La FTQ-Construction craint de servir de «bouc émissaire»

Un employé sur un chantier montréalais, hier. La FTQ-Construction ne veut toujours pas d’enquête publique sur les pratiques douteuses dans la construction.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Un employé sur un chantier montréalais, hier. La FTQ-Construction ne veut toujours pas d’enquête publique sur les pratiques douteuses dans la construction.

Québec — La FTQ-Construction craint une commission d'enquête publique sur la construction puisqu'avec les règles actuelles, elle pourrait devenir le «bouc émissaire». C'est ce que le président du syndicat, Richard Goyette, a expliqué hier lors de son passage en commission parlementaire pour discuter d'un projet de loi «prévoyant certaines mesures afin de lutter contre la criminalité dans l'industrie de la construction».

La position de la FTQ-Construction était connue depuis plusieurs semaines, mais elle est revenue au premier plan sous l'effet de prises de position d'un autre syndicat, celui des policiers de la Sûreté du Québec, qui s'est exprimé lundi pour la tenue d'une telle enquête. Les procureurs de la Couronne l'ont imité, le même jour. Ces prises de position ont d'ailleurs eu des échos à l'Assemblée nationale, hier, où les partis d'opposition sont encore revenus à la charge pour demander la tenue d'une commission d'enquête, ce que Jean Charest et son gouvernement ont encore une fois refusé.

Questionné sur la position des policiers, qui tranche avec la sienne, Richard Goyette a même semblé remettre en cause la représentativité du syndicat de la Sûreté du Québec. «Moi, je crois plus aux policiers que leur syndicat croit en eux», a-t-il raillé. Devant la surprise des reporters qui lui demandaient comment lui, un syndicaliste, pouvait douter d'un syndicat, il a rectifié le tir: «Non, ce que je veux dire, c'est... Laissons aller les enquêtes policières, voyons donc... Une commission d'enquête ne permettrait pas de faire la vérité... de la façon dont la loi est écrite, alors modifions la loi.» Joint plus tard en après-midi, il a prétendu que c'était là une boutade qui avait été «montée en épingle». «Il y a des gens qui manquent d'humour, je vous dis.»

Avec la loi actuelle, une commission d'enquête «c'est pour s'amuser, créer un show et ensuite agir de façon déjà concertée». Avocat, M. Goyette parle même de «procédure inquisitive» dans laquelle le syndicat se retrouverait sans défense. «On ne peut pas faire entendre les témoins qu'on veut, on ne peut pas faire la preuve qu'on veut, on ne peut pas déposer les expertises qu'on veut, alors c'est un cirque.»

Comme il l'avait fait dans une lettre ouverte publiée fin octobre sur le site Internet du syndicat, M. Goyette a soutenu que la commission de la Gaspésia, dirigée par le juge Robert Lesage, a été «très farfelue». Il soutient qu'à cause des règles, le syndicat n'a souvent pas pu contre-interroger les témoins. «On n'a pas pu faire entendre la direction de la FTQ-Construction. Il s'est dit à peu près n'importe quoi là.» M. Goyette s'en est pris à l'expertise de l'économiste Pierre Fortin, qui était à son sens d'une «incohérence totale», mais qui «a été retenue quand même par la commission».

Même la commission Cliche de 1974 ne trouve pas grâce à ses yeux. Elle a fait la lumière sur «certaines choses», a-t-il concédé, en ajoutant: «Mais n'oublions pas qu'elle s'était terminée abruptement, quand on a commencé à avoir des révélations intéressantes sur les gouvernements, d'une part, et sur les pratiques des entreprises.» Sans compter, a-t-il ajouté, qu'elle a débouché sur «des lois répressives contre les syndicats et non pas contre les grands dirigeants des régimes».

En somme, la FTQ-Construction craint d'être aspirée par une telle enquête: «Est-ce qu'on va être un bouc émissaire? Oui, ça se pourrait que ça arrive, je pense qu'on est très bien placés s'il y a une commission d'enquête», a-t-il dit.

En conférence de presse, la chef péquiste a dit comprendre la FTQ-Construction de se montrer rétive devant la perspective d'une enquête publique: «Ils ont été frustrés et très choqués de la façon dont d'autres enquêtes se sont tenues», a-t-elle reconnu. Bref, si une enquête était déclenchée, il faudrait que les règles garantissent qu'il y ait «comme disait mon ancien chef, "audi alteram partem", qu'on puisse entendre l'autre partie». Du reste, elle croit que l'enquête pourrait s'intéresser à «tout ce qu'il y a eu comme allégations», autant le «financement des partis politiques municipaux» que «les processus d'appel d'offres», sans oublier «l'établissement des coûts pour les projets». Ainsi mandatée, l'enquête durerait-elle 20 ans? Non, a-t-elle répondu: «À partir du moment où c'est bien serré puis que les gens travaillent avec diligence et efficacité, moi, je crois que ça peut se faire dans l'espace d'une année.»



La demande de Charest

Plus tôt en Chambre, la chef péquiste avait affirmé qu'avec la position des policiers de la SQ et des procureurs de la Couronne, «la défense du premier ministre pour refuser la tenue d'une enquête publique sur l'industrie de la construction avait volé en éclats». Jean Charest a répondu en énumérant les mesures que son gouvernement avait prises depuis quelque temps pour mettre fin aux pratiques douteuses dans le secteur de la construction. Il a ensuite tenté d'esquiver la question en s'adressant à la chef de l'opposition en ces termes: «Ce que je demande justement à la chef de l'opposition officielle, aujourd'hui, dans l'intérêt supérieur du Québec, c'est qu'elle appuie le gouvernement du Québec dans la mise en oeuvre de ces mesures législatives pour qu'on puisse passer à l'action.»
10 commentaires
  • Andrew Savage - Inscrit 25 novembre 2009 07 h 06

    LES INTÉRÊTS SUPÉRIEURS DU QUEBEC ???

