La psychologie américaine se prononce - On ne peut « guérir » l'orientation sexuelle des gais
Photo : Agence Reuters
Un couple gai de West Hollywood, en Californie, célébrait récemment le premier anniversaire de leur mariage en compagnie de leurs jumeaux.
L'attaque contre un centre d'aide aux gais de Tel-Aviv n'a pas secoué seulement les homosexuels de cette ville libérale. Bouleversés qu'un tel crime survienne chez eux, nombre d'Israéliens sont aussi sous le choc. Les uns s'inquiètent du «climat de violence» et même de «haine» répandu dans le pays. D'autres réprouvent l'intolérance affichée par des groupes religieux. Si l'état de guerre qui perdure dans la région est certes propice aux atrocités, l'homophobie reste cependant un phénomène universel.
Sa persistance est souvent attribuée à des dogmes archaïques, qui tiennent une telle orientation en horreur. De grandes religions, certes, stigmatisent de moins en moins les homosexuels, mais l'appareil de la justice les persécute encore en plusieurs pays. Même des milieux qui logent à l'enseigne de la modernité, de la science, voire de la laïcité, n'en sont pas exempts. La médecine n'a que récemment écarté le diagnostic de maladie mentale qu'elle portait à ce sujet.
Or, un virage historique vient de survenir aux États-Unis. La semaine dernière, l'Association américaine des psychologues (APA) a invité ses 150 000 membres à ne plus dire aux clients qui voudraient changer d'orientation sexuelle qu'un traitement peut y parvenir. Cette nouvelle position scientifique — et déontologique — résulte d'un examen poussé d'études menées depuis 40 ans sur cette question.
Un comité de recherche de l'APA a conclu, en effet, qu'aucune preuve ne démontrait qu'une «thérapie correctrice» (reparative) ou autre tentative pour changer cette orientation sexuelle est efficace. Des professionnels proches de confessions conservatrices soutenaient qu'une telle thérapie existe et donne des résultats. On reprochait à ces conseillers de faire le jeu d'une morale réactionnaire. Ils auront désormais à s'interroger sur la valeur de cette pratique.
Non seulement l'APA met-elle ses membres en garde contre ce «traitement», mais elle leur conseille aussi de ne plus présenter l'homosexualité comme une maladie ou un trouble du développement personnel. Cette position appuyée par sa haute direction ne fera sans doute pas l'unanimité parmi les psychologues. Elle est déjà rejetée, en tout cas, par des milieux religieux. Ainsi, selon Focus on the Family, la foi reste «un ancrage et un guide» pour nombre de personnes aux prises avec des problèmes sexuels. Il existe des preuves, déclare son porte-parole, Jeff Johnson, qu'une personne peut changer de conduite, d'identité et d'orientation sexuelle.
Foi et thérapie
L'APA statue que les gens ne peuvent changer leurs attirances fondamentales. «Ils peuvent les percevoir différemment une fois qu'ils ont modifié leur identité sexuelle, note Judith Glassgold, la présidente du comité, mais ces attirances ne changent pas.» Que faire alors dans le cas des personnes qui ne peuvent concilier leur foi et leur orientation? Les thérapeutes, conseille-t-elle, peuvent les aider à trouver une voie de sortie. Plus d'une solution serait possible.
Des gens peuvent accepter leur condition, sans vivre leur homosexualité. Certains restent célibataires et conservent leur foi. Ou ils trouvent une confession nouvelle, plus ouverte à leur orientation. Ou encore, ils peuvent opter pour une forme personnelle de spiritualité. Mais, quel que soit leur choix, le thérapeute devrait informer ces clients qu'il leur est possible d'avoir une vie heureuse et bien remplie.
On peut se donner une identité qui échappe à son orientation, ajoute le Dr Glassgold. Mais, précise-t-elle, la recherche montre que les efforts pour changer l'orientation sexuelle d'une personne peuvent lui être nuisibles, mener à la dépression et à des tendances suicidaires. Les adolescents sont à cet égard particulièrement vulnérables, note le rapport de l'APA. Ceux qui se sentent rejetés par leurs parents sont les plus sujets aux problèmes de santé mentale.
La déclaration de l'APA va plus loin que la décision, il y a plusieurs années, des psychiatres des États-Unis de biffer l'homosexualité de leur célèbre manuel des troubles mentaux. L'APA soutient que l'homosexualité est naturelle et, surtout, que l'on ne peut la changer. Tenter de le faire serait une erreur thérapeutique, sinon une faute professionnelle. Dans ce pays où une quarantaine d'États interdisent le mariage gai, un mouvement contraire a commencé de se répandre. L'Amérique intégriste perdrait-elle du terrain?
Églises et homosexualité
Des Églises fondamentalistes voient dans l'homosexualité non une aberration de la nature, ni même une perversion sexuelle, mais l'oeuvre du «démon». L'APA n'ébranlera guère leur foi dans la chasse aux mauvais esprits. Ainsi, une vidéo montrait sur YouTube un adolescent de 16 ans en convulsion sur le plancher d'une église de Stamford, au Connecticut. Autour de lui, les fidèles intimaient: «Toi, démon homosexuel, sors de là!»
Devant les protestations, la vidéo a été retirée. Mais Patricia McKinney, pasteure de cette Église, a expliqué que son ministère n'était pas opposé à l'homosexualité. «Nous ne les haïssons pas. Nous n'avons rien contre eux. Seulement, nous ne croyons pas dans leur style de vie.»
D'autres Églises acceptent maintenant des homosexuels dans leur clergé. Et quelques-unes se limitent à les en exclure. Mais partout un net malaise persiste. De toute évidence, il faudra plus qu'un virage psychologique pour expurger les sociétés d'une phobie plusieurs fois millénaire.
