Échec et mat
Photo : Jacques Grenier
Le champion québécois, Anton Kovalyov, 17 ans
Les adversaires ont longuement mûri leurs stratégies, la lutte s'annonce chaude, même si tous les combats se passent... en silence, entre les deux oreilles des participants. Bienvenue au 10e Tournoi international d'échecs de Montréal.
Si silencieux soit-il, le TIM (pour les intimes) a de quoi exciter les amateurs. Depuis 2006 au moins, il se classe parmi les plus importants au monde et détrône tous les tournois américains. Cette année, 12 grands maîtres venus du Canada, des États-Unis, de la France, de la Russie, d'Allemagne, d'Argentine et de l'Ukraine s'y affrontent en rotation depuis le 21 août dernier, et ce, jusqu'à lundi. Le jeune champion québécois de 17 ans, Anton Kouvalyov (oui, oui, le même nom de famille que le hockeyeur Kovalev!), un Biélorusse élevé en Argentine et installé au Québec depuis deux ans, participe à l'aventure.
Hier soir, le Français Étienne Bacrot, meneur du tournoi, l'a emporté avec les noirs, en une petite heure, contre l'Ukrainien Alexander Moiseenko qui tenait les blancs.
«Comme j'avais les noirs [ce qui désavantage un peu le joueur, puisque les blancs lancent la partie, NDLR] j'ai joué un peu risqué, pas très correct, et j'ai espéré qu'il ne lise pas ma ligne», explique au Devoir le jeune vainqueur dans la mi-vingtaine, joint après sa joute. «Je m'étais préparé pendant deux heures à travailler des ouvertures, à étudier le style de mon adversaire, quel début il affectionne.» La tactique a eu raison de Moiseenko, qui nous avait d'ailleurs confié tout bas n'être «pas très sûr de lui» avant la partie.
Étienne Bacrot, 15e meilleur joueur au monde, déjà grand maître à 13 ans — un record! —, menait donc encore le tournoi au moment d'écrire ces lignes, même si la septième ronde n'était pas terminée. Les parties, qui durent en moyenne quatre heures, peuvent parfois s'étirer sur sept heures...
Le Français n'exulte pas trop, se sachant talonné de près par Alexandre Onischuk et Arkady Naiditsch. «Je peux me faire rattraper», dit, philosophe, celui qui a commencé à jouer à l'âge de quatre ans, initié par un oncle.
«First among equals», dit-on souvent dans le milieu. «Personne n'est clairement dominant», commente André Langlois, organisateur du tournoi depuis ses débuts. Avec des joueurs d'élite, il y a peu de place à l'erreur, et on multiplie les parties nulles. Oubliez les «échec et mat», la phrase mythique n'est jamais prononcée. Chez les grands, reconnaître sa défaite est la façon la plus fréquente de mettre fin à une partie. Ce qui n'empêche pas la trentaine de spectateurs quotidiens du TIM d'assister à des batailles épiques, comme celle d'il y a quelques jours entre Tiviakov et Bhat, qui fera anthologie, d'après un analyste qualifié.
En tournoi de rotation, comme celui de Montréal, «tout le monde joue contre tout le monde», explique Robert Bérubé, directeur général de la Fédération québécoise des échecs (FQE). «[C'était hier] la septième partie sur 11. Il y a 12 participants, ça veut dire 11 rondes, étant donné qu'ils jouent tous les uns contre les autres au moins une fois.» Vous suivez? Les échecs, c'est stratégique et très mathématique...
«Ça prend une forte capacité d'abstraction, une puissante mémoire, une forte concentration, et une grande capacité de calcul abstrait», rappelle André Langlois.
À l'édifice Empresa (305, rue Notre-Dame Ouest), les joutes se déroulent sur deux plans. Les duels en temps réel se livrent en silence. Mais les échiquiers munis de censeurs permettent de reproduire en simultané sur grand écran — et sur Internet — la progression des coups. Dans une autre salle, le Français Igor Nataf, lui aussi grand maître, peut ainsi commenter les parties au profit des spectateurs amateurs.
Le tournoi montréalais, peu médiatisé (les échecs ne connaissent pas le même engouement ici qu'en Europe), réussit donc à joindre des dizaines de milliers d'internautes amateurs d'échecs à travers le monde.
Les enjeux du tournoi montréalais? Quelques milliers de dollars en bourses, et surtout de précieux points de classement pour se hisser au sommet du monde. Qui n'a pas entendu parler de la lutte titanesque entre Kasparov et l'ordinateur Deep Blue? Kasparov a pris sa retraite depuis. Ce sont aujourd'hui les Anand, Topalov et Kramnik qui s'échangent le titre de champion mondial.
«Mais présentement, on ne peut pas dire que le meilleur joueur est un humain», note M. Bérubé. Kasparov et Karamnik n'ont livré que des nulles contre les ordinateurs...