    Pas un argument ici, mais un cliché, et le cliché par excellence. Les partis comme les organisations patronales ou syndicales, et des individus mal inspirés l’utilisent abondamment, et souvent en désespoir de cause. À une autre époque, on aurait évoqué Dieu.

    Le premier ministre part de ses intérêts partisans et tente de les élever au rang d’intérêt de la nation. Taux d’intérêt supérieur : sorte de «subprime» politique pour les inférieurs. Ce monsieur extrapole drôlement : la loi le lui permet, la logique et les faits, non. La loi n’est pas la justice.

    Il y a trop de témoignages crédibles qui réclament une commission d’enquête publique pour accorder foi à ses propos. Le passage du particulier au général ici est une imposture. Un masque grossier. Digne du Grand-Guignol.

    Cela aurait peut-être du sens si monsieur Charest partageait son compte de banque avec tout le monde… Ce qui ne semble pas encore le cas. Madame Normandeau agissait d’une manière analogue récemment en prétendant que toutes les femmes avaient été offensées par des remarques intempestives qui ne s’adressait alors qu’à elle, à elle seule.

    Les libéraux souffrent d’une maladie philosophique connue : l’induction amplifiante et dérapante, pour ne pas dire, désopilante. Alors, ce qui est bon pour eux devient magiquement bon pour tout le monde.

    En réalité, monsieur Charest ne représente que lui-même et son parti ; le reste n’étant qu’une fiction permise par la loi, et favorisée par la rhétorique intéressée, populiste et circonstancielle.

    Si une enquête publique était plus conforme aux intérêts dits supérieurs du Québec, et que le premier ministre employait cet argument pour l’empêcher ; alors, il y aurait de graves questions à se poser.

    Qui défend les intérêts inférieurs ? Chute profonde…

  • Normand Carrier - Abonné 25 novembre 2009 09 h 53

    Quant le seul ami de Jean Charest est Richard Goyette , madame Chouinard , ca va mal ......

    Suite a l'avalanche de mots de madame Chouinard qui justifiait son ami Jean Charest de ne pas faire de commission d'enquête et qui était basé sur deux raisons : 1) Jean Charest est un gentleman qui ne veut pas mettre madame Marois dans l'embarras ....Il n'y a rien que l'on peut répondre a un argument si puissant ......ayoye que c'est fort !
    2) Les syndicats des policiers provinciaux , de Montréal ainsi que les procureurs du Québec sont en négociation et voila pourquoi ils veulent nuire au gouvernement du Québec en demandant une enquête publique anéantissant ainsi les seuls argument du duo Dupuis /Charest . Pour votre information , il n'y a pas de négociations entre ces trois organistes et le gouvernements et ces négociations se feront beaucoup plus tard !
    Dites-moi madame Chouinard si les travailleurs de la construction de la F.T.Q. de Richard Goyette sont en négociations et si c'est la raison pourquoi ils travaillent copain-copain avec Jean Charest dans ce combat contre une commission d'enquête . Selon l'émission ENQUÊTE de Radio-Canada , Richard Goyette s'est faire élire avec l'aide de Hells Angels a la tête de la F.T.Q. construction et le voila main dans la main avec votre ami Jean Charest ........
    QUANT JEAN CHAREST NOUS DIT SANS RIRE QU'IL TRAVAILLE POUR LES INTÉRÊTS SUPÉRIEURES DE LA NATION , LES CITOYENS DOIVENT LIRENT POUR SES INTÉRÊTS ET CELLES DES NAMIS LIBÉRAUX ......
    Normand Carrier

  • Gilles Bousquet - Inscrit 25 novembre 2009 09 h 55

    Pourquoi craindre ?

    Faut pas se sentir coupable avant le procédé, principalement si on est innocent...voyons donc !

  • Gilbert Morin - Abonné 25 novembre 2009 10 h 59

    En attendant le prochain sondage..........

    Le prochain sondage sur le niveau de satisfaction envers le gouvernement aura probablement plus de poids que les demandes de l'opposition et de tous les autres groupes si le résultat est assez négatif, car j'espère que la population à suivi le dossier de la collusion.

    Nous sommes en présence du même genre de gouvernement qu'en 2003 et 2004 avec la défusion des minicipalités, la centrale au gaz du Suroît, le financement des écoles juives, la réingénerie de l'état, le mont Orford et j'en oublie. M. Charest a les deux mains sur le volent et il a été élu par la mojorité du peuple, donc si nous désirons changer le cours de sa démarche, il faut faire comme en 2004, se mobiliser et sortir dans la rue même s'il faut avoir l'appuie de quelques communautés religieuses. Ça déjà marché.

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 25 novembre 2009 11 h 07

    Rumeur?

    Qui sait… Il y a peut-être des députés libéraux qui songent sérieusement à faire défection à leur parti si d’ici la fin de la présente session parlementaire (le 4 déc. prochain) Jean Charest n’ordonne pas une commission d’enquête indépendante et publique?