La sexualité n'est pas le seul domaine, du reste, où une ignorance persistante continue de faire des victimes. La criminalité, par exemple, reste un terrain fertile, à en juger du moins par les pratiques d'incarcération injustifiées qui persistent aujourd'hui. Mais il y a des raisons d'espérer. Si les psychologues ont vu la lumière aux États-Unis, les procureurs de justice peuvent la voir au Canada.
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redaction@ledevoir.com
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
Sa persistance est souvent attribuée à des dogmes archaïques, qui tiennent une telle orientation en horreur. De grandes religions, certes, stigmatisent de moins en moins les homosexuels, mais l'appareil de la justice les persécute encore en plusieurs pays. Même des milieux qui logent à l'enseigne de la modernité, de la science, voire de la laïcité, n'en sont pas exempts. La médecine n'a que récemment écarté le diagnostic de maladie mentale qu'elle portait à ce sujet.
Or, un virage historique vient de survenir aux États-Unis. La semaine dernière, l'Association américaine des psychologues (APA) a invité ses 150 000 membres à ne plus dire aux clients qui voudraient changer d'orientation sexuelle qu'un traitement peut y parvenir. Cette nouvelle position scientifique — et déontologique — résulte d'un examen poussé d'études menées depuis 40 ans sur cette question.
Un comité de recherche de l'APA a conclu, en effet, qu'aucune preuve ne démontrait qu'une «thérapie correctrice» (reparative) ou autre tentative pour changer cette orientation sexuelle est efficace. Des professionnels proches de confessions conservatrices soutenaient qu'une telle thérapie existe et donne des résultats. On reprochait à ces conseillers de faire le jeu d'une morale réactionnaire. Ils auront désormais à s'interroger sur la valeur de cette pratique.
Non seulement l'APA met-elle ses membres en garde contre ce «traitement», mais elle leur conseille aussi de ne plus présenter l'homosexualité comme une maladie ou un trouble du développement personnel. Cette position appuyée par sa haute direction ne fera sans doute pas l'unanimité parmi les psychologues. Elle est déjà rejetée, en tout cas, par des milieux religieux. Ainsi, selon Focus on the Family, la foi reste «un ancrage et un guide» pour nombre de personnes aux prises avec des problèmes sexuels. Il existe des preuves, déclare son porte-parole, Jeff Johnson, qu'une personne peut changer de conduite, d'identité et d'orientation sexuelle.
Foi et thérapie
L'APA statue que les gens ne peuvent changer leurs attirances fondamentales. «Ils peuvent les percevoir différemment une fois qu'ils ont modifié leur identité sexuelle, note Judith Glassgold, la présidente du comité, mais ces attirances ne changent pas.» Que faire alors dans le cas des personnes qui ne peuvent concilier leur foi et leur orientation? Les thérapeutes, conseille-t-elle, peuvent les aider à trouver une voie de sortie. Plus d'une solution serait possible.
Des gens peuvent accepter leur condition, sans vivre leur homosexualité. Certains restent célibataires et conservent leur foi. Ou ils trouvent une confession nouvelle, plus ouverte à leur orientation. Ou encore, ils peuvent opter pour une forme personnelle de spiritualité. Mais, quel que soit leur choix, le thérapeute devrait informer ces clients qu'il leur est possible d'avoir une vie heureuse et bien remplie.
On peut se donner une identité qui échappe à son orientation, ajoute le Dr Glassgold. Mais, précise-t-elle, la recherche montre que les efforts pour changer l'orientation sexuelle d'une personne peuvent lui être nuisibles, mener à la dépression et à des tendances suicidaires. Les adolescents sont à cet égard particulièrement vulnérables, note le rapport de l'APA. Ceux qui se sentent rejetés par leurs parents sont les plus sujets aux problèmes de santé mentale.
La déclaration de l'APA va plus loin que la décision, il y a plusieurs années, des psychiatres des États-Unis de biffer l'homosexualité de leur célèbre manuel des troubles mentaux. L'APA soutient que l'homosexualité est naturelle et, surtout, que l'on ne peut la changer. Tenter de le faire serait une erreur thérapeutique, sinon une faute professionnelle. Dans ce pays où une quarantaine d'États interdisent le mariage gai, un mouvement contraire a commencé de se répandre. L'Amérique intégriste perdrait-elle du terrain?
Églises et homosexualité
Des Églises fondamentalistes voient dans l'homosexualité non une aberration de la nature, ni même une perversion sexuelle, mais l'oeuvre du «démon». L'APA n'ébranlera guère leur foi dans la chasse aux mauvais esprits. Ainsi, une vidéo montrait sur YouTube un adolescent de 16 ans en convulsion sur le plancher d'une église de Stamford, au Connecticut. Autour de lui, les fidèles intimaient: «Toi, démon homosexuel, sors de là!»
Devant les protestations, la vidéo a été retirée. Mais Patricia McKinney, pasteure de cette Église, a expliqué que son ministère n'était pas opposé à l'homosexualité. «Nous ne les haïssons pas. Nous n'avons rien contre eux. Seulement, nous ne croyons pas dans leur style de vie.»
D'autres Églises acceptent maintenant des homosexuels dans leur clergé. Et quelques-unes se limitent à les en exclure. Mais partout un net malaise persiste. De toute évidence, il faudra plus qu'un virage psychologique pour expurger les sociétés d'une phobie plusieurs fois millénaire.
La sexualité n'est pas le seul domaine, du reste, où une ignorance persistante continue de faire des victimes. La criminalité, par exemple, reste un terrain fertile, à en juger du moins par les pratiques d'incarcération injustifiées qui persistent aujourd'hui. Mais il y a des raisons d'espérer. Si les psychologues ont vu la lumière aux États-Unis, les procureurs de justice peuvent la voir au Canada.
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Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
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