René Bellemare affirme dans son rapport d'événement, rédigé le soir même de la tragédie, que la jeune Pilotte était incapable de répondre à ses questions tellement elle pleurait. Et son rapport n'identifie pas Lapointe comme le tireur.

Les enquêteurs de la Sûreté du Québec (SQ) ont perdu de précieuses heures le soir du drame de Montréal-Nord, le 9 août 2008, à établir qui avait ouvert le feu. C'est seulement lorsque l'agente Pilotte a produit son rapport écrit, six jours après les faits, que la SQ a finalement considéré Lapointe comme un suspect.

Inévitable tragédie

Stéphanie Pilotte a par ailleurs confirmé hier qu'elle avait été incapable de maintenir une clé de bras sur Dany Villanueva et de l'empêcher de se débattre pendant que son équipier tentait de l'arrêter. Elle a rejoué l'intervention dans son esprit au cours des 17 derniers mois. Elle n'aurait pas pu agir autrement, estime-t-elle.

«J'avais les capacités et la formation pour y arriver. Ce qui a joué contre nous, c'est le temps qui manquait, et ils étaient en nombre supérieur par rapport à nous. [...] C'est un événement vraiment unique», a-t-elle dit avant de fondre en larmes, pour clore son interrogatoire principal. Le procureur du coroner, François Daviault, ne lui a pas demandé si elle aurait pu utiliser le poivre de Cayenne contre Dany Villanueva ou son frère Fredy.

Contrairement à Jean-Loup Lapointe, qui s'est dit envahi par la peur d'être désarmé et de mourir dans son rapport, Stéphanie Pilotte n'a pas senti que sa sécurité était menacée. Elle tentait d'immobiliser les jambes de Dany Villanueva au sol tandis que Lapointe se trouvait par-dessus le suspect. Tout en le serrant au cou de la main gauche, Lapointe a tiré de la droite, tuant Fredy Villanueva et blessant deux autres jeunes qui lui tournaient le dos, Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas. «J'ai remarqué que le policier a tiré à l'aveuglette et qu'un passant aurait pu être touché aussi», a confié aux enquêteurs Jonathan Senatus, un ami de Fredy Villanueva.

Selon les déclarations faites à la SQ par les principaux témoins, le jeune Villanueva est mort pour avoir voulu empêcher l'arrestation de son frère. «[Fredy] était frustré de ce qui se passait. Il voulait prendre la défense de son frère», a dit à la SQ Anthony Yerwood Clavasquin. «Il tassait les mains de monsieur pour qu'il lâche Danny», ajoute-t-il dans sa déclaration. En quelques secondes à peine, Lapointe a tiré sur le jeune Villanueva, qui se trouvait à un bras de distance de lui.

Personne, pas même la policière Pilotte, n'a pu confirmer que Jean-Loup Lapointe avait été frappé à la figure comme il le prétend dans son rapport écrit.

La plupart des témoins décrivent l'arrestation de Dany Villanueva comme un geste arbitraire, contre lequel ils ont protesté verbalement. «Fredy disait: lâche-le, lâche-le», confirme Martha Villanueva (une cousine). «On disait aux policiers: faites pas ça, il n'a rien fait de mal. On voulait qu'ils le laissent aller», renchérit Clavasquin.

Toute cette histoire a commencé par une banale partie de dés dans le stationnement de l'aréna Henri-Bourassa, un geste proscrit par la réglementation municipale. Dès son arrivée sur les lieux, Jean-Loup Lapointe a demandé à Dany Villanueva de s'identifier. Celui-ci a protesté vivement, disant qu'il n'avait rien fait. Le ton a monté, Villanueva est devenu agressif dans ses paroles et son attitude, aux yeux des policiers. Les agents Lapointe et Pilotte l'ont aussitôt empoigné par les coudes et les poignets pour le plaquer contre la voiture. C'est à ce moment que Villanueva a commencé à se débattre.

Enfin, Stéphanie Pilotte a expliqué qu'elle a rédigé une note manuscrite à l'hôpital Notre-Dame, le soir de la fusillade, à la suggestion de Robert Boulé. Vice-président de la Fraternité des policiers de Montréal (prévention et relations avec les membres), M. Boulé a rencontré les patrouilleurs dès les premières heures suivant l'incident. Stéphanie Pilotte a gardé le document en sa possession jusqu'au mois d'octobre dernier avant de le remettre à son avocat, Gérald Soulière, pour la préparation de son témoignage. Me Soulière a alors transmis ce document, dépourvu de toute date, au procureur du coroner dans les plus brefs délais.

La policière jure qu'elle a écrit sa propre déclaration le 15 août 2008, sans consulter cette note et sans parler à Jean-Loup Lapointe ou à qui que ce soit. Son contre-interrogatoire débute aujourd'hui.  

L'appel au 911 (audio)


   

15 commentaires
  • Bishop Bichop - Inscrit 10 décembre 2009 00 h 58

    Qui veut..