Malgré tout, «c'est très cher pour avoir ces joueurs-là; on espère trouver un jour des commanditaires pour les inviter», souhaite M. Langlois.
Si silencieux soit-il, le TIM (pour les intimes) a de quoi exciter les amateurs. Depuis 2006 au moins, il se classe parmi les plus importants au monde et détrône tous les tournois américains. Cette année, 12 grands maîtres venus du Canada, des États-Unis, de la France, de la Russie, d'Allemagne, d'Argentine et de l'Ukraine s'y affrontent en rotation depuis le 21 août dernier, et ce, jusqu'à lundi. Le jeune champion québécois de 17 ans, Anton Kouvalyov (oui, oui, le même nom de famille que le hockeyeur Kovalev!), un Biélorusse élevé en Argentine et installé au Québec depuis deux ans, participe à l'aventure.
Hier soir, le Français Étienne Bacrot, meneur du tournoi, l'a emporté avec les noirs, en une petite heure, contre l'Ukrainien Alexander Moiseenko qui tenait les blancs.
«Comme j'avais les noirs [ce qui désavantage un peu le joueur, puisque les blancs lancent la partie, NDLR] j'ai joué un peu risqué, pas très correct, et j'ai espéré qu'il ne lise pas ma ligne», explique au Devoir le jeune vainqueur dans la mi-vingtaine, joint après sa joute. «Je m'étais préparé pendant deux heures à travailler des ouvertures, à étudier le style de mon adversaire, quel début il affectionne.» La tactique a eu raison de Moiseenko, qui nous avait d'ailleurs confié tout bas n'être «pas très sûr de lui» avant la partie.
Étienne Bacrot, 15e meilleur joueur au monde, déjà grand maître à 13 ans — un record! —, menait donc encore le tournoi au moment d'écrire ces lignes, même si la septième ronde n'était pas terminée. Les parties, qui durent en moyenne quatre heures, peuvent parfois s'étirer sur sept heures...
Le Français n'exulte pas trop, se sachant talonné de près par Alexandre Onischuk et Arkady Naiditsch. «Je peux me faire rattraper», dit, philosophe, celui qui a commencé à jouer à l'âge de quatre ans, initié par un oncle.
«First among equals», dit-on souvent dans le milieu. «Personne n'est clairement dominant», commente André Langlois, organisateur du tournoi depuis ses débuts. Avec des joueurs d'élite, il y a peu de place à l'erreur, et on multiplie les parties nulles. Oubliez les «échec et mat», la phrase mythique n'est jamais prononcée. Chez les grands, reconnaître sa défaite est la façon la plus fréquente de mettre fin à une partie. Ce qui n'empêche pas la trentaine de spectateurs quotidiens du TIM d'assister à des batailles épiques, comme celle d'il y a quelques jours entre Tiviakov et Bhat, qui fera anthologie, d'après un analyste qualifié.
En tournoi de rotation, comme celui de Montréal, «tout le monde joue contre tout le monde», explique Robert Bérubé, directeur général de la Fédération québécoise des échecs (FQE). «[C'était hier] la septième partie sur 11. Il y a 12 participants, ça veut dire 11 rondes, étant donné qu'ils jouent tous les uns contre les autres au moins une fois.» Vous suivez? Les échecs, c'est stratégique et très mathématique...
«Ça prend une forte capacité d'abstraction, une puissante mémoire, une forte concentration, et une grande capacité de calcul abstrait», rappelle André Langlois.
À l'édifice Empresa (305, rue Notre-Dame Ouest), les joutes se déroulent sur deux plans. Les duels en temps réel se livrent en silence. Mais les échiquiers munis de censeurs permettent de reproduire en simultané sur grand écran — et sur Internet — la progression des coups. Dans une autre salle, le Français Igor Nataf, lui aussi grand maître, peut ainsi commenter les parties au profit des spectateurs amateurs.
Le tournoi montréalais, peu médiatisé (les échecs ne connaissent pas le même engouement ici qu'en Europe), réussit donc à joindre des dizaines de milliers d'internautes amateurs d'échecs à travers le monde.
Les enjeux du tournoi montréalais? Quelques milliers de dollars en bourses, et surtout de précieux points de classement pour se hisser au sommet du monde. Qui n'a pas entendu parler de la lutte titanesque entre Kasparov et l'ordinateur Deep Blue? Kasparov a pris sa retraite depuis. Ce sont aujourd'hui les Anand, Topalov et Kramnik qui s'échangent le titre de champion mondial.
«Mais présentement, on ne peut pas dire que le meilleur joueur est un humain», note M. Bérubé. Kasparov et Karamnik n'ont livré que des nulles contre les ordinateurs...
Malgré tout, «c'est très cher pour avoir ces joueurs-là; on espère trouver un jour des commanditaires pour les inviter», souhaite M. Langlois.
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