    Qui veut d'un medecin, qui oublie ses outils dans le ventre de son patient? Qui veut d'un medecin qui ne prescrit pas les bonne doses? Qui veut d'un medecin qui ne tien pas compte du bien être de son patient? Qui veut d'un medecin qui profite de son statut face à son patient?.... Alors pourquoi accepter un policier qui fait de l'abut de pouvoir, pourquoi accepter un policier qui ne respecte pas les citoyens, pourquoi accepter un policier qui sali la réputation de toute un corps de police qui fait un excellant travail. En résumé qui veut d'un mauvais policier, une pomme pourri dans son quartier? Il faut arrêter de protéger aveuglement la police parce que c'est la police, en desous de cet uniforme c'est un humain: il y en a des bons, des mauvais, des heros et des pomme pourries, des justiciers et des criminelles. De la même manière que l'on reconnait le travail de ces heros, ceux qui salissent la réputation de ces gens qui se donne pour leur communanute, ceux qui gâchent la vie des gens doivent en payer le prix. Petite question par rapport à l'audience d'aujourd'hui: Mme Pilote raconte que Dany s'est défaite de sa prise qu'elle lui fesait, Lapointe à pris Dany par la gorges et l'a jeter au sol et qu'en tentant de de métriser les jambes de Dany elle a recu un coup parce que Dany fesais allez ses pied dans le vide. Quand on lui a poser la question a savoir si elle avait manquer de force physique pour métriser Dany compte tenu du physique qu'elle a... Elle répond non, que si elle n'a pas pu métriser Dany c'est parce qu'il était en infériorité numérique... hors Dany s'est défait seul de la prise et plus tard Pilote raconte qu'elle a vue et eu conscience des autres que seulement après le premier coup de feu... TROUVER L'ERREUR?? Je soulève la question sans dire que sa version est vrai ou bonne mais simplement en prenant pour acquis qu'elle dit la véritéet malheusement elle a trois vérité qui se contredisent. On va attendre la version des jeunes...

  • Charlie Brown - Inscrite 10 décembre 2009 10 h 01

    Pour un moment.

    Imaginer un seul instant que cet évènement serai arrivé à votre seul et unique fils.

    Imaginer un seul instant que celui-ci soit assassiné...parce qu'il jouait aux dès.

    Imaginer un seul instant que ce jeune homme soit un blanc.

    Imaginer un seul insant qu'il soit le fils...politicien...vivant à Westmont.

    Qu'elle serait votre réaction?

  • Eric Allard - Inscrit 10 décembre 2009 12 h 55

    Un peu de recul SVP

    C'est très bien de vouloir prendre soit pour les Villanueva, soit pour les forces de l'ordre. Mais avant de décider, on devrait attendre les conclusions de l'enquête publique en cours.

    Il ne faut pas oublier qu'il y a eu mort d'homme, et que les deux côtés ont avantage à faire passer leur version des faits. Souvent, la vérité se situe au milieu, et tous les acteurs ont des reproches à se faire. Comme agresser un policier en pleine arrestation, ou alors intervenir sans appui dans un groupe qui se croit ciblé au milieu d'un quartier que la police sait être explosif...

    Cette enquête publique a été tellement difficile à avoir, et ensuite à mettre sur pied, attendons au moins les conclusions finales avant de pointer des coupables.

  • Augustin Rehel - Inscrit 10 décembre 2009 14 h 47

    Action - réaction

    On oublie souvent qu'à toute action, il y a réaction. C'est ce qui est arrivé dans ce cas précis.

    La situation: des jeunes qui jouent aux dés.

    Action policière.
    Réaction des jeunes

    L'enquête nous décrira ces actions et ces réactions et on pourra poser un jugement.

    J'ai un fils et je lui ai appris qu'il doit se conformer aux ordres des policiers si jamais on l'arrêtait avec sa voiture. Ne pas résister. Demeurer calme. Collaborer. Demander l'assistance d'un avocat et de ses parents s'ils sent les comportements policiers abusifs.

    Il ne faut pas attendre la catastrophe pour éduquer un enfant!

    Quelle éducation ont reçu les jeunes Villanueva?

  • Francois Du Canal - Inscrit 11 décembre 2009 19 h 31

    Éduquer nos jeunes ou former les policiers?

    M. Augustin Rehel,

    c'est bien facile de blâmer les parents de Fredy pour ce qui est arrivé à leur fils, mais n'ont-ils pas déjà assez payé comme ça par la mort de leur enfant?

    de toutes façons, si une personne voit son frère se faire brutaliser injustement par des policiers, n'est-ce pas une réaction normale que de tenter d'intervenir pour que cette agression cesse, même si ce sont des policiers qui sont les agresseurs?

    enfin, au lieu de remettre en question l'éducation que les parents ont donné à leurs enfants, pourquoi ne pas se demander si les policiers ne devraient pas être mieux formés ou sélectionnés pour ne pas qu'on en arrive là: un jeune mort, deux jeunes blessés (dont un dans le dos), alors qu'aucun d'entre eux n'était armé et que leur seul soi-disant "crime" était de jouer aux dés?

    je peux comprendre que des jeunes ne fasse pas confiance à la police et s'oppose à une arrestation brutale et injustifiée, mais pas qu'un policier tire dans le tas et qu'il soit par la suite blanchi par l'État.